Israël

Gouvernement juif-arabe en Israël : 2 000 manifestants à Tel-Aviv, « Sobibor » crié en face

2026-11-01
Gouvernement juif-arabe en Israël : 2 000 manifestants à Tel-Aviv, « Sobibor » crié en face

Le gouvernement juif-arabe en Israël a rempli la place Habima. Environ 2 000 personnes ont manifesté samedi soir à Tel-Aviv pour réclamer une coalition entre le bloc de Gadi Eisenkot et les partis arabes, selon The Times of Israel. À quelques dizaines de mètres, une contre-manifestation de droite exigeait une enquête sur une élection « volée ».

Quatre jours après le scrutin, l'arithmétique n'a pas bougé. 53 sièges au bloc de Benyamin Netanyahou, 48 aux partis juifs d'opposition, 19 aux formations arabes, sur 120. Les adversaires du Premier ministre totalisent 67 mandats, mais 48 seulement sans le Raam et la Liste arabe unie. La Knesset est investie le 10 novembre.

Un mot a dépassé la politique. D'après des images diffusées par l'artiste Yigal Shtayim, un contre-manifestant a lancé aux participants qu'il les renverrait « dans les cheminées d'Auschwitz » avant d'ajouter : « Nous reconstruirons Sobibor pour vous. »

Gouvernement juif-arabe en Israël : ce que la rue a crié

Le cortège est parti de Habima vers 20 heures. Organisé par le mouvement binational Standing Together, il réclamait une coopération de tous les partis d'opposition, avant une marche vers la place Rabin par le boulevard Ibn Gabirol. Pancartes levées : « Il y a une majorité pour le changement ».

Les slogans étaient bilingues. « Juifs et Arabes refusent d'être ennemis », « Non au racisme, oui au partenariat », puis en arabe : « Paix, liberté, justice sociale ». Des rassemblements plus modestes se sont tenus à Jérusalem, place Paris, et à Haïfa, place UNESCO, selon le Times of Israël.

Gouvernement juif-arabe en Israël : la consigne adressée à Eisenkot

Les manifestants parlaient à un homme qui avait dit non. « Les gens veulent vraiment que ce vote pour le changement aboutisse », a rapporté la correspondante d'Al Jazeera, citée par Al Jazeera et l'AFP. Gadi Eisenkot avait pourtant écarté publiquement toute coalition avec les partis arabes pendant la campagne.

La pression a trouvé un écho immédiat. Samedi soir, Eisenkot et Yaïr Lapid se sont rencontrés pour leurs premières discussions publiquement reconnues depuis le vote, selon i24NEWS. Les deux hommes ont évoqué les résultats et la coordination de la suite.

En face, « la plus petite étincelle » et les slogans racistes

Environ 200 personnes ont répondu par une contre-manifestation. Elles ont scandé « État juif » et « les terroristes à Gaza, pas au gouvernement », et accusé les partis arabes de complaisance envers le terrorisme.

Le député Almog Cohen a résumé la stratégie. « Parfois une immense flamme jaillit de la plus petite étincelle, et ceci est la plus petite étincelle. »

Des jeunes en marge ont crié autre chose. « Que ton village brûle » et « un Juif est une âme, un Arabe est le fils d'une prostituée », rapporte The Times of Israel.

Un père d'otage a parlé juste après. Eli Shtivi, dont le fils Idan a été tué au festival Nova le 7 octobre 2023, a réclamé une majorité de 101 sièges : « Seule une majorité juive déterminera l'avenir de l'État d'Israël. »

La séquence dit plus que la tactique. Un soupçon de fraude, né d'une défaite, a produit en soixante-douze heures un vocabulaire de chambre à gaz dans une manifestation juive, à Tel-Aviv, contre d'autres Juifs. Ce n'est plus une contestation électorale : c'est la mémoire de la Shoah retournée contre des électeurs.

Les quatre conditions d'Eisenkot avant toute coalition

Le chef de Yashar a posé sa méthode avant ses partenaires. Il entend utiliser la majorité parlementaire hostile à Netanyahou pour avancer une commission d'enquête d'État sur le 7 octobre, le service obligatoire pour tous et l'abrogation de la réforme judiciaire, sans attendre la formation d'un gouvernement.

Sa formule est constitutionnelle, pas polémique. « Que personne ne vous trompe : dans l'État d'Israël, c'est la Knesset qui accorde sa confiance au gouvernement, pas l'inverse. » Il accuse aussi Netanyahou d'avoir nourri « une culture du mensonge » qui a divisé le pays, selon i24NEWS.

Les quatre principes posés comme ultimatum

Tout député qui les accepte est un partenaire possible. Reconnaissance d'Israël comme État juif, démocratique, libéral et égalitaire ; attachement à la déclaration d'indépendance ; service militaire, national ou civil pour tous ; et reconnaissance du Hamas comme organisation terroriste dont la puissance à Gaza doit être détruite.

L'obstacle reste Avigdor Liberman. Le chef de Yisrael Beytenu s'oppose à une coopération avec les partis arabes et a déclaré n'avoir « ni envie ni intention » de présider la Knesset, alors que des discussions circulent pour remplacer Amir Ohana dès le 10 novembre. Sans ses voix ni celles du camp arabe, aucun bloc n'atteint 61 sièges.

Ce que le gouvernement juif-arabe en Israël dit de la démocratie

La participation a battu des records. 77,9 % des inscrits se sont déplacés, et les partis arabes sont passés de 10 à 19 sièges, le Raam en obtenant 8 et la Liste arabe unie 11. Une minorité qui vote massivement n'est pas une minorité qui vole : elle exerce un droit garanti depuis 1948.

À l'étranger, la pression vient aussi des alliés d'Israël. Jeremy Ben-Ami, président de J Street, juge que « le moment est venu pour les partis d'opposition juifs de faire preuve d'un véritable leadership en tendant la main aux partis arabes », selon le Times of Israël.

La coalition reste une hypothèse minoritaire dans le pays qui la réclame. Deux mille personnes place Habima, quelques centaines à Jérusalem et Haïfa, contre un électorat juif majoritairement hostile depuis le 7 octobre. Le premier vote sur la présidence de la Knesset dira si le bloc du changement accepte d'en payer le prix.

Sur le même sujet, notre analyse des soupçons de fraude électorale : le Shin Bet enquête, le Qatar dément. Et notre décryptage des résultats des législatives israéliennes du 28 octobre.