Israël

Knesset sans majorité : Netanyahou tient son bloc, Eisenkot n'a pas gagné

2026-10-28
Knesset sans majorité : Netanyahou tient son bloc, Eisenkot n'a pas gagné

La Knesset sans majorité est le verdict du 27 octobre, et aucun des deux camps ne peut le revendiquer sans mentir. À 72,4 % des bulletins dépouillés mercredi matin, le bloc du Premier ministre sortant compte 54 sièges sur 120, contre 48 pour Gadi Eisenkot et 18 pour les listes arabes, selon le décompte publié par The Times of Israel.

Il manque sept mandats au camp Netanyahou pour atteindre les 61 nécessaires. Le Likoud recueille 27 sièges, le Yashar d'Eisenkot 21, la Liste unifiée 12, B'Yachad 11, les Démocrates 8, Israël Beytenou 8, Otzma Yehudit 7, le Shas 7, le Judaïsme unifié de la Torah 7, Ra'am 6, le Sionisme religieux 6.

Le scrutin a mobilisé comme aucune élection depuis un quart de siècle. Le Monde relève une participation de 66,7 % en début de soirée, la plus élevée depuis 1973, pour les premières législatives depuis le 7-Octobre.

Knesset sans majorité : le décompte qui contredit les pronostics

Le camp du Premier ministre est passé de 55 à 54 sièges au fil de la nuit. À la moitié du dépouillement, la commission électorale le créditait de 55 mandats contre 49 à l'opposition et 16 aux listes arabes, selon franceinfo. Les dernières enveloppes, celles des soldats et des expatriés, ont rogné cette avance.

Knesset sans majorité : 54 sièges, un recul réel mais pas un effondrement

Les sondages de sortie des urnes promettaient une déroute, les chiffres livrent une contraction. Le Figaro rapporte que les chaînes 11 et 13 donnaient les deux camps à égalité dès la nuit de mardi à mercredi, avec 51 sièges chacun. Le Likoud sauve un groupe parlementaire que les sondages de septembre annonçaient à une vingtaine de mandats.

Le décompte final n'est pas encore connu, et il peut bouger à la marge. Les résultats définitifs sont attendus jeudi soir ou vendredi matin selon les médias israéliens, rapporte l'AFP. Le président Isaac Herzog recevra ensuite les chefs de parti avant de désigner celui qui tentera de former une coalition.

Knesset sans majorité : les listes arabes à 18 sièges deviennent arbitres

La poussée arabe est le fait politique de la nuit. La Liste unifiée passe à 12 sièges et Ra'am à 6, un total de 18 mandats qui place les deux formations au centre de toute arithmétique gouvernementale, selon The Times of Israel. Mansour Abbas et Yousef Jabareen n'ont plus besoin de forcer la porte : on viendra la leur ouvrir.

Jabareen a mesuré sa nouvelle position sans s'engager. « Nous prendrons des décisions responsables dans les semaines à venir, quelle que soit la situation », a déclaré le président de la Liste unifiée, cité par Le Figaro.

Netanyahou reste Premier ministre, et il le sait

Un intérim qui vaut pouvoir de nomination

Le chef du gouvernement sortant conserve la main sur l'intérim. Benyamin Netanyahou restera Premier ministre jusqu'à la formation du prochain gouvernement, précise l'AFP. Dans une impasse prolongée, cette position caretaker vaut pouvoir de nomination, budget provisoire et gestion courante, y compris sur le dossier iranien.

Son discours de la nuit assumait la tactique du bloc minoritaire. « Nous devons mettre en place un gouvernement de droite fort », a-t-il déclaré, appelant « la majorité juive et sioniste à se ressaisir et à s'unir », selon France 24. La formule dit l'essentiel : 61 sièges sans les partis arabes, il n'en a que 54.

Le shekel a ouvert en baisse, Tel-Aviv a décroché

L'économie a immédiatement encaissé l'incertitude. Le shekel s'est affaibli face au dollar et la Bourse de Tel-Aviv a décroché dans la matinée, selon le liveblog du Times of Israel.

Eisenkot : le changement proclamé, l'alliance refusée

Gadi Eisenkot revendique une victoire que les sièges ne lui donnent pas. « Le peuple a choisi le changement », a-t-il déclaré, promettant de « tout faire pour former un gouvernement », selon l'AFP. Il a aussi dénoncé « une absence totale de confiance de la majorité des citoyens israéliens envers Netanyahou et le gouvernement responsable du 7-Octobre ».

Knesset sans majorité : la coalition de 66 sièges que personne ne veut assembler

Sur le papier, l'opposition peut gouverner. Le bloc anti-Netanyahou compte 48 sièges, la Liste unifiée 12 et Ra'am 6 : 66 mandats, cinq de plus que la majorité absolue. Aucun accord politique ne correspond à cette addition, et c'est tout le problème.

Eisenkot et ses alliés ont refusé jusqu'ici de s'appuyer sur les partis arabes. L'AFP note que cette alliance risquerait de braquer leur électorat de droite, et que le refus n'a pas varié pendant la campagne. Le centriste préfère un gouvernement minoritaire, option tout aussi instable, à une majorité dépendante de la Liste unifiée.

Yaïr Golan, seul à vouloir franchir le pas

Le chef des Démocrates a appelé publiquement à l'alliance. « Nous avons la responsabilité et l'opportunité de former un gouvernement de changement en partenariat avec les citoyens arabes d'Israël », a-t-il écrit sur X, en refusant « la division raciste de Netanyahou entre les voix juives et les voix arabes », selon France 24.

Il est minoritaire dans son propre camp. Le Times of Israel rapporte qu'il revendique « une majorité de 65 sièges » et appelle sa famille politique à « cesser d'avoir peur ». Un dirigeant qui doit expliquer à ses alliés qu'ils ont gagné ne dirige pas encore grand-chose.

Knesset sans majorité : trois issues, aucune garantie

Les politistes décrivent une impasse aux sorties étroites. Pour Ilana Shpaizman, maîtresse de conférences à l'université Bar-Ilan, citée par l'AFP, Netanyahou « n'a aucun moyen de former un gouvernement » avec ses alliés actuels, et le bloc Eisenkot devra « soit former un gouvernement avec les partis arabes, soit établir un gouvernement minoritaire ».

La troisième sortie est la plus coûteuse : de nouvelles élections. Israël a connu cinq législatives entre 2019 et 2022. Une dissolution produirait probablement une Knesset aussi fragmentée, après une campagne de plus sur le 7-Octobre.

David Khalfa résume le résultat sans diplomatie. Le co-directeur de l'Observatoire de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient de la Fondation Jean-Jaurès parle d'« une impasse totale » sur France Inter, tout en appelant à la prudence sur des résultats encore partiels, selon franceinfo.

Ce que cette Knesset sans majorité change pour les Juifs de France

Le dossier iranien reste dans les mains de l'intérim

Le dossier iranien ne sera pas suspendu par une élection. Netanyahou a multiplié les menaces de nouvelle campagne militaire contre l'Iran ces derniers jours, rappelle l'AFP, et l'intérim lui laisse la main sur ce terrain.

La lutte contre l'antisémitisme ne dépend pas de l'arithmétique de la Knesset. Les échanges entre Paris et Jérusalem sur la sécurité des institutions juives passent par les ministères, pas par les groupes parlementaires. Un gouvernement affaibli négocie moins vite, il ne disparaît pas.

Un électorat divisé, aucun arbitre

Le vrai enseignement est inconfortable pour tout le monde. Le camp qui se voulait l'alternative a échoué à convertir la lassitude en majorité, et celui qui devait être balayé conserve 54 sièges. Nous avions décrit, le 26 octobre, le vote des Israéliens de l'étranger et, le 25, la participation de la minorité arabe.

La Knesset sans majorité n'est pas un accident de décompte, c'est le pays tel qu'il est. Un État divisé sur la conduite de la guerre, sur le rôle des partis arabes et sur l'homme qui doit gouverner, avec 120 sièges qui ne composent aucun gouvernement. Les prochaines semaines diront si cette paralysie produit un compromis ou une sixième élection.

Article rédigé par la rédaction du Monde Juif.