Israël

Deepfakes Israël : la campagne des législatives 2026 vire à la guerre des images truquées

2026-10-24
Deepfakes Israël : la campagne des législatives 2026 vire à la guerre des images truquées

Les deepfakes Israël sont devenus le sujet central d'une campagne qui devait porter sur la sécurité. À trois jours du scrutin du 27 octobre, 7,33 millions d'électeurs israéliens sont appelés à désigner les 120 sièges de la Knesset, selon le Times de Israël.

Le rapport de force reste indécis. Un sondage Zman Yisrael publié jeudi donne 23 sièges au parti Yashar de Gadi Eisenkot contre 21 au Likoud, sans majorité possible pour l'un ou l'autre bloc, rapporte le Times de Israël.

Dans ce vide politique, les images fabriquées ont pris le relais du débat d'idées. L'Agence France-Presse décrit une campagne où « les piques de mauvais goût et les attaques incendiaires » contre les candidats franchissent parfois des lignes rouges, portées par un afflux d'images générées par IA sur les réseaux sociaux, comme le rapporte l'AFP.

Deepfakes Israël : 1 800 publications générées par IA côté Likoud

Le chiffre donne la mesure du phénomène. Le projet de recherche Ze Be AI, mené par l'Université ouverte d'Israël pour suivre les contenus d'IA de la campagne, a recensé plus de 1 800 publications générées par intelligence artificielle diffusées par le Likoud à la mi-octobre, selon Deutsche Welle.

Cela représente environ un quart des contenus de réseaux sociaux du parti analysés par les chercheurs. Aucune autre formation majeure n'atteint ce volume, précise la même enquête de Deutsche Welle.

Le clip qui a déclenché la polémique dure dix-neuf secondes. On y voit Gadi Eisenkot courir au ralenti dans une prairie vers un jeune homme portant un tee-shirt « Israeli Unity », puis l'ignorer pour embrasser Mansour Abbas, le chef du parti arabe Ra'am, raconte Deutsche Welle.

La vidéo a été publiée sur le compte de Benyamin Netanyahou et vue plus d'un million de fois. Le jeune homme ressemble au fils d'Eisenkot, tué en 2023 pendant la guerre à Gaza, ce que le Likoud a démenti, d'après l'AFP et Deutsche Welle.

Eisenkot a répondu sur Channel 13 avec une formule qui dit tout. Il a déclaré avoir ressenti « un mépris profond pour Netanyahou et son entourage » après avoir vu le montage, rapporte l'AFP.

Son camp n'est pas innocent. Mercredi, Eisenkot a publié sur X une vidéo d'anniversaire générée par IA pour les 77 ans du Premier ministre, où un personnage de combattant du Hamas sort d'un tunnel et interroge : « Que peut-on souhaiter à celui qui nous protège depuis vingt ans ? », selon l'AFP.

Deepfakes Israël : quand l'IA remplace le programme

La technique est toujours la même, et elle vise un réflexe identitaire. Les clips font parler des personnages d'Arabes israéliens hostiles, des opposants masqués ou un Guide suprême iranien menaçant, pour installer l'idée qu'un changement de gouvernement livrerait le pays, décrit l'AFP.

Les panneaux du Likoud reprennent ce fil. Des affiches portant le slogan « La droite ou la Palestine », avec les visages de responsables arabes israéliens, ont fleuri dans le pays, toujours selon l'AFP.

Thair Abu Ras, chercheur à l'Institut Van Leer de Jérusalem, parle d'incitation. « C'est de l'incitation, surtout du camp du Premier ministre », estime-t-il auprès de l'AFP, en soulignant que la présence d'un parti arabe dans une coalition est jugée illégitime par la droite.

La campagne a aussi produit ses dérapages racistes, dans un mois marqué par le bouclage de la Cisjordanie.

Un éditorialiste de la chaîne pro-Netanyahou Channel 14 a qualifié Eisenkot de « singe » ce mois-ci. Le terme n'est pas forcément une insulte raciale en hébreu, mais il a provoqué une condamnation générale, y compris celle du Premier ministre, selon l'AFP.

Fils de Juifs marocains, Eisenkot paie un prix que ses adversaires n'auraient pas accepté de payer à sa place. La séquence rappelle que la guerre des images ne fabrique pas seulement du faux, elle autorise aussi ce que le débat normal interdisait.

Deepfakes Israël : les familles du 7-Octobre refusent d'être un argument

Le contre-point le plus fort ne vient pas des partis. Mardi, jour du vote, les familles des victimes du 7-Octobre se tiendront devant les bureaux de scrutin dans tout le pays, avec des pancartes à la mémoire de leurs proches, rapporte le Times de Israël.

Parmi elles figurent Yocheved Lifshitz, otage avec son mari Oded tué en captivité, Yona Adam, dont la fille Mapal a été tuée au festival Nova, et Hadas Kalderon, qui a perdu sa mère et sa nièce à Nir Oz. La liste comprend aussi Noam Peri, Gil Dickmann et Michel Illouz, selon le Times de Israël.

Les organisateurs insistent sur un point. L'initiative n'est affiliée à aucun parti et n'appelle à voter pour personne, précisent-ils, toujours selon le Times de Israël.

Cette prise de position intervient après une accusation directe. Les familles de 17 otages tués à Gaza ont reproché à Benyamin Netanyahou et au Likoud d'utiliser leurs proches à des fins politiques, et leur ont demandé de cesser d'affirmer que tous les otages avaient été ramenés, rapporte le Times de Israël.

Leur lettre ouverte tient en une phrase qui devrait clore le débat. « S'il vous reste un tant soit peu d'humanité, cessez d'utiliser nos proches pour votre propagande électorale », écrivent-ils au Premier ministre, sept jours avant le scrutin, selon le Times de Israël.

Le chiffre qui rend l'accusation difficile à écarter est connu. Sur les 251 personnes enlevées le 7 octobre 2023, 46 de celles emmenées vivantes à Gaza sont revenues dans des cercueils, rappelle le Times de Israël.

Deepfakes Israël : les victimes collatérales de la campagne

Les candidats issus du 7-Octobre ne sont pas épargnés. Laly Derai, dont le fils a été tué à Gaza en 2024, se présente pour Amcha Israel, un parti d'extrême droite qui réclame la conscription universelle, et dit subir une campagne de dénigrement coordonnée, selon l'AFP.

Des affiches réclamant son retrait pour ne pas « mettre le pays en danger » ont été posées autour de la colonie où elle vit. « Ils essaient de me briser, mais cette campagne a renforcé ma décision d'entrer en politique précisément pour mettre fin à cette rhétorique haineuse », déclare-t-elle à l'AFP.

La guerre des images a une fonction précise dans une démocratie sous tension. Elle déplace le débat du programme vers la peur, et elle coûte moins cher qu'un meeting, ce qui explique sa généralisation en quelques semaines, comme le documente Ze Be AI pour la seule formation du Premier ministre.

Israël livre ici une répétition générale d'un problème occidental, après un mois dominé par les 31 ans de l'assassinat de Rabin. Les mêmes outils qui servent à fabriquer un faux discours de campagne servent demain à fabriquer une preuve, un ordre militaire ou une revendication terroriste, et aucune des démocraties qui regardent ce scrutin n'est mieux armée.

Deepfakes Israël : ce que le 27 octobre dira de la campagne

Le scrutin reste ouvert, et c'est la seule bonne nouvelle du dossier. Avec 23 sièges pour Yashar et 21 pour le Likoud dans le sondage Zman Yisrael, aucun bloc ne paraît en mesure d'atteindre les 61 sièges nécessaires, selon le Times de Israël.

Les deepfakes Israël n'ont pas encore désigné le vainqueur. Ils ont en revanche imposé un thème, celui de la crédibilité, et obligé chaque camp à prouver que ses images existent, ce qui est un aveu de faiblesse autant qu'un progrès.

La campagne israélienne de 2026 restera comme celle où les morts du 7-Octobre ont dû demander qu'on les laisse en paix. Sur ce point, les familles ont déjà gagné quelque chose que personne ne pourra leur retirer, et notre rédaction le dit sans réserve.

Ce que la Knesset sortira des urnes mardi compte, mais la manière compte aussi. Un pays qui se bat sur plusieurs fronts et organise malgré tout une élection disputée démontre une solidité que ses adversaires lui dénient depuis trois ans.

Les deepfakes Israël sont le revers de cette vitalité, et la leçon vaut pour Paris comme pour Jérusalem. Une démocratie qui laisse ses camps fabriquer des preuves finit par ne plus pouvoir distinguer ses adversaires de ses ennemis, d'où qu'ils viennent.