Julia Wallach : la survivante d'Auschwitz-Birkenau est décédée à 101 ans
Julia Wallach, née Kac le 14 juin 1925 à Paris, est décédée le mercredi 23 septembre 2026 à l'âge de 101 ans. Survivante d'Auschwitz-Birkenau, déportée à 18 ans par le convoi 55, elle était devenue l'une des voix les plus écoutées de la transmission de la Shoah en France.
Julia Wallach, née Kac : une enfance juive à Ménilmontant
Julia Wallach était la fille unique de Joseph Kac et de Marjem, dite Marie, née Supe, deux émigrés juifs polonais mariés à la mairie du 4e arrondissement de Paris en juillet 1924, rappelle le Mémorial de la Shoah. Ses parents travaillaient dans le textile.
La famille habitait rue Henri-Chevreau, dans le quartier de Ménilmontant, puis, à partir de 1935, au 20 rue de Nemours, dans le 11e arrondissement de Paris, où elle a vécu presque toute sa vie.
La rafle du Vél d'Hiv et l'arrestation de sa mère
Prévenus d'un danger imminent à la mi-juillet 1942, les Kac s'étaient réfugiés à Bry-sur-Marne. Julia et sa mère sont pourtant revenues passer la nuit du 15 au 16 juillet 1942 à Paris, uniquement pour payer le loyer, précise le Mémorial de la Shoah.
Marie Kac est arrêtée le 16 juillet au matin, pendant la rafle du Vél d'Hiv. Julia, de nationalité française, est laissée libre. Sa mère sera déportée à Auschwitz-Birkenau par le convoi 20, parti le 31 août 1942.
Le père et la fille se rendent ensuite à Drancy pour tenter d'apercevoir Marie depuis un immeuble face au camp. Ils parviennent à échanger un salut avec elle.
Julia Wallach : la dénonciation d'avril 1943 et le convoi 55
Le 24 avril 1943, Julia et son père sont arrêtés à leur domicile après avoir été dénoncés par des voisins, rapporte i24NEWS. Tous deux sont internés au camp de Drancy pendant deux mois.
Ils sont déportés par le convoi 55, parti du camp de Drancy le 23 juin 1943 à destination du camp d'Auschwitz-Birkenau. Julia vient alors d'avoir 18 ans. Son matricule est le 46645, selon le Mémorial de la Shoah.
Dès son arrivée, elle se met à la recherche de sa mère et apprend rapidement qu'elle a été assassinée. Son père ne survivra pas non plus à la déportation. Elle devient orpheline à 18 ans.
Elle est affectée à un Aussenkommando, c'est-à-dire à un commando extérieur, puis au kommando des cuisines et enfin dans une usine située dans le périmètre d'Auschwitz-I. Elle doit sa survie, en partie, à un conseil reçu sur place : ne jamais manquer le travail, même gravement malade, raconte le projet de recueil de témoignages Les Derniers.
Évacuée le 18 janvier 1945, elle rejoint Ravensbrück puis plusieurs camps extérieurs. Elle s'évade au cours d'une nouvelle évacuation, le 24 avril 1945, et regagne Paris le 26 mai 1945.
« Dieu était en vacances » : le témoignage tardif de Julia Wallach
Julia Wallach a mis plusieurs décennies avant d'accepter de raconter. Elle épouse en 1946 Marcel Wallach, lui-même ancien déporté par le convoi 69 du 7 mars 1944, et le couple aura deux enfants.
En 2021, elle publie Dieu était en vacances, un récit co-écrit avec la romancière Pauline Guéna et paru chez Grasset le 10 novembre 2021.
Elle est décorée en janvier 2022 du grade de chevalier de la Légion d'honneur par l'historien Serge Klarsfeld. Sa biographie de référence rappelle qu'elle a témoigné en milieu scolaire pendant vingt ans, selon Wikipédia.
Le Crif, qui l'avait rencontrée le 16 novembre 2021 dans son appartement parisien, l'avait associée à l'exposition « Lest We Forget, N'oublions pas », organisée en 2022 pour les 80 ans de la rafle du Vél d'Hiv.
La mémoire de Julia Wallach portée par les films de sa petite-fille
Le visage de Julia Wallach est aussi passé par le cinéma. Sa petite-fille, l'actrice et réalisatrice Frankie Wallach, la met en scène dans Kneidler en 2017, puis dans Trop d'amour en 2021, une œuvre consacrée à la transmission dans une famille marquée par la Shoah, indique le Mémorial de la Shoah.
Le Crif a salué la mémoire d'une femme « élégante, souriante et apprêtée » le jour de la séance photographique de 2021, et adressé ses plus sincères condoléances à sa famille et à ses proches.
Julia Wallach laisse deux enfants, cinq petits-enfants et six arrière-petits-enfants. Après sa libération, elle avait récupéré l'appartement familial, occupé pendant la guerre par un collaborateur, où son père avait dissimulé quelques pièces d'or dans un mur, relate Les Derniers.
Après Julia Wallach, une mémoire juive qui se raréfie
Le 24 septembre 2026, le Mémorial de la Shoah a salué la mémoire de Julia Wallach et présenté ses condoléances à ses proches, un jour après sa disparition. La veille, c'est le Crif qui avait annoncé la nouvelle.
Chaque décès d'un survivant direct réduit le nombre de personnes capables de parler des camps à la première personne. Julia Wallach appartenait à cette génération qui a fini par accepter, tardivement, de porter la parole des disparus.
Ce basculement de la mémoire vers les descendants traverse l'actualité mémorielle de ce mois de septembre. Le site a consacré cette semaine plusieurs articles à ces relais, du ghetto de Vilnius aux cérémonies de remise de médaille de Justes parmi les Nations.
Pour la communauté juive de France, la disparition de Julia Wallach reste une perte de témoin irremplaçable. Ce qui a été écrit, filmé et raconté par elle appartient désormais à ceux qui ne l'ont pas connue.