Ghetto de Vilnius liquidation 1943 : 83 ans après, la Lituanie commémore ses Juifs assassinés
Ghetto de Vilnius liquidation 1943 : les 23 et 24 septembre 1943, les SS encerclent les derniers habitants du ghetto et les déportent vers les camps d'extermination et de travail forcé, rappelle le Congrès juif mondial. Ce mercredi 23 septembre 2026, la communauté juive de Lituanie se rassemble à Ponar, aux portes de Vilnius.
Ghetto de Vilnius liquidation 1943 : trois jours pour vider une ville juive
Le bilan est documenté par Yad Vashem. Plus de 4 000 femmes, enfants et personnes âgées sont envoyés dans les camps d'extermination de Pologne occupée, où ils sont assassinés.
Quelques centaines de malades et de vieillards sont conduits à Ponar et fusillés sur place, dans les fosses de la forêt. Environ 3 700 hommes et femmes partent vers les camps d'Estonie et de Lettonie.
Pour les 24 000 Juifs encore parqués derrière les barbelés, cette opération signe la fin d'une communauté installée depuis le XIVe siècle, surnommée la « Jérusalem de Lituanie ».
Une ville juive déjà saignée à blanc
Les massacres ont commencé bien avant. Dès juillet 1941, un mois après l'invasion allemande, les Einsatzgruppen et leurs auxiliaires lituaniens assassinent 5 000 hommes juifs à Ponar, selon l'encyclopédie du mémorial de l'Holocauste de Washington.
Deux ghettos sont créés en septembre 1941. Le second, réservé aux Juifs jugés inaptes au travail, est détruit dès octobre 1941 et sa population fusillée à Ponar.
À la fin de 1941, environ 40 000 Juifs ont déjà été tués dans cette forêt de pins, rappelle le Congrès juif mondial. Vilna comptait plus de 55 000 Juifs avant-guerre, sans compter les réfugiés de Pologne.
Le FPO : les derniers combattants sortent par les égouts
La résistance juive s'organise dès 1942 autour du Fareynegte Partizaner Organizatsye (FPO), dont les chefs s'appellent Yitzhak Wittenberg, Abba Kovner, Josef Glazman ou Abraham Chwojnik, précise Yad Vashem.
Le 1er septembre 1943, le ghetto est bouclé. Yechiel Scheinboim ouvre le feu sur les Allemands et meurt les armes à la main à l'entrée de la rue Strashun. Le 14 septembre, le chef du Judenrat, Jacob Gens, est exécuté au quartier général de la Gestapo.
Le 23 septembre, le dernier groupe du FPO, 80 à 100 combattants menés par Abba Kovner, quitte le ghetto pour les forêts de Rudniki et de Narocz. Ces partisans combattront aux côtés de l'Armée rouge pour libérer Vilnius en juillet 1944.
Karl Plagge et les camps de travail : 2 500 survivants
Près de 2 500 Juifs échappent à la déportation en restant dans les camps de travail Kailis et HKP, sous l'autorité du capitaine de la Wehrmacht Karl Plagge, d'après Yad Vashem.
L'officier a fait embaucher des Juifs jugés non qualifiés dans ses ateliers, une manière de les soustraire à la liquidation. Il figure parmi les Justes parmi les Nations, comme le policier français Bertrand Duloutre, honoré à Niort le 22 septembre 2026.
Les Allemands ont aussi tenté d'effacer les preuves. En septembre 1943, des détachements de travailleurs juifs sont contraints d'ouvrir les fosses communes de Ponar et de brûler les cadavres, documente l'USHMM.
Ghetto de Vilnius liquidation 1943 : la cérémonie de ce 23 septembre 2026
La commémoration se tient au complexe mémoriel de Ponar à 12h30, heure locale, indique la communauté juive de Lituanie. Un bus part du 4, rue Pylimo à Vilnius à 11h45.
L'invitation de la communauté juive évoque « plus de 200 000 victimes de la Shoah en Lituanie ». Une cérémonie est également prévue à Šiauliai, à l'emplacement de la première porte du ghetto.
Le 23 septembre est inscrit depuis 1994 au calendrier national, comme le confirme l'International Holocaust Remembrance Alliance. Cette date prolonge une semaine juive dense, marquée par Yom Kippour 5787 et sa prière du souvenir.
Une mémoire longtemps tue, et jamais acquise
L'IHRA rappelle que l'enseignement de la Shoah est obligatoire en Lituanie et que la négation du génocide est passible de poursuites depuis 2010. Plus de 130 centres d'éducation à la tolérance ont été ouverts dans les écoles du pays.
L'alliance recense aussi deux textes de référence adoptés par Vilnius : la définition de la négation et de la distorsion de la Shoah en 2013, puis la définition de travail de l'antisémitisme en 2016.
Le résultat reste fragile. Environ 90 % des Juifs de Lituanie ont été assassinés, l'un des taux les plus élevés d'Europe, et la communauté de Vilnius ne représente plus qu'une fraction de ce qu'elle était, selon le Congrès juif mondial.
Ghetto de Vilnius liquidation 1943 : quatre-vingt-trois ans après, la forêt de Ponar rappelle ce que l'Europe doit à ses Juifs assassinés et à ceux qui ont combattu pour ne pas disparaître en silence. Commémorer n'est pas un rituel de saison, c'est une manière de refuser la suite.
Article rédigé par la rédaction du Monde Juif.