Israël

Guerre d'influence en Israël : un millier de comptes suspects recyclés pour Nétanyahou

2026-10-26
Guerre d'influence en Israël : un millier de comptes suspects recyclés pour Nétanyahou

La guerre d'influence en Israël se joue désormais à visage découvert, à la veille du scrutin du 27 octobre. Plus d'un millier de comptes suspects, identifiés l'an dernier dans une campagne israélienne visant à déstabiliser le régime iranien, relayent aujourd'hui des messages favorables à Benyamin Nétanyahou, selon une enquête de Haaretz relayée par le Times of Israel.

Le procédé n'a rien d'artisanal. Des dizaines de ces profils, surtout actifs sur X, diffusent les messages électoraux du Premier ministre et attaquent ses rivaux. Certains publient en hébreu des appels directs à voter pour lui.

Guerre d'influence en Israël : la même infrastructure, une autre cible

Guerre d'influence en Israël : des comptes anti-Iran reconvertis

Le réseau avait été documenté en 2025 comme un instrument de la campagne israélienne contre Téhéran. Il sert désormais la bataille intérieure. L'Institut Brandeis et l'observatoire FakeReporter ont identifié plus de 1 000 comptes passés du discours anti-régime iranien au soutien à Nétanyahou, et saisi la commission électorale centrale.

Aucun lien direct avec l'équipe de campagne du Premier ministre n'a été établi à ce stade. Les deux organisations demandent à la commission, présidée par le juge Noam Sohlberg, d'examiner l'activité de ces profils. La nuance compte : elle sépare une opération d'influence d'une preuve de commandement politique.

Ce que la commission électorale peut réellement faire

La commission électorale centrale n'est pas un tribunal pénal. Elle peut encadrer la propagande, sanctionner des manquements et saisir les plateformes. Elle ne peut pas, seule, attribuer un compte à un état-major de campagne.

Le calendrier rend son arbitrage presque théorique. Une décision rendue lundi s'appliquerait à un scrutin qui s'ouvre mardi. Le vrai contrôle aura lieu après le vote, quand les chercheurs publieront leurs preuves.

Guerre d'influence en Israël : l'État retire des comptes sans mandat

Guerre d'influence en Israël : le rôle du Shin Bet

Le Shin Bet a annoncé le 22 octobre le retrait de profils utilisés pour des opérations d'influence étrangère. L'opération a été menée avec la direction cyber du parquet et la commission électorale, selon le Jerusalem Post. L'agence n'a précisé ni le nombre de comptes, ni les plateformes, ni les contenus visés.

Le contexte documenté est réel. L'INSS et FakeReporter recensent environ 150 comptes liés à l'Iran, une centaine de comptes du réseau Isnad, environ 25 000 publications, et un faux site russe imitant un média israélien, selon Israel Defense. La chaîne 12 évoque une tentative russe d'activer de faux profils, dont 80 auraient été traités, rapporte le Times of Israel.

Le conflit d'intérêts que personne ne veut nommer

Le Shin Bet dépend du gouvernement, et le Premier ministre est le ministre de tutelle de l'agence. Benyamin Nétanyahou est aussi candidat. La loi de 2002 interdit à l'agence de servir des intérêts partisans, mais le retrait passe par les plateformes, sans ordonnance judiciaire.

La Cour suprême avait déjà sonné l'alerte en 2021. Elle jugeait ce dispositif acceptable à condition que le législateur l'encadre. Cinq ans plus tard, aucune loi n'a été votée. L'argument n'est pas que le Shin Bet censure ses opposants, il est que personne ne peut le vérifier.

Guerre d'influence en Israël : la « machine à poison » de Yaïr Nétanyahou

Le fils du Premier ministre, opérateur central

Yaïr Nétanyahou occupe une place qu'aucun poste officiel ne décrit. Selon Le Monde, le fils du Premier ministre, très à droite, est omniprésent sur les réseaux sociaux et fait tourner à plein la « machine à poison » de la campagne, pour nuire aux opposants de son père et assurer sa survie politique.

Son compte X dépasse les 300 000 abonnés et lui sert de tribune permanente. Le phénomène n'est pas nouveau, mais il change d'échelle à chaque scrutin : la campagne numérique devient une affaire de famille, sans contre-pouvoir éditorial.

L'image nucléaire qui a fait basculer la dernière ligne droite

Dimanche, Benyamin Nétanyahou a publié une image générée par IA montrant une explosion nucléaire au-dessus de Tel-Aviv. Il y annonçait un danger existentiel iranien et demandait aux Israéliens de « terminer le travail en Iran », rapporte le Jerusalem Post. Notre enquête du 12 octobre documentait déjà la marée de contenus générés par IA dans cette campagne.

L'opposition a dénoncé une campagne de peur. Yaïr Golan a réclamé qu'on « tienne le Premier ministre éloigné des réseaux sociaux ». Gadi Eisenkot a parlé d'une « campagne de mensonges et d'intimidation ». À la veille du vote, la bataille des images a remplacé le débat sur les programmes.

Une guerre d'influence en Israël qui survivra au scrutin

La guerre d'influence en Israël ne se conclura pas mardi soir. Les comptes recyclés, les sites imités et les images synthétiques survivront au vote, quel qu'en soit le vainqueur. Une démocratie qui ne sait plus qui parle en son nom finit par ne plus croire qu'au dépouillement.

Le 27 octobre, les Israéliens voteront dans un pays où la campagne s'est déplacée du terrain vers les serveurs. Leur bulletin ne dira rien de ce que ces réseaux ont réussi à leur faire croire. C'est précisément là que se situe le danger.