Achat de voix Raam : trois Bédouins libérés, l'enquête s'effondre
Trois libérations en cinq jours, et un dossier qui ne tient plus debout. Mercredi 4 novembre, le tribunal de première instance de Beer Sheva a ordonné la remise en liberté sans condition d'Ibrahim al-Garibi, dernier des trois Bédouins arrêtés à l'aube du scrutin du 27 octobre.
L'affaire d'achat de voix Raam, brandie comme la preuve d'une élection volée, se résume désormais à des perquisitions sans mandat, 12 000 shekels et un juge qui constate que l'enquête n'a pas avancé.
Achat de voix Raam : le juge Tzabari rejette la résidence surveillée
La police a tenté un dernier tour de vis. Mercredi, elle a demandé le placement d'al-Garibi en résidence surveillée et l'interdiction de son accès à Internet. Le juge Eran Tzabari a rejeté la requête et critiqué les enquêteurs, rapporte The Times of Israel.
Le motif de la décision est un constat d'échec. « L'unité chargée de l'enquête n'a fait aucun progrès dans cette affaire, et je n'ai pas eu connaissance d'efforts concrets pour vérifier les affirmations de l'accusé », écrit le magistrat. « Je ne vois aucune raison de maintenir l'accusé en résidence surveillée. »
Le calendrier judiciaire disait déjà la faiblesse du dossier. La libération avait été ordonnée dimanche, puis suspendue lundi à la demande de la police. Les deux autres suspects, Hussein al-Masoudin et Saef Abu Reash, étaient sortis mardi et dimanche, sans appel du parquet.
Douze mille shekels et des perquisitions sans mandat
Le récit policier reposait sur des enveloppes. Les forces de l'ordre affirment avoir découvert, à l'aube du vote, des enveloppes contenant « des dizaines de milliers de shekels » aux domiciles des suspects. L'avocat d'Abu Reash soutient qu'aucune somme n'a été trouvée chez son client et que 12 000 shekels ont été saisis chez les autres.
Les suspects ont donné une explication matérielle. L'argent était destiné à des œuvres caritatives, ont-ils affirmé. Aucune source consultée ne documente un versement à un électeur, ni un lien entre ces espèces et un bureau de vote.
La police a reconnu une irrégularité devant le tribunal. Elle a admis avoir perquisitionné les domiciles sans mandat, selon le Times of Israel.
Ido Norden, le fil qui remonte au cabinet du Premier ministre
Les médias israéliens ont identifié la source. Perquisitions et arrestations reposaient sur des informations transmises aux hauts responsables de la police par Ido Norden, chef de cabinet de Benyamin Netanyahou. Un fonctionnaire du Premier ministre, pas un service d'enquête.
Le Premier ministre s'était engagé le jour du scrutin. Dans une allocution vidéo, il avait présenté les poursuites contre « les trois principaux bailleurs de fonds de Raam » comme une tentative « de nous voler l'élection ».
Le soupçon a changé d'échelle sans changer de nature. Après les trois Bédouins, l'instruction s'est déplacée vers les états-majors arabes, puis vers un financement étranger « massif ». Chaque étape a élargi l'accusation sans produire la pièce qui la fonderait.
La commission électorale valide, le Likoud s'abstient
Le présidium de la commission centrale électorale a entériné les résultats mercredi matin. Yesh Atid et Kakhol Lavan ont voté pour, le Likoud et Shas se sont abstenus, et le président de la commission, le juge Noam Sohlberg, a fait pencher la balance, rapporte The Times of Israel.
La commission avait déjà écarté la thèse de la fraude. Elle a réaffirmé n'avoir constaté aucune irrégularité compromettant le scrutin. Sohlberg a opposé par écrit au Likoud que la commission n'a pas le pouvoir de retarder la certification au motif que des enquêtes sont en cours.
Les résultats officiels ont été remis à Isaac Herzog mercredi en fin d'après-midi, qui devait ensuite ouvrir les consultations avec les chefs de parti, comme le rappelle l'AFP.
Le Shin Bet invoque « des milliers de personnes », sans preuve transmise
Le Shin Bet a haussé le ton sans nommer personne. Mercredi, l'agence a déclaré à la commission électorale que ses renseignements indiquaient un financement étranger généralisé et des opérations d'influence impliquant « des milliers de personnes, voire davantage ».
L'argent viendrait de pays étrangers et d'acteurs aux « intérêts cachés, voire hostiles ». Aucun État, aucun nom, aucune pièce n'a été produit. L'agence dit devoir approfondir avant d'établir l'ampleur des faits.
Des sources policières contestent la version. Selon Haaretz, elles n'ont pas connaissance d'opérations impliquant des « sommes colossales » et des « milliers de personnes ». « Si tel est le cas, comment se fait-il que David Zini ait déclaré le jour du scrutin que le vote était sécurisé ? »
Le parquet n'aurait reçu des éléments que pour un seul des quatre responsables arabes que l'agence souhaite interroger. « Si le Shin Bet détient des preuves justifiant une enquête, il est invité à les présenter », a déclaré la procureure générale Gali Baharav-Miara, citée par l'AFP.
Le Likoud l'accuse d'« obstruction » et de « dissimulation ». Itamar Ben Gvir a réclamé l'arrestation de tous les dirigeants arabes « dans les cellules souterraines du Shin Bet » et le gel de la validation. « L'élection a été volée ici », a-t-il lancé.
Gadi Eisenkot a répliqué que le Likoud et Benyamin Netanyahou menaient « un véritable pogrom contre la démocratie et l'État de droit ».
Herzog convoque les partis, l'arithmétique des 61 sièges
Le président a demandé aux partis d'accepter le résultat. « Sans vainqueur évident après les élections, je demande de l'originalité et de la créativité, du courage et de la bonne volonté », a déclaré Isaac Herzog, selon Ouest-France.
Il a prévenu que les partis « ne pourront pas tenir tous leurs engagements » de campagne, sans demander « à personne de renoncer à ses valeurs fondamentales ». Il a aussi dénoncé les attaques racistes contre les Arabes israéliens.
Les chiffres sont stabilisés, et ils prolongent notre décompte du 28 octobre. 53 sièges au bloc pro-Netanyahou, dont 27 au Likoud, 48 à l'opposition de Gadi Eisenkot, 19 aux partis arabes, sur 120. Il manque huit sièges au bloc sortant. La participation atteint 77,9 %, contre 70,6 % en 2022.
Les tractations ont commencé à Herzliya, où la rue s'était déjà invitée le 1er novembre. Les chefs de l'opposition ont promis un gouvernement « le plus vite possible » et maintenu les quatre critères d'Eisenkot, dont la reconnaissance d'Israël comme État juif. Seul Yaïr Golan plaide ouvertement pour une alliance avec les partis arabes.
Youssef Jabareen a fixé le cadre. Le chef de la Liste arabe unie, forte de onze sièges, demande à l'opposition d'accepter la « réalité politique » et de s'unir pour écarter Benyamin Netanyahou.
Achat de voix Raam : ce que cinq jours ont démontré
La séquence parle d'elle-même. Une dénonciation télévisée, trois arrestations à l'aube, des perquisitions sans mandat reconnues, un juge qui constate une enquête sans progrès, une commission électorale qui valide les résultats, et une agence qui promet des milliers de suspects sans un nom.
Le soupçon n'est pas la preuve, et l'inverse est vrai aussi. Le dossier Raam referme la séquence ouverte le 31 octobre. Si le Shin Bet documente un financement étranger, les responsables devront être jugés. En attendant, trois hommes ont passé six jours en détention sur la base d'informations venues d'un cabinet politique.
L'enjeu s'est déplacé vers les négociations. Avec 53 sièges contre 48 et 19 mandats arabes, la question n'est plus de savoir qui a volé le scrutin, mais qui acceptera de gouverner avec qui. Le pays attend un gouvernement depuis le 27 octobre.