Israël

Israéliens de l'étranger : 53 000 rentrent voter, le Likoud a retiré son recours

2026-10-26
Israéliens de l'étranger : 53 000 rentrent voter, le Likoud a retiré son recours

Les Israéliens de l'étranger ne peuvent pas voter depuis leur pays de résidence. Environ 53 000 d'entre eux se sont signalés pour rentrer en Israël avant le scrutin du 27 octobre, selon l'AID Coalition, l'organisation qui pilote l'opération « Fly and Vote », citée par le Times of Israel.

Le chiffre est devenu un enjeu politique en soi. Le Likoud, le parti du Premier ministre Benyamin Netanyahou, a combattu l'initiative devant la commission électorale centrale avant de retirer son recours, dans le cadre d'un compromis négocié par le juge Noam Sohlberg, président de la commission.

Israéliens de l'étranger : 53 000 retours annoncés

Israéliens de l'étranger : un pays sans vote à distance

Israël fait partie des rares démocraties qui refusent le vote par correspondance. Seuls les diplomates et les émissaires en poste à travers le monde échappent à la règle, selon le Times of Israel. Tout citoyen de 18 ans et plus doit donc se trouver physiquement dans le pays le jour du vote.

Le vivier est immense. En 2025, le ministère de l'Aliya estimait à environ un million le nombre d'Israéliens résidant à l'étranger, un chiffre cité devant la Knesset et repris par France 24.

Israéliens de l'étranger : trois chiffres qui ne se recoupent pas

Les estimations divergent et chacune doit être attribuée. L'AID Coalition annonce 53 000 retours, l'AFP « plus de 50 000 », et le Jerusalem Post évoquait en août un objectif de 70 000, avec 31 000 inscrits à l'époque. L'écart entre engagement et présence réelle le 27 octobre restera la vraie inconnue.

Le retour n'est pas subventionné. Le compromis interdit à l'organisation de financer des billets ou d'ajouter des vols au-delà des six déjà affrétés, et les tarifs restent alignés sur le marché, précise le Times of Israel. Chaque électeur paie donc son billet.

Le Likoud a retiré son recours

Une accusation de corruption électorale

Le Likoud avait saisi la commission électorale début septembre. Son avocat, Me Ilan Bombach, dénonçait une initiative menée par une « société étrangère » offrant un « soutien logistique » aux Israéliens de l'étranger, selon le Times of Israel. Le parti y voyait un avantage indu offert à des électeurs réputés hostiles au gouvernement.

L'organisation se dit non partisane. L'AID Coalition, née des manifestations de 2023 contre la réforme judiciaire, affirme ne soutenir « aucun candidat ni aucun parti » et ne prendre en charge aucun frais de voyage. Son président, Jonathan Barsade, a qualifié l'accusation de « totalement infondée » devant l'AFP, reprise par La Libre.

Le prix du compromis

L'accord a un coût, y compris judiciaire. L'AID Coalition versera 10 000 shekels pour couvrir les frais de justice du Likoud, rapporte le Times of Israel. L'organisation a également dû cesser la vente de billets groupés, ce qui a réduit son dispositif à six vols.

Les Français en première ligne

Sylvie Lidgi n'avait pas voté depuis 1973

La retraitée parisienne a longtemps jugé déplacé de voter dans un pays où elle ne résidait plus. « Mais cette année, c'est très différent », explique-t-elle à l'AFP. Elle résume le scrutin à un choix entre « la Torah comme Constitution » et « une démocratie libérale ».

800 euros pour un aller-retour

Liran Naaman vit à Amsterdam depuis onze ans. Ce chef de projet a payé 800 euros son billet pour rentrer voter, selon l'AFP. « La manière dont notre gouvernement se comporte me porte préjudice personnellement, ainsi qu'au reste des Israéliens à l'étranger », dit-il.

À Paris, Chaya a renoncé à un voyage familial. Cette Israélo-suisse installée en France depuis deux ans et demi a sacrifié le déplacement prévu pour la naissance de son petit-neveu, rapporte France 24. « Voter, c'est plus que jamais une priorité », assume-t-elle.

« Ceux qui ne vivent pas ici ne devraient pas décider »

La charge de Makor Rishon

Kalman Libeskind, rédacteur en chef de Makor Rishon, a ouvert la polémique en août. Dans une chronique intitulée « Les yordim qui comptent venir voter sont des effrontés », il juge le projet « immoral », rapporte le Jerusalem Post. « Ceux qui ne vivent pas ici ne devraient pas décider comment nous vivons ici », écrit-il.

Son argument est celui des conséquences. Ceux qui ont bâti leur vie ailleurs ne subiront ni les décisions de sécurité, ni la fiscalité, ni le service militaire du gouvernement qu'ils contribuent à élire. Il exclut toutefois les Israéliens partis temporairement pour un contrat ou des études.

La riposte des députés d'opposition

Vladimir Beliak (Yesh Atid) a dénoncé deux poids deux mesures. Il a rappelé que les électeurs haredim de l'étranger n'avaient pas provoqué les mêmes protestations lors des scrutins précédents, selon le Jerusalem Post. Le chiffre qu'il avance, des dizaines de milliers de retours depuis les États-Unis, n'a pas été vérifié indépendamment.

Naama Lazimi (Democrates) a opposé les réservistes. « Pour lui, il est acceptable qu'ils meurent pour le pays, mais absolument pas qu'ils votent ici », a-t-elle écrit. La charge résume la ligne de fracture : l'obligation du sang contre le droit du sol.

Israéliens de l'étranger : le poids d'un million de citoyens

Le retour des expatriés raconte une bataille que la campagne israélienne ne dit pas frontalement. Des dizaines de milliers de personnes qui ont quitté le pays depuis 2023 reviennent voter contre le gouvernement qui les a fait partir, comme le relève le Times of Israel.

La même arithmétique s'applique à la minorité arabe israélienne, créditée de 63 % de participation. Deux réservoirs d'électeurs que les candidats au poste de Premier ministre courtisent du bout des lèvres, comme le montrait notre analyse de la campagne, décideront peut-être d'une majorité que personne ne veut leur devoir.

Les Israéliens de l'étranger paient donc leur billet et votent dans un pays qu'ils ont quitté. Leur nombre ne figure dans aucun sondage : il n'apparaîtra que dans les résultats du 27 octobre.