Israël

Attentat au carrefour de Judée : Netanyahou ordonne un bouclage total de la Cisjordanie

2026-10-23
Attentat au carrefour de Judée : Netanyahou ordonne un bouclage total de la Cisjordanie

Un bouclage total de la Cisjordanie a été ordonné vendredi 23 octobre par Benyamin Netanyahou, quelques heures à peine après un attentat au carrefour de Judée, près d'Hébron. Deux assaillants ont ouvert le feu sur des automobilistes avant d'être abattus par des soldats. Cinq personnes ont été blessées, dont deux dans un état critique, selon le Magen David Adom.

Attentat au carrefour de Judée : vingt minutes de tirs sur la route 35

Les secours ont été alertés vers 7 h 15, heure locale, pour des tirs au carrefour de Judée (Tzomet Yehuda), sur la route 35, près du point de contrôle de Tarqumiyah, rapporte l'Associated Press. Les ambulanciers disent avoir encore entendu des tirs en arrivant sur place. La fusillade a duré une vingtaine de minutes selon des médias israéliens, précise le HuffPost, citant l'AFP.

Le bilan humain est celui d'une attaque qui visait la route, pas un bâtiment. Cinq blessés : deux dans un état critique, évacués vers les hôpitaux Shaare Zedek et Hadassah Ein Kerem à Jérusalem, un blessé modéré et deux blessés légers, selon le décompte du Magen David Adom relayé par JFeed. Les autorités israéliennes ont indiqué à l'AFP que les blessés étaient tous des Israéliens d'une vingtaine d'années, sans préciser s'ils appartenaient ou non à des unités de l'armée.

Les deux assaillants étaient des habitants d'Hébron âgés de 27 ans, rapporte World Israel News, citant les services de sécurité. Ils étaient armés d'un fusil M16 et d'un pistolet. Ils ont été tués par le commandant adjoint du bataillon Ariyeh et le commandant de compagnie, arrivés sur les lieux dans les premières minutes, selon JFeed.

Bouclage total de la Cisjordanie : ce que Netanyahou a ordonné dans la matinée

La réponse israélienne a été immédiate et à deux niveaux. Le bureau du Premier ministre a annoncé un « bouclage immédiat » d'Hébron puis la préparation d'un bouclage total de la Cisjordanie dans la journée, rapporte le Times of Israël. Selon World Israel News, Netanyahou et le ministre de la Défense Israël Katz ont demandé au chef d'état-major Eyal Zamir de maintenir ce dispositif au moins jusqu'après le scrutin du 27 octobre.

Sur le terrain, le bouclage s'est traduit par des barrages et des opérations dans les villages voisins. L'armée a indiqué opérer « dans les habitations des terroristes et chez d'autres suspects » à Hébron et dans d'autres zones de Cisjordanie, selon le HuffPost. Des routes ont été fermées et des localités palestiniennes bouclées dans le secteur, précise l'AP.

Le Premier ministre a qualifié l'attaque d'« attaque de grande ampleur » évitée. « Je salue nos soldats héroïques qui ont agi avec détermination et empêché une attaque majeure, et je souhaite un prompt rétablissement à nos blessés », a-t-il déclaré, cité par World Israel News. « Nos forces opèrent avec une force accrue pour déjouer le terrorisme et mènent de vastes vagues d'arrestations. »

Un stock de munitions dans le véhicule, selon Eyal Zamir

Le détail qui change la lecture de l'attaque vient de l'état-major. Le chef d'état-major Eyal Zamir a tenu une évaluation de situation urgente avec le commandement central, la direction des opérations et le renseignement militaire, rapporte JFeed. « Dans le véhicule avec lequel les terroristes sont arrivés sur les lieux, une grande quantité de munitions a été trouvée, destinée à une attaque d'une échelle bien plus importante », a-t-il déclaré.

Autrement dit, le carrefour de Judée n'était pas la cible finale. « C'était un attentat grave. La rapidité d'action des soldats a empêché un attentat encore plus grave et davantage de victimes civiles et de forces de sécurité », a ajouté Zamir, selon la même source. La lecture israélienne n'est donc pas celle d'un tireur isolé, mais d'une cellule équipée pour durer.

L'armée s'était déjà renforcée avant l'attaque. Une brigade d'active supplémentaire a été déployée en Judée-Samarie dans le cadre des préparatifs du scrutin, précise World Israel News. Ce renfort explique en partie la vitesse de la riposte, et il indique que l'état-major anticipait ce type d'incident avant le 27 octobre.

Bouclage total de la Cisjordanie : la campagne électorale s'arrête ce vendredi

L'attaque a interrompu la campagne. Benyamin Netanyahou a annulé l'ensemble de ses déplacements politiques du vendredi, a annoncé son parti, le Likoud, selon le HuffPost. À cinq jours d'un scrutin qu'il a lui-même transformé en référendum sur sa gestion de la sécurité, l'agenda disparaît au profit du communiqué opérationnel.

Le ton employé contraste avec celui d'une campagne classique. Netanyahou a promis de poursuivre le Hamas et ceux qui l'envoient « partout et en tout temps », ajoutant : « Vous n'avez nulle part où vous cacher », selon World Israel News. La formule s'adresse autant aux commanditaires qu'à l'électorat.

Le calendrier n'est pas neutre. Les Israéliens votent le 27 octobre et le scrutin est largement perçu comme un verdict sur la direction du pays depuis le 7 octobre 2023, relève la NBC News. Une attaque meurtrière à cinq jours du vote replace la sécurité au centre de la dernière ligne droite, ce que la campagne de Netanyahou recherchait déjà.

Ben-Gvir : « nous ne devons pas attendre un 7-Octobre en Judée-Samarie »

La droite sécuritaire a immédiatement haussé le ton. Le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben-Gvir, président d'Otzma Yehudit, a présenté l'attaque comme un avertissement et réclamé une action plus dure en Judée-Samarie. « Nous ne devons pas attendre un 7-Octobre en Judée-Samarie », a-t-il déclaré, selon World Israel News.

Le ministre de la Défense avait déjà désigné la menace. Le 13 octobre, Israël Katz a affirmé qu'Israël avait identifié des tentatives de l'Iran et de ses proxys visant à commettre des attentats pour peser sur le résultat du scrutin, rapporte la même source. « Nous devons rester unis et dire clairement que les divergences politiques ne briseront pas notre détermination collective face à nos ennemis », avait-il déclaré à Binyamina.

Le Hamas est le commanditaire que l'armée israélienne soupçonne en priorité. Selon la chaîne Kan 11, l'un des deux assaillants était présumé affilié au Hamas, précise World Israel News. Le mouvement islamiste avait déjà annoncé, par la voix de Netanyahou devant le cabinet le 13 octobre, sa volonté de « défier » Israël avant le vote.

Cinq jours avant le scrutin, le retour du front intérieur

Le contexte de violence en Cisjordanie n'a rien d'un décor. Depuis l'attaque du Hamas le 7 octobre 2023, au moins 1 113 Palestiniens y ont été tués, en majorité par des soldats israéliens, selon un décompte de l'AFP établi à partir des données du ministère palestinien de la Santé ; l'ONU recense 37 personnes tuées par des colons. Selon les chiffres israéliens, au moins 49 Israéliens ont été tués sur la même période, rapporte La Libre.

La période est celle de la récolte des olives, historiquement la plus tendue. L'ONU dit avoir recensé au moins 160 attaques de colons liées à cette récolte dans les deux premières semaines d'octobre, et la NBC News rappelle que le candidat démocrate au Congrès Brad Lander a été détenu cette semaine aux côtés de militants et de rabbins américains. Ces violences existent, elles sont documentées, et elles fournissent à ceux qui cherchent à délégitimer Israël un argument qu'aucune démocratie ne devrait leur offrir.

Ce n'est pas une raison de confondre les responsabilités. Le bouclage décidé vendredi est une mesure opérationnelle découlant d'un attentat revendiqué dans les faits par des hommes armés d'un M16 et d'un pistolet, avec un stock de munitions dans le coffre. Israël peut être critiqué sur sa politique de colonisation sans que cela autorise à relativiser un attentat contre des civils sur une route.

Bouclage total de la Cisjordanie : ce que les cinq prochains jours vont dire

Un bouclage total de la Cisjordanie jusqu'après le 27 octobre signifie une chose simple : l'armée israélienne considère que la période électorale est une fenêtre d'attaque. Les renforts, l'alerte maximale décrétée par Zamir et le stock de munitions retrouvé à Tzomet Yehuda convergent vers la même hypothèse. La question n'est pas de savoir si Netanyahou instrumentalise l'attentat, mais si l'appareil de sécurité dispose des moyens de l'empêcher d'être suivi d'un autre.

La campagne, elle, ne reprendra pas comme avant. Le pays sort d'une commémoration de l'assassinat de Rabin marquée par l'avertissement d'Isaac Herzog sur les mots qui tuent, comme nous l'avons raconté dans notre article sur les 31 ans de l'assassinat, et il entre dans sa dernière semaine avec cinq blessés, deux morts et une Cisjordanie fermée.

Ce que le 27 octobre tranchera, ce n'est pas seulement le sort d'un Premier ministre. C'est la capacité d'un État à tenir un scrutin dans un pays où l'on tire sur les routes à 7 h 15 du matin, cinq jours avant le vote. Les Druzes du Golan voteront pour la première fois, comme nous l'avons expliqué dans cet article : une démocratie qui organise une élection sous la menace est une démocratie qui tient debout.

Article rédigé par la rédaction du Monde Juif.