Israël

L'Iran menace les Israéliens en hébreu à six jours des législatives

2026-10-21
L'Iran menace les Israéliens en hébreu à six jours des législatives

L'Iran menace les Israéliens en hébreu. À six jours du scrutin du 27 octobre, un responsable iranien a publié sur X un message adressé directement à la population israélienne, dans sa propre langue. Téhéran ne parle plus à Jérusalem : il parle aux électeurs.

L'Iran menace les Israéliens en hébreu : ce qu'a écrit Ebrahim Azizi

Ebrahim Azizi, président de la commission de la sécurité nationale du Parlement iranien, a publié son message le 21 octobre, rapporte i24NEWS.

« Quel que soit le résultat de vos élections, nous ne doutons pas de votre hostilité », écrit-il. Il affirme ensuite que Téhéran est prêt à « débarrasser la région de votre mal une fois pour toutes ». Une menace conditionnelle, adressée à un peuple entier, sans distinction de camp.

La formulation exacte varie selon les traductions. Le Times of Israël retient : « Nous sommes prêts à éradiquer définitivement votre mal de la région en réponse au moindre faux pas opérationnel. » Le vocabulaire n'est pas celui d'une diplomatie, c'est celui d'une menace d'élimination.

La veille, le même responsable avait qualifié d'« échec annoncé » la nouvelle doctrine de sécurité israélienne et prédit que l'avenir d'Israël serait une « défaite totale face à la volonté de la courageuse nation iranienne et du front de la résistance ». Deux messages en deux jours, en hébreu, à destination d'une opinion publique appelée à voter dans six jours.

Une campagne en hébreu qui dure depuis des mois

Le procédé n'a rien d'improvisé. Le 7 mars 2026, Ebrahim Zolfaghari, porte-parole du quartier général central Khatam al-Anbiya, s'exprimait déjà en hébreu pour accuser les dirigeants israéliens et militaires d'utiliser leur population comme un « bouclier humain », selon i24NEWS.

Le 12 mai, une autre opération a pris la forme de SMS envoyés à de nombreux téléphones israéliens. Plusieurs messages, rédigés en hébreu, invitaient leurs destinataires à collaborer avec la République islamique dans le domaine du renseignement, en contactant des représentations diplomatiques iraniennes ou des opérateurs en ligne. D'autres contenaient des menaces de futures attaques de missiles.

La Direction nationale israélienne du cyberespace a alors dénoncé une tentative d'intimidation et de manipulation visant à semer la panique. Elle a recommandé de ne pas répondre aux messages, de ne cliquer sur aucun lien et de ne pas les transférer. Trois vecteurs, une seule cible : le moral d'un pays.

Des faux Israéliens dans le débat électoral

À la propagande directe s'ajoute une couche plus discrète. L'enquête OSINT publiée le 25 septembre par la plateforme Golden Owl a analysé 21 533 publications entre le 22 août et le 22 septembre, dont 1 516 ont été retenues comme anomalies, rapporte le Jerusalem Post.

La première phase a identifié 237 comptes suspects, dont 57 rattachés à une campagne d'influence étrangère. Les chercheurs décrivent ensuite un noyau opérationnel de 35 comptes, comprenant 32 personas se présentant comme des Israéliens ordinaires et trois canaux d'information en hébreu, détaille Ynet.

Ces personas ne vantent aucun camp. Elles parlent du 7 octobre, des exemptions de service des haredim, du coût de la vie, de Netanyahu, puis se confortent mutuellement au milieu de conversations politiques authentiques. Une cartographie de 119 717 comptes et 294 980 relations a été produite pour étayer le dispositif.

Le message de fond n'est pas « votez pour untel », mais « le scrutin sera volé ». Des comptes ont annoncé un report du vote, d'autres une suspension pour ingérence étrangère.

Une élection dont on détruit la crédibilité avant le dépouillement n'a pas besoin d'être truquée. La campagne subissait déjà une déferlante de contenus générés par IA, documentée dans notre article sur les vidéos du 27 octobre.

L'Iran menace les Israéliens en hébreu, et Tsahal se prépare

L'état-major israélien a pris la menace au sérieux. Le 20 octobre, le chef d'état-major Eyal Zamir a annoncé des renforts et un durcissement des défenses sur tous les fronts, lors d'un exercice de la division de Gaza, selon The Yeshiva World.

« Nous n'attendons pas les menaces, nous prenons l'initiative de les éliminer. Notre objectif est de déjouer chaque menace à l'avance et de permettre que des élections démocratiques se déroulent sans interférence extérieure », a déclaré Zamir. La phrase est un aveu autant qu'une promesse : la campagne se déroule sous protection militaire.

La commission électorale centrale, présidée par le juge Noam Sohlberg, a intégré un scénario de tirs de missiles iraniens le matin du 27 octobre, à l'ouverture des bureaux, rapporte The Yeshiva World.

Le ministre de la Défense Yisrael Katz a évoqué des efforts identifiés de l'Iran et de ses proxys pour peser sur le résultat. Un pays qui prépare ses bureaux de vote comme des abris n'a plus besoin qu'on lui explique la nature du régime iranien.

Netanyahu, le 17 octobre sur i24NEWS, avait déjà désigné l'ennemi. « Nous avons fait 90 % du travail, mais c'est comme un cancer. Si vous ne vous débarrassez pas de ce régime en Iran, il reviendra. »

Il accusait alors l'Iran, le Hezbollah et le Hamas de vouloir interférer dans le scrutin, notamment en « créant des incidents sécuritaires », selon Iran International.

Date Vecteur Contenu
7 mars 2026 Déclaration en hébreu Accusation de « bouclier humain » contre les dirigeants israéliens
12 mai 2026 SMS en hébreu Offres de collaboration au renseignement iranien, menaces de missiles
22 août au 22 septembre Réseau de faux comptes 35 personas « israéliennes », 1 516 anomalies relevées
20 et 21 octobre 2026 Messages sur X en hébreu Menace d'« éradiquer » Israël quel que soit le vainqueur

Ce que Téhéran cherche vraiment

L'Iran ne cherche pas à faire élire quelqu'un. Il cherche à ce que les Israéliens doutent du résultat, de leurs institutions et de la légitimité de leur propre victoire. C'est moins coûteux qu'une frappe, et plus durable.

La dimension militaire reste pourtant réelle. Le groupe aéronaval du porte-avions USS Theodore Roosevelt et la 13e unité expéditionnaire des Marines font route vers le Moyen-Orient, arrivée prévue d'ici la fin novembre selon i24NEWS.

Selon le Times of Israël, une nouvelle frappe israélienne contre l'Iran aurait été envisagée, mais Donald Trump l'aurait écartée jusqu'après les élections de mi-mandat du 3 novembre. Téhéran parle donc à deux publics à la fois : les électeurs israéliens et la Maison-Blanche.

Il y a une ironie dans cette séquence. Un régime qui conteste la légitimité d'un scrutin étranger est celui qui, chez lui, verrouille le sien. L'Iran menace les Israéliens en hébreu parce qu'il sait que la seule chose qu'il ne peut pas contrôler, c'est un bulletin de vote libre.

Le 27 octobre, les Israéliens décideront de leur prochaine coalition. Ce jour-là, la meilleure réponse à Ebrahim Azizi tiendra en une file d'attente devant un bureau de vote.