Minorité arabe israélienne : 63 % de participation, l'arbitre malgré lui du 27 octobre
La minorité arabe israélienne peut décider qui gouvernera le pays mardi, et personne ne veut l'assumer. Les sondages la créditent de 63 % de participation au scrutin du 27 octobre, contre 56 % en 2022, selon le Times of Israel.
Le chiffre n'est pas une curiosité sociologique. Il pèse sur une élection où les deux blocs sont séparés par deux sièges, et il intervient deux jours après que la Cour suprême a rétabli les listes arabes que la coalition sortante voulait écarter du bulletin.
Minorité arabe israélienne : 63 % de participation attendus
Une minorité de 21 % de la population
Les Arabes israéliens représentent 21 % de la population, soit plus de deux millions de citoyens. Ce poids démographique ne s'est jamais traduit dans les urnes : les partis arabes ne tenaient que 10 sièges sur 120 dans la Knesset sortante, alors que la communauté forme environ 17 % de l'électorat, selon le Jewish Chronicle.
Le vivier réel est d'environ un million d'électeurs arabes et druzes. Sur les 38 listes en lice, la grande majorité d'entre eux n'aura devant elle que deux choix crédibles : Ra'am, la formation islamiste modérée de Mansour Abbas, et la Liste unifiée, qui réunit Balad, Hadash et Taal.
Le précédent de 2022
Le point de comparaison est bas. En 2022, la participation arabe est tombée à 56 %, très loin des 70,6 % enregistrés sur l'ensemble de l'électorat, selon les chiffres cités par le Jewish Chronicle. Balad avait alors recueilli près de 140 000 voix sans franchir le seuil de 3,25 %, donc sans aucun siège.
Les sondeurs parient sur un sursaut. Arik Rudnitzky, chercheur à l'Institut israélien pour la démocratie, estime que 40 à 60 % des électeurs arabes devraient se déplacer, ce qui pourrait porter leur représentation à une quinzaine de sièges, selon le Jewish Chronicle. Les Druzes du Golan, appelés à voter pour la première fois depuis 1967, incarnent ce même mouvement.
Minorité arabe israélienne : la Cour suprême rétablit les listes
Une exclusion demandée par le Likoud
Le 23 septembre, la commission électorale centrale a voté l'invalidation de deux listes à majorité arabe. La saisine venait de membres de la coalition de Benyamin Netanyahou, qui invoquaient une loi fondamentale interdisant de se présenter à toute formation niant Israël comme État juif et démocratique, rapporte la RTBF.
Le reproche portait sur leur rapport au Hamas et au Hezbollah. Le Likoud accusait ces formations de refuser de les qualifier d'organisations terroristes, selon le Jewish Chronicle. La décision tombait à cinq semaines du scrutin et privait potentiellement un cinquième de la population de représentation.
Ra'am et la Liste unifiée repêchées
Vendredi, la Cour suprême a autorisé les deux listes à se présenter, à l'unanimité. Ses trois arrêts jugent que les arguments de la commission ne suffisaient pas à justifier l'invalidation de Ra'am et de la Liste unifiée, précise la RTBF.
La haute juridiction casse presque systématiquement ce type d'exclusion. Le chef de Balad, Sami Abu Shehadeh, a néanmoins retiré sa candidature, après avoir laissé entendre que d'autres pourraient s'inspirer des succès du Hamas, rapporte le Jewish Chronicle. Son parti figure malgré tout sur la Liste unifiée.
Un arbitre que personne ne veut à la table
Eisenkot ferme la porte
Les projections donnent le bloc d'opposition à 52 sièges, contre 50 pour l'alliance de Netanyahou. Les listes arabes obtiendraient environ 13 sièges, dans une Knesset où la majorité se situe à 61, selon Al Jazeera. Arithmétiquement, le camp qui veut chasser le Premier ministre a besoin d'elles.
Gadi Eisenkot a été catégorique. « Je ne m'allierai à aucun parti arabe », a déclaré l'ancien chef d'état-major, en invoquant le refus de ces formations de qualifier le Hamas de groupe terroriste, selon le Times of Israel. Naftali Bennett et Avigdor Lieberman tiennent la même ligne depuis le 7-Octobre.
Abbas et Jabareen tendent la main
Mansour Abbas ne renonce pas. « Nous pouvons garantir la formation d'un nouveau gouvernement du changement », a-t-il déclaré depuis Nazareth, en citant la lutte contre la criminalité dans les localités arabes, le logement et l'expansion des colonies, toujours selon le Times of Israel.
Yousef Jabareen propose un « filet de sécurité » parlementaire. Le chef de la Liste unifiée ne demande pas à entrer au gouvernement, mais à le soutenir de l'extérieur contre des engagements précis pour les citoyens arabes, rapporte le Jewish Chronicle. Ra'am avait déjà gouverné avec Bennett en 2021, dix-huit mois durant.
Le 27 octobre sous bouclage de la Cisjordanie
Deux soldats tués, 2 000 habitants déplacés
Le scrutin se tiendra pendant que l'armée boucle la Cisjordanie. L'armée a annoncé dimanche la fermeture de tous les points de passage terrestres et l'interdiction d'entrée et de sortie des travailleurs palestiniens mardi, selon France 24.
La mesure suit la mort de deux soldats et l'attaque de vendredi près d'Hébron. Israël Katz a annoncé l'évacuation de 2 000 habitants d'un quartier de la ville, affirmant qu'une cellule du Hamas y avait préparé l'attaque. Une quarantaine de suspects ont été arrêtés, selon France 24.
Ce que la participation dit d'Israël
Un pays qui tient une élection disputée au lendemain d'un attentat dit quelque chose de sa solidité. Un million de citoyens arabes et druzes peuvent y peser, ce que le Jewish Chronicle oppose aux raccourcis de l'accusation d'« État d'apartheid ». Le Figaro consacre ce dimanche un reportage à ce réveil politique.
La minorité arabe israélienne sortira plus visible qu'elle n'y est entrée. Elle vote plus qu'en 2022 pour un changement que les candidats au poste de Premier ministre refusent de lui devoir. Cette démocratie devra peut-être sa prochaine majorité à des électeurs qu'aucun de ses dirigeants n'ose inviter à sa table.