Israël

Élections législatives en Israël : la campagne du 27 octobre submergée par les vidéos générées par l'IA

2026-10-12
Élections législatives en Israël : la campagne du 27 octobre submergée par les vidéos générées par l'IA

Élections législatives en Israël : à dix-sept jours du scrutin du 27 octobre, la campagne se joue autant devant les urnes que sur les réseaux sociaux. Les partis, et le Premier ministre lui-même, diffusent des vidéos générées par intelligence artificielle que la commission électorale centrale s'efforce d'encadrer.

Élections législatives en Israël : le clip « GTA » de Netanyahou

Le 8 octobre, Benyamin Netanyahou a publié sur son compte X une vidéo générée par intelligence artificielle reprenant les codes du jeu Grand Theft Auto, rapporte Le Figaro.

Le montage transforme deux opposants, Gadi Eisenkot (Yashar) et Avigdor Liberman (Israël Beitenou), en gangsters. Sur l'écran d'un téléphone s'affiche l'instruction « Si tu veux devenir premier ministre, commence à voler les voix de la droite ».

Les personnages dérobent des bulletins aux passants avant de les remettre à Mansour Abbas, le chef du parti arabe Raam, détaille Le Figaro. Le Premier ministre conclut : « Eisenkot et Liberman créeront un État palestinien avant la sortie de GTA 6 ».

Ce n'est pas un premier écart. En juillet, une vidéo du même type montrait un jeune homme ressemblant au fils d'Eisenkot, Gal Eisenkot, tué à Gaza en 2023, ce qui avait provoqué une vague de critiques, rappelle Le Figaro.

Une loi d'étiquetage née d'un premier scandale

La Knesset a modifié en juillet la loi électorale pour obliger les partis à signaler les contenus générés ou retouchés par des moyens technologiques, selon Kapitalis.

Le texte est entré en vigueur le 26 juillet. Les images imprimées doivent porter une mention couvrant au moins 5 % de leur hauteur, les vidéos l'afficher pendant toute leur durée et les contenus audio l'annoncer au début et à la fin.

Le premier contrevenant a été le Parti sioniste religieux de Bezalel Smotrich, dont la vidéo mettant en scène un faux sommet a été retirée sur ordre de la commission électorale, rapporte Kapitalis.

Élections législatives en Israël : la commission électorale face aux deepfakes

Présidée par le vice-président de la Cour suprême Noam Sohlberg, la commission centrale électorale prépare un scrutin inédit. Son directeur général par intérim, Dean Livne, a décrit au Times of Israël un dispositif de transparence renforcé.

Pour la première fois, les taux de participation des 13 000 bureaux de vote seront publiés en cours de journée. La commission veut ainsi couper court aux affirmations de vote massif d'une population ou d'une autre.

Les moyens suivent : 195 000 candidatures ont été déposées pour tenir les bureaux, deux fois plus qu'il y a quatre ans, et 35 000 personnes seront retenues. Fin août, plus de 120 recours avaient déjà été déposés, également le double de la campagne précédente.

Dean Livne a en outre confirmé des tentatives d'ingérence étrangère, sur la foi de renseignements du Shin Bet. Israël se classe au deuxième rang mondial des scrutins les plus observés de l'année, derrière les élections de mi-mandat américaines.

L'ingérence iranienne en ligne

Une enquête de la plateforme Golden Owl, relayée par le Jerusalem Post, a identifié un réseau de comptes liés à l'Iran se faisant passer pour des Israéliens entre le 22 août et le 22 septembre.

Sur 21 533 publications analysées, 1 516 ont été signalées comme anormales : désinformation électorale, cadrage étranger, identités suspectes. Plusieurs comptes annonçaient déjà un résultat volé, d'autres affirmaient que le scrutin serait reporté en raison d'une ingérence extérieure.

Selon le projet ZeBeAI de l'université ouverte d'Israël, 13 % des contenus publiés par les partis pendant la campagne étaient générés par intelligence artificielle, et 70 % d'entre eux provenaient du seul Likoud, rapporte The New Arab.

Un scrutin à haut risque pour Netanyahou

Le pays vote le 27 octobre, pour la première fois depuis cinquante-trois ans, un gouvernement étant allé au terme de son mandat, rappelle Le Figaro. Le scrutin est largement présenté comme un référendum sur le leadership de Benyamin Netanyahou.

Les sondages cités par Le Figaro en juillet plaçaient le parti d'Eisenkot, Yashar, en tête avec 24 sièges, le bloc d'opposition disposant de 69 sièges contre 51 pour la coalition sortante. Aucune majorité juive ne se dégage toutefois sans l'appui des partis arabes.

À dix-sept jours du vote, Youssef Jabareen a annoncé que la Liste arabe commune était prête à soutenir, sans y entrer, un gouvernement destiné à remplacer Netanyahou, sous conditions, rapporte i24NEWS.

Le pays reste par ailleurs engagé sur plusieurs fronts. Notre article du 11 octobre revenait sur la menace de son ministre de la Défense contre le chef du Hamas Khalil al-Hayya.

Dans une démocratie où la désinformation se fabrique désormais à la chaîne, ces élections législatives en Israël testent moins les programmes que la capacité des institutions à garantir un résultat incontestable. La commission électorale a fait de ce point son obsession.