Israël

Réarmement du Hamas à Gaza : 30 000 combattants et des roquettes toujours produites

2026-11-04
Réarmement du Hamas à Gaza : 30 000 combattants et des roquettes toujours produites

Le réarmement du Hamas à Gaza n'est plus une hypothèse de travail, c'est une évaluation militaire documentée. Selon le Haaretz du 2 novembre, des responsables de l'armée israélienne constatent que la branche armée du mouvement reconstruit ses capacités et efface une partie des gains opérationnels de deux ans de guerre.

Le journal israélien donne un cadre stratégique à cette inquiétude. Tsahal cherche à redéployer des forces engagées à Hébron, en Cisjordanie, pour se préparer à une reprise des combats contre l'Iran ou le Hezbollah. Gaza n'est donc plus le seul front à couvrir, et l'état-major doit arbitrer entre des menaces simultanées.

Le constat israélien contredit la communication américaine de la semaine. Le département d'État a salué mardi de « réels progrès » vers une bande de Gaza démilitarisée. Sur le terrain, les officiers décrivent l'inverse : un appareil militaire qui se recompose, sans avoir rendu ses armes.

Réarmement du Hamas à Gaza : ce que compte le renseignement israélien

Les chiffres diffusés fin septembre par la chaîne 12 donnent la mesure du problème. Le correspondant Ohad Hemo évalue entre 25 000 et 30 000 le nombre d'opérateurs armés encore disponibles, rapporte Israel National News. Un rapport repris en anglais par World Israel News aboutit à la même fourchette.

Ces hommes ne sont pas des combattants théoriques. Lors de funérailles organisées dans la bande de Gaza peu avant la publication du rapport, des dizaines d'hommes armés ont été filmés à visage découvert, dont une large partie appartiendrait au Hamas.

Les infrastructures souterraines n'ont pas disparu. Le réseau de tunnels est maintenu, et même renforcé, en particulier dans les secteurs situés au-delà de la « ligne jaune » qui marque les zones tenues par Tsahal. La cartographie du sous-sol reste donc un actif du mouvement.

La production d'armes continue, y compris en zone urbaine. Des ateliers fabriquent des roquettes là où l'armée israélienne n'a pas mené de manoeuvre terrestre et à l'intérieur de quartiers densément peuplés. Les tirs sont suspendus par crainte de représailles, mais la capacité industrielle demeure intacte.

Le mouvement prépare déjà l'après-désarmement. Des armes ont été distribuées à des Gazaouis affiliés au Hamas sans être membres officiels de son appareil militaire. L'objectif est de conserver des stocks disponibles si un désarmement formel venait à être exigé.

Les voies d'approvisionnement restent ouvertes. Des équipements militaires entrent depuis l'Égypte à l'aide de drones. Aucune estimation précise du volume de ces livraisons n'existe, mais la persistance du phénomène suffit à mesurer l'effort de reconstitution.

Le Haaretz ajoute une donnée qui change l'échelle de la menace. La branche armée du Hamas disposerait de centaines de missiles. Un stock de cette ampleur suppose des chaînes de production et des dépôts protégés que la guerre n'a pas détruits.

À Washington, la démilitarisation affiche de « réels progrès »

Le département d'État a célébré mardi le premier anniversaire du sommet de Charm el-Cheikh. Dans un communiqué cité par le Times of Israël, Washington énumère une « série de réalisations remarquables » : cessez-le-feu durable, retour de tous les otages vivants ou morts, Conseil de Paix, administration technocratique palestinienne et plan de reconstruction entièrement chiffré.

Le même texte assure que le détournement de l'aide humanitaire par le Hamas a « diminué ». C'est la seule concession du communiqué. La formulation reste prudentielle et ne s'accompagne d'aucun chiffre vérifiable sur les volumes détournés depuis un an.

Le bilan humain, lui, reste lourd. Le ministère de la Santé dirigé par le Hamas recense 1 488 morts et 5 281 blessés dans la bande de Gaza depuis le 11 octobre 2025. Ce bilan ne distingue pas les terroristes des civils, et Tsahal ne publie aucun chiffre sur ses frappes.

Jared Kushner et le Comité international de la Croix-Rouge ont commémoré les 20 derniers otages vivants libérés. Le chef de la délégation du CICR en Israël, Julien Lerisson, a rappelé que « les accords politiques permettent de sauver des vies ». Une leçon de diplomatie que Gaza illustre aussi par son revers.

Frappes, tirs et cessez-le-feu sous tension

La trêve n'a pas arrêté les frappes. Libération rapporte cinq morts lundi 2 novembre, dont trois à Khan Younès. L'armée israélienne affirme de son côté avoir ciblé « plusieurs terroristes » dans le territoire.

La veille, l'AFP avait compté huit civils tués, dont un enfant. Les frappes de l'aviation et d'un drone ont touché des habitations et un camp de déplacés dans le sud du territoire. Chaque camp publie son propre décompte, sans mécanisme indépendant de vérification.

Ce décalage raconte le vrai problème de l'après-guerre. Washington décrit une démilitarisation en cours, le renseignement israélien décrit un réarmement. Les deux affirmations peuvent être vraies en même temps : on peut détruire des usines visibles et laisser survivre un appareil dispersé.

Réarmement du Hamas à Gaza : pourquoi le désarmement bloque

Aucun mécanisme vérifiable de désarmement n'existe aujourd'hui. Le Conseil de Paix dispose d'un mandat politique, pas d'une force capable d'entrer dans les tunnels ou de saisir des roquettes. L'Égypte contrôle sa frontière, pas ce qui circule ensuite à l'intérieur de la bande.

Israël conserve donc des zones tampons et des frappes de prévention. C'est la conséquence directe du constat du Haaretz : tant que l'appareil militaire du Hamas reste debout, Tsahal refuse de rendre les positions qui lui permettent de le frapper. Cette logique nourrit les accusations de violation de la trêve.

Le réarmement du Hamas à Gaza est aussi un argument budgétaire. La fin de l'aide militaire américaine annoncée par Donald Trump le 3 novembre, que nous avons analysée ici, oblige Israël à financer seul la surveillance d'un ennemi qui n'a pas désarmé.

La comparaison avec le Hezbollah éclaire la difficulté. Le réarmement du Hezbollah et le plan de contingence israélien au Liban-Sud montrent le même schéma : un cessez-le-feu qui gèle les combats sans désarmer l'adversaire produit une guerre de reconstitution.

La vérité du moment est simple et dérangeante. Un an après Charm el-Cheikh, le Hamas n'a pas rendu ses armes, la communauté internationale n'a pas construit les moyens de les lui prendre, et Israël continue de payer, en sécurité comme en argent, le prix du réarmement du Hamas à Gaza.