Juifs de la banlieue du nord-est parisien : un siècle de vie juive que Drancy a brisé
Juifs de la banlieue du nord-est parisien : le Mémorial de la Shoah de Drancy consacre une exposition à un siècle de vie juive que la déportation a coupé en deux. Elle ouvre au public le jeudi 19 novembre 2026, au niveau moins un du bâtiment de Drancy, et l'entrée est gratuite, selon la billetterie du Mémorial.
L'inauguration officielle a lieu la veille, le mercredi 18 novembre à 11 heures. Éric de Rothschild, président du Mémorial, Jacques Fredj, son directeur, et Stéphane Troussel, président du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis, y assistent aux côtés des deux commissaires, Zoé Grumberg et Benoît Pouvreau, indique l'invitation relayée par Mémoire Vive de la Résistance.
Le titre complet annonce la borne : « Entre intégration et persécutions (1859-1960) ». 1859, année de la redéfinition des limites de Paris qui réorganise la banlieue. 1960, à la veille des transformations liées à l'arrivée des Juifs d'Afrique du Nord. Entre les deux, un siècle que l'institution juge encore largement à explorer.
Juifs de la banlieue du nord-est parisien : ce que les archives municipales ont rendu
Le travail préparatoire a été mené dans les archives municipales de l'ensemble des communes du département. Photographies, documents, objets et témoignages ont été confiés par des institutions, des associations, des familles et des particuliers, précise le Mémorial de la Shoah.
Le territoire concerné correspond aujourd'hui en grande partie à la Seine-Saint-Denis. L'exposition est produite avec le conseil départemental et s'inscrit dans la dynamique du réseau Mémoires en réseau, qui relie les lieux de mémoire du département.
Une intégration par le travail, la politique et la vie de quartier
Les populations juives du nord-est parisien venaient d'horizons multiples. Le Mémorial souligne que ces communautés diverses « ont contribué activement au développement de ce territoire », de la vie économique locale aux sociabilités de quartier.
Les Juifs yiddishophones d'Europe orientale, arrivés dans les années 1920 et 1930, y ont bâti un militantisme dense. La commissaire de l'exposition, Zoé Grumberg, a consacré sa thèse au « secteur juif » du Parti communiste français, publiée en 2025 aux Presses universitaires de Rennes, et centrée sur 25 cadres de la région parisienne, relève La Vie des idées.
Juifs de la banlieue du nord-est parisien : la rupture de Drancy
La guerre marque une rupture brutale : persécutions, spoliations, internements à Drancy et déportations vers Auschwitz-Birkenau. Le Mémorial emploie ces mots dans la présentation de l'exposition, sans atténuation.
Le camp se trouvait au cœur de ce territoire juif, dans la Cité de la Muette. Cet ensemble de logements collectifs bâti dans les années 1930 et jamais achevé devient camp d'internement en 1941, puis camp de regroupement des Juifs de France en 1942, rappelle Chemins de mémoire.
Quatre-vingt mille personnes y ont été internées entre le 20 août 1941 et le 22 août 1944. Sur les 76 000 Juifs déportés de France, 63 000 le furent depuis Drancy, selon le ministère des Armées.
Le Mémorial de Drancy commémore cette saison les 85 ans de l'ouverture du camp. Historiens, auteurs et spécialistes reviennent sur l'histoire du lieu, son évolution historiographique et les enjeux contemporains de sa transmission, annonce le programme du Mémorial.
Chuna Bajtsztok, fusillé au Mont-Valérien à moins de vingt ans
L'exposition s'incarne dans des trajectoires, dont celle de Chuna Bajtsztok. Né le 22 octobre 1923 à Varsovie, il arrive en France à l'âge d'un an avec ses parents et grandit au 36 rue de la Prairie, à Livry-Gargan, selon la ville de Livry-Gargan.
Il rejoint les Francs-tireurs et partisans français de la Seine en janvier 1943. Sous une fausse identité, il s'infiltre à la section du Raincy du Rassemblement national populaire pour y recueillir des informations, rapporte la même source.
Arrêté le 1er juin 1943 par la brigade spéciale 2 de la préfecture de police, il est torturé puis livré aux Allemands. Condamné à mort le 1er octobre 1943 avec vingt-quatre camarades pour « activité de franc-tireur » par le tribunal militaire du Gross Paris, il est fusillé le 6 octobre 1943 au Mont-Valérien, selon le Mont-Valérien.
Sa dernière lettre à ses parents, tapuscrite, est datée du 6 octobre 1943 à 13 heures, depuis Fresnes. Elle est conservée au Musée de la Résistance nationale de Champigny-sur-Marne, et son nom figure parmi les graffitis de la chapelle du Mont-Valérien.
Reconnu « Mort pour la France » le 2 février 1945, il repose au cimetière d'Ivry-sur-Seine. Il n'avait pas vingt ans.
Après 1945, reconstruire, puis accueillir les Juifs d'Algérie
L'exposition ne s'arrête pas à la Libération. Après 1945, les survivants se reconstruisent dans ce même territoire, puis l'arrivée des Juifs d'Algérie dans les années 1960 ouvre un nouveau chapitre, selon le Mémorial.
Le choix de 1960 comme borne finale n'est pas neutre. Il fixe le moment où la banlieue juive change de visage, avant les grands ensembles et les recompositions communautaires des décennies suivantes.
Une mémoire locale contre l'effacement
La banlieue du nord-est parisien n'est plus racontée aujourd'hui que par la sécurité, le communautarisme et les faits divers. Cette exposition rappelle qu'avant d'être un problème, ce territoire a été un foyer juif ouvrier, militant et résistant, et que Drancy ne s'y est pas ajouté de l'extérieur.
La visite guidée par les commissaires est fixée au dimanche 13 décembre à 14 heures. Elle est suivie d'une conférence inaugurale à 16 h 15 avec Sandrine Swarc, selon paris.fr, dans la limite de soixante places.
Juifs de la banlieue du nord-est parisien referme un siècle sur une leçon simple. Une communauté disparaît deux fois : quand on la tue, puis quand on cesse de raconter comment elle vivait.
Ce travail d'archive se poursuit ailleurs sur ce site. Notre article sur le statut des Juifs de Vichy rejoué devant l'administration et celui sur la Nuit de Cristal de 1938 en donnent la chronique, comme notre portrait de Jean-Victor Cario, rescapé passé par Drancy.