Israël

Trump annonce la fin de l'aide militaire américaine à Israël

2026-11-04
Trump annonce la fin de l'aide militaire américaine à Israël

Donald Trump a annoncé mardi 3 novembre la fin de l'aide militaire américaine à Israël, lors d'un entretien téléphonique accordé à Fox News. Le président a chiffré le programme à « 4 milliards de dollars par an » et affirmé qu'un accord avait été conclu « il y a des mois » avec Benyamin Nétanyahou.

Le vocabulaire est celui d'un homme d'affaires, pas d'un diplomate. « Vous pouvez considérer que c'est du troc. Vous pouvez considérer que c'est de l'aide militaire ou du liquide », a-t-il déclaré, selon l'Associated Press. « Nous leur donnons 4 milliards en matériel et en argent, et ils n'en ont pas besoin. »

Il soutient que Nétanyahou a lui-même soulevé le sujet. « C'est Bibi qui a abordé la question », a-t-il assuré sur Fox News, rapporte le Times of Israël. Le Premier ministre israélien aurait évoqué une sortie progressive, jamais une suspension immédiate.

Trump annonce la fin de l'aide militaire américaine à Israël : le cadre reste en place

Le dispositif existant est un mémorandum signé en 2016 par Barack Obama. Il prévoit 38 milliards de dollars sur dix ans, dont 33 milliards de financement d'achats d'armements et 5 milliards pour la défense anti-missile, selon l'AFP.

Il est entré en vigueur en 2019 et court jusqu'en septembre 2028. Soit 3,8 milliards de dollars par an. Trump parle d'une fin « à la fin de l'année », Euronews écrit 2027, et le Times of Israël relève que le programme n'expire qu'à l'automne 2028.

À Washington, l'argument est budgétaire autant qu'électoral. « Israël est un pays très prospère. Ils n'en ont pas besoin », a lancé Trump, en promettant de les aider « s'ils en ont besoin ». En mai, Nétanyahou avait dit à CBS vouloir ramener ce soutien à « zéro ».

À Jérusalem, deux ministères apprennent la nouvelle par les médias

Le ministère des Finances n'a reçu aucun document officiel. « Aucun document officiel n'a été transmis par le cabinet du Premier ministre concernant la fin de cette aide », a déclaré un responsable au site Walla. Le ministère dit avoir connu l'intention, pas l'immédiateté.

La Défense a réagi de la même manière. « Nous ne nous attendions pas à cette annonce, et certainement pas aujourd'hui », a confié un haut responsable à la radio publique Kan. Un dialogue technique est en cours avec les Américains.

Le coût se calcule déjà. Un haut responsable financier cité par Ynet évalue à 8 milliards de dollars les deux années abandonnées : « Où allons-nous trouver cette somme ? La réponse est évidente : dans les impôts des citoyens. »

Gadi Eisenkot et Yaïr Lapid contestent la fin de l'aide militaire américaine à Israël

Gadi Eisenkot a demandé des comptes le soir même. « Le fait que l'appareil de défense, comme les citoyens israéliens, apprenne par les médias un changement dans nos relations stratégiques montre à quel point la conduite de Nétanyahou est dangereuse », a écrit le chef de Yashar sur X, selon le Times of Israël.

Il en tire une conclusion immédiate. « On ne peut plus lui faire confiance et il doit être remplacé », ajoute Eisenkot, qui réclame des réponses aux Israéliens « ce soir ». Le chef de l'opposition ne parle pas de budget, mais de confiance dans l'appareil d'État.

Yaïr Lapid parle d'un tournant historique. « La décision de Trump est l'un des échecs politiques et sécuritaires les plus graves de l'histoire de l'État », a déclaré le chef de Yesh Atid, selon ANI. Il juge « inconcevable que Nétanyahou ait capitulé ».

Le calendrier amplifie le coup. Les législatives du 27 octobre n'ont donné de majorité à personne, et Isaac Herzog ouvre mercredi ses consultations avec les partis. Le pays qui négocie sa coalition découvre le prix de son alliance.

Midterms, Iran et ventes d'armes : le contexte de l'annonce

L'annonce tombe le jour du vote américain. Trump l'a reliée aux critiques de la gauche, en visant Abdul El-Sayed, candidat démocrate au Sénat dans le Michigan. « Pourquoi subir les attaques d'insensés comme cet El-Sayed alors qu'ils n'en ont pas besoin ? Cela envoie un très mauvais message. »

Washington ne renonce pas aux livraisons. Trump a évoqué un troc et confirmé la poursuite des ventes d'armes. David Schenker, ancien responsable du département d'État, pose la vraie question : « Les livraisons d'armes seront-elles affectées ? Israël sera-t-il prioritaire ? »

Le même jour, l'armée américaine frappait des cibles en Iran dans le détroit d'Ormuz. Une escalade que nous documentons depuis la fin octobre. Un allié à qui l'on demande de frapper, sans lui garantir son réapprovisionnement.

Le monde juif américain est divisé. La Heritage Foundation, qui plaidait pour une sortie progressive, y voit un passage du « patronage au partenariat », selon le Jewish Insider.

Fin de l'aide militaire américaine à Israël : ce que cela change vraiment

L'aide n'était pas un chèque en blanc. Les 33 milliards du mémorandum devaient être dépensés en matériel américain, rappelle l'AP. Couper le financement ne coupe donc pas la relation : cela déplace la charge sur le budget israélien et la rend variable.

Le précédent de septembre éclaire l'enjeu. Une vente de 40 000 munitions pour 2,8 milliards de dollars, financée par cette aide, avait été bloquée au Congrès par un élu démocrate, un dossier que nous avons suivi. Sans ligne budgétaire, chaque livraison devient un combat parlementaire.

Reste une contradiction que personne, à Jérusalem, n'a résolue. Trump affirme que Nétanyahou a réclamé la fin de l'aide ; deux ministères israéliens disent l'avoir apprise à la télévision. La fin de l'aide militaire américaine à Israël est, pour l'instant, une annonce de plateau, sans texte signé ni vote du Congrès.

Pour les Juifs de France, l'enjeu n'est pas comptable. Il est politique : le pays qui garantissait la parité militaire d'Israël transforme cette garantie en monnaie d'échange électorale. Si le mécanisme disparaît, le débat portera sur l'existence de l'alliance, pas sur son montant.