Israël

Les Druzes du Golan voteront aux législatives, une première depuis 1967

2026-10-22
Les Druzes du Golan voteront aux législatives, une première depuis 1967

Les Druzes du Golan voteront aux législatives du 27 octobre, et personne ne les y a poussés. À Buq'ata, la municipalité attend 300 à 500 votants sur 7 000 habitants, contre moins de 75 il y a quatre ans, rapporte le Times of Israël. Une ville qui brûlait des bulletins il y a huit ans prépare aujourd'hui ses isoloirs.

Le basculement tient dans une phrase de son maire. William Abu Awad, avocat et premier édile de Buq'ata élu au suffrage direct en 2024, résume la séquence sans détour.

Depuis les attaques contre les Druzes de Soueïda, « les demandes de nationalité israélienne ont grimpé en flèche, passant de 12 % à près de 60 % » des habitants, selon le Times of Israël.

Ce n'est pas un ralliement de circonstance, c'est une rupture anthropologique. « Autrefois, ceux qui demandaient la nationalité israélienne étaient mis au herem », rappelle Gohina Alkalanai, employée municipale. « Ils n'étaient pas invités aux mariages. » Une communauté qui excluait ses propres naturalisés vote désormais à visage découvert.

Druzes du Golan voteront aux législatives : 300 à 500 votants à Buq'ata, contre moins de 75 en 2022

Buq'ata est la localité druze la plus orientale du plateau, à deux kilomètres de la frontière syrienne. Les quatre communautés du Golan, Majdal Shams, Mas'ade, Ein Qiniyye et Buq'ata, réunissent quelque 26 000 personnes, selon l'AFP reprise par France 24.

Les signes ne trompent pas. Des affiches électorales couvrent les carrefours, les habitants discutent des mérites des listes et des candidats, et le Likud est donné favori par le maire lui-même. La raison est explicitement personnelle : « les gens veulent témoigner de leur gratitude envers Bibi parce qu'il s'est impliqué et a aidé les Druzes de Soueïda ».

Trois formations de droite font campagne sur place : le député druze Hamad Amar pour Yisrael Beytenu, Amkha Yisrael d'Ofer Winter et Yashar de Gadi Eisenkot. La Liste arabe unie, elle, n'a pas sollicité ces électeurs, précise le maire. Personne ne les tient pour acquis, et c'est précisément ce qui rend le scrutin intéressant.

45 % de nationalité israélienne, contre 2 % il y a quarante ans

Le chiffre global est spectaculaire et il vient de l'administration israélienne. Quelque 45 % des Druzes du Golan possèdent la nationalité israélienne, contre 2 % il y a quarante ans, selon les données du ministère de l'Intérieur citées par l'AFP.

À Majdal Shams, la principale ville druze du plateau avec 12 000 habitants, la demande a explosé en 2025 : 3 750 dossiers déposés, contre 570 l'année précédente. Un facteur sept en douze mois, dans une commune qui comptait encore des boycotts électoraux il y a huit ans.

Wael Mugrabi incarne le changement mieux que n'importe quel chiffre. Le maire d'Ein Qiniyye devient le premier habitant du Golan à figurer sur une liste aux législatives israéliennes. Il a inauguré début octobre un collège baptisé du nom du major Jamal Abbas, soldat druze tué en 2024 à Gaza sous uniforme israélien.

Devant l'établissement flottent le drapeau druze et le drapeau israélien. Une scène impensable il y a cinq ans, au dire même des habitants.

Indicateur Situation antérieure Aujourd'hui
Nationalité israélienne (Golan) 2 % il y a quarante ans 45 % selon le ministère de l'Intérieur
Demandes à Majdal Shams 570 dossiers en 2024 3 750 dossiers en 2025
Votants attendus à Buq'ata Moins de 75 en 2022 300 à 500 le 27 octobre 2026
Candidat du Golan sur une liste Aucun Wael Mugrabi, maire d'Ein Qiniyye

Druzes du Golan voteront aux législatives après le massacre de Soueïda

Tout part de juillet 2025, dans la province syrienne à majorité druze de Soueïda. Des combats opposent les Druzes à des clans bédouins soutenus par des miliciens sunnites, et plus de 1 700 personnes sont tuées selon la commission d'enquête des Nations unies, qui documente également près de 200 000 déplacés (ONU).

Le décompte des civils druzes donne la mesure du désastre. L'Observatoire syrien des droits de l'homme recense 789 civils druzes tués en quelques jours, sur un bilan total supérieur à 2 000 morts, rapporte le Times of Israël. Les habitants parlent d'un « 7-Octobre druze ».

Le Jerusalem Post documente la même défiance envers Damas, un an après. Un an après les massacres, la rupture avec Damas n'est toujours pas refermée : « le peuple de Soueïda s'est senti trahi et abandonné par la majorité des Syriens », selon un ami druze syrien cité par le quotidien israélien.

Israël est intervenu militairement pour arrêter les massacres. Benyamin Netanyahu a justifié les frappes par la protection des Druzes de Syrie ; Ahmed al-Sharaa a dénoncé une ingérence destinée à déstabiliser son pays, et des analystes extérieurs y ont vu un prétexte stratégique, rappelle la RFI. Sur le plateau, la lecture est plus simple.

« Israël a agi alors que le monde entier restait les bras croisés », dit Wael Mugrabi, pour qui les frappes ont provoqué « un changement majeur dans la loyauté et le sentiment d'appartenance ». Une communauté ne change pas de camp parce qu'on lui tient un discours : elle change parce qu'on vient la chercher quand elle meurt.

Douze enfants à Majdal Shams, et le silence de Damas

L'autre date fondatrice est le 13 juillet 2024. Une roquette s'écrase sur un terrain de football à Majdal Shams et tue douze enfants. Israël attribue le tir au Hezbollah, qui dément toute implication.

Ce qui a marqué les familles, c'est moins le tir que l'absence de réaction syrienne. « Personne n'a envoyé de condoléances », témoigne Laith Abou Saleh, père de Fajr, tué ce jour-là. « Pas même un petit message », rapporte l'AFP.

Le terrain est devenu un mémorial, et un rond-point porte douze flèches dorées. Pour ce père, les siens demandent la nationalité « non pas pour influencer les élections » mais « par volonté d'appartenance ». Une loyauté qui s'exprime en deuil partagé, pas en calcul politique.

Une loyauté qui se gagne, elle ne se décrète pas

Druzes du Golan voteront aux législatives avec un statut que la communauté internationale conteste toujours. L'annexion de 1981 n'est reconnue que par les États-Unis et, depuis août, par la Colombie, comme nous l'avions raconté dans notre article sur cette reconnaissance.

Le paradoxe est difficile à avaler pour les chancelleries. Les capitales qui répètent que le Golan est « occupé » n'ont envoyé ni secours ni condoléances à Soueïda, ni à Majdal Shams. Israël l'a fait, et les Druzes ont tiré la conclusion eux-mêmes, sans qu'aucun ministère ne l'organise.

Le ralliement n'est pas unanime, et le dire ne coûte rien. Dans un salon de coiffure de Majdal Shams, des jeunes gens se disent gênés par la question, et l'un d'eux affirme boycotter encore Israël, note l'AFP. Une communauté de 26 000 personnes ne bascule pas en bloc, elle bascule par générations.

Le 27 octobre, quelques centaines de bulletins dans des villages de 7 000 habitants en diront plus sur la légitimité israélienne du Golan que n'importe quelle résolution onusienne. Et cette légitimité-là, contrairement aux textes, ne se vote pas à New York. Druzes du Golan voteront aux législatives : c'est la première fois depuis 1967, et ce n'est pas une coïncidence.