Accusations de fraude électorale en Israël : le Shin Bet enquête, le Qatar dément
Les accusations de fraude électorale en Israël ont changé de nature en quarante-huit heures. Une protestation du Likoud est devenue une enquête du Shin Bet sur des fonds étrangers, puis une bataille entre la commission électorale et le parti du Premier ministre. Aucun tribunal n'est encore saisi.
Le déclencheur porte une signature. Noam Sohlberg, juge à la Cour suprême et président de la commission centrale électorale, a écrit mercredi au chef du Shin Bet, David Zini, une lettre révélée jeudi, rapporte The Times of Israel.
Accusations de fraude électorale en Israël : la lettre qui a tout déclenché
Le texte est prudent, et c'est ce qui le rend lourd. Sohlberg y évoque « de graves soupçons » d'« une influence indue sur les élections, exercée par le biais de financements fournis par des entités étrangères agissant à l'encontre des intérêts israéliens ». Il dit ne pas pouvoir en attester la véracité.
Il fixe un délai d'une semaine. Le juge demande que les conclusions lui soient présentées sous sept jours, pour garantir la confiance du public dans le processus électoral.
Accusations de fraude électorale en Israël : ce que le Shin Bet dit, et ce qu'il tait
L'agence a encadré sa propre enquête. Le Shin Bet parle d'un travail « limité dans son périmètre », fondé sur aucun élément fourni par un acteur politique, selon The Times of Israel. Les résultats certifiés remis à Isaac Herzog le 4 novembre ne seront pas retardés.
Le soupçon vise Doha, selon les médias israéliens. N12 et Ynet évoquent des fonds qataris versés à des organisations arabes pour mobiliser les électeurs, avec des canaux comparables à ceux du financement du terrorisme. Sources anonymes, pas un document judiciaire.
Un soupçon venu du renseignement, pas d'un parti
Le calendrier contredit le récit du complot. Un responsable de la sécurité cité par Kan décrit une enquête ouverte depuis deux semaines sur renseignements solides, donc avant le vote. Zini avait informé Sohlberg et la procureure générale Gali Baharav-Miara bien plus tôt, selon N12.
Le jour du scrutin, Zini rassurait pourtant le pays. Il assurait que les élections étaient « surveillées et menées de manière correcte et exemplaire », rappelle The Times of Israel. Deux jours plus tard, son agence ouvrait une enquête sous supervision judiciaire.
Dean Livne démonte la thèse du scrutin volé
Le premier fonctionnaire électoral a répondu par écrit. Dean Livne a adressé jeudi une lettre au député Yesh Atid Vladimir Beliak : « Les élections à la Knesset se sont déroulées légalement. L'intégrité du scrutin a été rigoureusement préservée et, à notre connaissance, rien ne fonde des allégations de violations systématiques. »
Vendredi, sa déclaration était coordonnée avec le Shin Bet et Sohlberg. Les informations parues sont « totalement infondées », l'enquête « n'aura aucune incidence sur les résultats définitifs » et « ne concerne aucun secteur particulier de la population », selon le JTA.
Accusations de fraude électorale en Israël : ce que la loi autorise vraiment
La loi israélienne est précise. Les dons étrangers aux partis sont interdits, les associations doivent déclarer ceux qui dépassent la moitié de leurs recettes, et payer un électeur reste illégal.
Un recours ne prospère pas sur une rumeur. Le tribunal de Jérusalem n'est saisissable que dans les quatorze jours suivant les résultats définitifs, et seulement si les faits allégués peuvent modifier substantiellement le résultat. Aucune élection n'a jamais été annulée dans son ensemble.
Doha parle de « ridicules et dangereuses »
Doha a répondu par la voix de Majed Al Ansari. « Nous nions catégoriquement que le Qatar soit intervenu dans les élections israéliennes ou ait financé des activités destinées à en influencer l'issue », a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, selon l'AFP.
Sa formule vise le camp du Premier ministre. « On accuse le Qatar d'avoir acheté Benyamin Netanyahou, la gauche israélienne, et maintenant le vote arabe. Ces accusations sont ridicules et dangereuses à parts égales. » Doha refuse le rôle de « bouc émissaire ».
19 sièges arabes, un record qui change l'arithmétique
Les résultats définitifs sont tombés dans la nuit de jeudi à vendredi. 53 sièges au bloc pro-Netanyahou, 48 à l'opposition sioniste, 19 aux partis arabes, sur 120, selon The Times of Israel. La participation atteint 77,9 %, avec 5 716 665 suffrages.
La comparaison qui explique la fureur est arithmétique. La Liste arabe unie obtient 11 sièges et Raam 8, contre 10 mandats pour les formations arabes sortantes. Leur représentation a quasiment doublé en un scrutin.
Le Likoud a parlé d'élection « volée » par les Arabes. Les partis arabes ont qualifié le mot de raciste. Gadi Eisenkot a répliqué que Netanyahou menait « une opération d'influence illégitime ».
Herzog a posé une limite politique. Il réclame une enquête, mais met en garde contre la stigmatisation de la communauté arabe israélienne, qui a voté à des taux inédits, selon l'AFP. Les députés siègent le 10 novembre, quel que soit le résultat des tractations.
Ce que cette séquence dit de la droite israélienne
Une enquête sérieuse et un récit dangereux peuvent coexister. Vérifier l'origine de l'argent d'une campagne de mobilisation est un devoir. Transformer un contrôle financier en preuve que 19 sièges sont illégitimes disqualifie le vote de citoyens parce qu'il dérange une arithmétique.
Le passif qatari du Premier ministre affaiblit sa posture morale. Deux de ses conseillers ont été arrêtés l'an dernier dans une affaire de paiements présumés venus du Golfe, rappelle l'AFP. Il a par ailleurs toléré des années de financements qataris à Gaza au nom de la stabilité.
Les accusations de fraude électorale en Israël finiront donc devant un juge, pas dans une urne. Si le Shin Bet trouve des transferts illégaux, les sanctions viseront des organisateurs, pas un électorat. S'il ne trouve rien, ceux qui ont crié au vol devront répondre de leur usage du soupçon.