Israël

31 ans après l'assassinat de Rabin, Herzog refuse toute grâce pour Yigal Amir

2026-10-23
31 ans après l'assassinat de Rabin, Herzog refuse toute grâce pour Yigal Amir

Trente et un ans après l'assassinat de Rabin, Israël a commémoré jeudi 22 octobre sans son Premier ministre en exercice. Cinq jours avant les législatives du 27 octobre, Isaac Herzog a lancé : « les mots tuent ». Il a aussi fermé la porte à toute grâce pour Yigal Amir, qui « doit finir sa vie en prison ».

Assassinat de Rabin : trois balles, le 4 novembre 1995, place des Rois d'Israël

Yitzhak Rabin gouvernait depuis 1992 et portait les accords d'Oslo signés en 1993 avec l'OLP. Le chef d'état-major de 1967, artisan de la victoire de Six Jours, était Premier ministre pour la deuxième fois, rappelle le Jerusalem Post.

Le soir du 4 novembre 1995, il quitte un rassemblement pour la paix place des Rois d'Israël, à Tel-Aviv. Un extrémiste juif opposé à Oslo, Yigal Amir, l'attend près de sa voiture et tire. Rabin meurt à 73 ans, et reste à ce jour le seul Premier ministre assassiné de l'histoire d'Israël. La place porte désormais son nom.

Le rassemblement était convoqué parce que sa vie était menacée, pour réaffirmer le refus de la violence et le soutien au processus de paix, rappelle le Times of Israel. Trente et un ans plus tard, ce rassemblement est un lieu de mémoire et un rappel gênant.

Assassinat de Rabin : « les mots tuent », l'avertissement à cinq jours du vote

La date du souvenir suit le calendrier hébraïque, pas le calendrier grégorien. Le 12 heshvan tombe cette année les 22 et 23 octobre, ce qui place la commémoration à cinq jours du scrutin législatif, dans une campagne que personne ne décrit comme apaisée, précise le Jerusalem Post.

Les cérémonies se sont succédé toute la journée, du Centre Yitzhak Rabin de Tel-Aviv, avec des jeunes et la famille, à la résidence présidentielle puis au cimetière militaire du mont Herzl, rapporte i24NEWS.

Herzog a choisi de parler aux candidats, pas aux historiens. « Trente et un ans après cet horrible meurtre, il y a encore des gens en Israël qui osent proférer, et taper sur leurs claviers, des menaces épouvantables de tuer des élus », a-t-il déclaré selon le Times of Israel.

« Il n'y a pas de place pour la violence politique dans un pays civilisé. Pas de place pour la violence, point. »

Il a ensuite cité le testament politique de Rabin. « La violence est la corrosion des fondations de la démocratie israélienne », avait dit le Premier ministre avant de mourir. « Le débat doit être respecté. La violence doit être rejetée. Les élections ne sont pas une guerre civile », a conclu Herzog, selon Ynet.

L'affiche de la route 1 qui réclame la libération d'Amir

Le détail le plus glaçant ne vient pas d'un rapport, mais d'un trajet en voiture. Sur la route 1 entre Tel-Aviv et Jérusalem, le président dit avoir vu une affiche réclamant la libération de Yigal Amir. « La simple possibilité qu'un tel appel existe dans l'espace public et soit accueilli par un haussement d'épaules devrait nous tenir éveillés la nuit », a-t-il dit, cité par JFeed.

Derrière l'affiche, Herzog désigne un basculement. « Derrière l'appel à libérer le meurtrier se tient la possibilité terrible que la société israélienne cesse de voir son acte comme absolument interdit », a-t-il averti. Ce n'est pas une provocation isolée, c'est un test de ce qu'une société tolère.

Le sujet n'est pas théorique. En août, un militant a été hospitalisé en retirant une pancarte pro-Amir, rappelle le Jerusalem Post. En 2023, le commentateur Ari Shamai avait réclamé sa libération et perdu sa place sur la chaîne 14.

Herzog et la grâce : « il doit finir sa vie en prison »

Sur le fond juridique, le président n'a laissé aucune ambiguïté. « Le meurtrier ne doit jamais être libéré. Il doit finir sa vie en prison. Il ne doit bénéficier d'aucune remise de peine ni d'aucune forme de grâce. Cela ne peut être contesté en aucune circonstance », a-t-il déclaré, selon i24NEWS.

Il a aussi rappelé ce que les balles visaient. « Le misérable meurtrier n'a pas pointé son arme sur Yitzhak Rabin seul. Il l'a pointée sur le cœur de la nation », a-t-il dit, selon JFeed. « Nous avons perdu notre dirigeant. Et nous avons failli nous perdre nous-mêmes. »

Le détail institutionnel est peu relevé. Herzog siège jusqu'à la mi-2028 ; le pouvoir de grâce passera ensuite à son successeur, note le Times of Israel. Sa promesse lie donc son mandat, pas l'État, d'où son insistance à en faire une règle nationale.

Netanyahou absent du mont Herzl, Zamir et Zini présents

Le Premier ministre sortant n'a pas assisté à la cérémonie d'État. Benyamin Netanyahou ne s'est pas rendu au mont Herzl, et n'y a plus participé depuis 2019 ; le gouvernement était représenté par la ministre Gila Gamliel, rapporte Ynet. Une absence qui tombe mal à cinq jours d'un scrutin où il joue sa survie politique.

Les chefs des appareils de sécurité étaient là. Le président de la Cour suprême Yitzhak Amit, le chef d'état-major Eyal Zamir, le commissaire Danny Levy et le chef du Shin Bet David Zini figuraient parmi les officiels, selon le Times of Israel. L'armée et le renseignement intérieur n'ont pas boudé le rendez-vous républicain.

Le protocole a un sens politique. Netanyahou était chef de l'opposition en 1995 ; ses adversaires lui reprochent d'avoir nourri le climat du meurtre, ce qu'il nie, rappelle le Times of Israel.

Dalia Rabin réclame des comptes sur le 7-Octobre

La fille du Premier ministre assassiné a déplacé le débat sur le terrain de la responsabilité. Dalia Rabin a demandé que les responsables du 7 octobre 2023 assument leurs fautes et qu'une enquête sérieuse soit ouverte, rapporte le Times of Israel.

« Yitzhak Rabin savait assumer la responsabilité de chacun de ses actes, et c'est ainsi qu'il nous a éduqués », a-t-elle déclaré. La comparaison ne vise personne d'autre, et tout le monde l'a comprise.

Benyamin Netanyahou n'a jamais assumé les failles du 7 octobre et a résisté aux appels à une commission d'enquête d'État, rappelle le Times of Israel. Dans une commémoration Rabin, cette omission devient un argument de campagne.

Golan : « les conditions du prochain Yigal Amir »

Place Rabin, à Tel-Aviv, l'opposition a durci le ton. Yair Golan, président des Démocrates, parti issu du travaillisme, a accusé le Premier ministre sortant de recréer le climat d'où est sorti l'assassinat de Rabin, selon le Times of Israel.

« Horriblement, trente et un ans après l'assassinat de Rabin, le même Premier ministre incitateur crée aujourd'hui les conditions du prochain Yigal Amir », a-t-il lancé devant les gerbes. La formule est brutale, et elle vient d'un homme qui vit lui-même sous menaces de mort.

Son parti a saisi la Cour suprême pour obtenir une protection de l'État. Les menaces recensées contre lui et sa famille comprennent des appels à lui tirer « une balle dans la tête » et à pendre ses proches, précise le Times of Israel. Le climat que décrit Herzog n'est donc pas une abstraction de tribune.

Assassinat de Rabin : ce que le 27 octobre doit à 1995

Trente et un ans après l'assassinat de Rabin, la leçon tient en une phrase que le pays répète sans toujours l'appliquer. Une démocratie qui hausse les épaules devant une affiche pro-Amir a déjà commencé à pardonner le suivant. Herzog l'a dit devant les candidats, l'endroit exact où cela devait être dit.

Le scrutin du 27 octobre se joue sur l'Iran, sur Gaza, sur le coût de la vie et sur la défiance envers Netanyahou. Il se joue aussi sur ce que les Israéliens acceptent de dire de leurs adversaires, et c'est peut-être là que la campagne a le plus dérapé, comme le montrent les menaces contre les élus qui ont accompagné ces dernières semaines.

La comparaison avec 1995 ne dit pas que l'histoire se répète. Elle dit qu'un camp qui gagne une élection en délégitimant l'adversaire prépare, sans le vouloir, le terrain de celui qui voudra un jour régler le désaccord autrement que par un bulletin.

Les Druzes du Golan voteront le 27 octobre pour la première fois depuis 1967, comme nous l'avons raconté dans notre article sur ce basculement : une démocratie qui s'élargit vaut mieux qu'une démocratie qui s'insulte.

Que Netanyahou gagne ou perde, la question posée jeudi reste intacte. L'assassinat de Rabin n'a pas été commis par un ennemi extérieur, mais par un Juif israélien convaincu d'agir au nom d'une cause juste. C'est cela, et non les sondages, qu'Israël relira au lendemain du scrutin.

Article rédigé par la rédaction du Monde Juif.