Mémoire

Jean-Victor Cario : à Drancy, un rescapé de la Shoah raconte son enfance cachée

2026-10-04
Jean-Victor Cario : à Drancy, un rescapé de la Shoah raconte son enfance cachée

Jean-Victor Cario témoigne ce dimanche 4 octobre 2026 au Mémorial de la Shoah de Drancy. Né en 1937 à Paris, il a survécu à la Shoah caché en Seine-et-Marne, après la déportation de son père à Auschwitz. Son récit ouvre la saison des Rendez-Vous de Drancy, le cycle de rencontres du Mémorial consacré à la transmission de la mémoire.

Jean-Victor Cario : un père déporté, une enfance cachée

Jean-Victor Cario naît en 1937 à Paris, dans une famille juive d'origine turque, selon la Ville de Paris. Son père, Simantov, est engagé dans la Légion étrangère et possède la nationalité française.

Malgré cela, il est arrêté en 1941 et déporté en 1942 à Auschwitz, d'où il ne reviendra pas, précise la même source. La nationalité française n'a protégé ni cet ancien légionnaire ni sa famille.

Pour soustraire ses enfants aux rafles, sa mère Odette les confie à une nourrice en Seine-et-Marne. Jean-Victor y passera plusieurs années, dans des conditions rurales difficiles, rapporte la Ville de Paris. La cache, pour un enfant juif, n'a jamais été une parenthèse paisible.

Jean-Victor Cario : le témoignage au Mémorial de Drancy

La rencontre se tient dimanche 4 octobre à 16 h 15, au Mémorial de la Shoah de Drancy, selon la billetterie du Mémorial. Elle est gratuite, sur réservation, dans la limite de cent participants.

Le format des Rendez-Vous de Drancy associe une visite guidée à 15 h, en entrée libre, puis le témoignage à 16 h 15, indique l'agenda de la Ville de Drancy. Le Mémorial se situe au 110-112, avenue Jean-Jaurès, à Drancy. L'après-midi se veut un face-à-face, pas une cérémonie officielle.

Cette rencontre s'inscrit dans la programmation des 70 ans de la création du Mémorial du Martyr juif inconnu, devenu Mémorial de la Shoah en 2005, précise la billetterie. Une génération de rescapés porte encore la parole ; la suivante devra apprendre à s'en passer.

Drancy, antichambre de la déportation des Juifs de France

Le lieu donne son poids au récit. La Cité de la Muette, construite dans les années 1930, est réquisitionnée en 1940, transformée en camp d'internement en 1941, puis en camp de regroupement des Juifs de France en 1942, rappelle Chemins de mémoire.

Entre mars 1942 et août 1944, environ 63 000 Juifs ont été déportés du camp de Drancy, sur les 76 000 déportés de France, selon la même source. Quatre-vingts pour cent des Juifs déportés de France sont partis de Drancy, dont plusieurs milliers de Parisiens, précise la Ville de Paris.

Les convois quittaient les gares du Bourget et de Bobigny, note la Ville de Drancy.

Face à l'ancien camp, deux symboles composent le Mémorial national : un monument sculpté par Shelomo Selinger en 1976 et un wagon-témoin, reliés par un « chemin des martyrs », ajoute la Ville de Drancy. Drancy n'est pas un décor : c'est le seuil par lequel la Shoah française est passée.

Jean-Victor Cario : retrouver les siens en 1948

La guerre terminée, Odette se remarie et reconstruit une famille, indique la Ville de Paris. Jean-Victor ne retrouvera les siens qu'en 1948. Pour beaucoup d'enfants cachés, la libération n'a pas ramené les leurs, seulement la fin du silence.

Son histoire rejoint celle des 76 000 Juifs de France dont la majorité n'est jamais revenue des camps, rappelle Chemins de mémoire. Nommer les lieux et les dates reste une manière de refuser l'effacement.

Jean-Victor Cario : pourquoi ce témoignage compte

Un rescapé qui parle devant cent personnes ne résout pas l'histoire, mais il en fixe la trace, et cette trace est fragile. À Drancy, Jean-Victor Cario rappelle ce que la France a laissé faire, en 1941 et 1942, à un homme pourtant décoré de la Légion étrangère. Ce rappel reste l'argument le plus solide contre les falsificateurs de l'histoire.

Le Mémorial de la Shoah a déjà consacré des rencontres aux visites couplées Drancy-Bobigny lors des Journées du Patrimoine, comme le détaille notre article du 14 septembre. Le camp a aussi été au cœur de la commémoration du dernier convoi du 17 août 1944. À chaque génération, la mémoire de Drancy se rejoue au présent.

Ce dimanche, la parole est à un rescapé qui a traversé l'enfance cachée. Écouter Jean-Victor Cario, c'est refuser que la Shoah devienne une page sans voix.

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