Bertrand Duloutre Juste parmi les Nations : Niort honore un policier qui a sauvé des familles juives
Bertrand Duloutre Juste parmi les Nations : la médaille et le diplôme décernés par Yad Vashem à ce secrétaire de police de Viry-Châtillon ont été remis à titre posthume le mardi 22 septembre 2026 à l'hôtel de ville de Niort, devant quatorze de ses descendants.
Bertrand Duloutre Juste parmi les Nations : la cérémonie de Niort
Selon La Nouvelle République, la cérémonie intervient presque trois ans jour pour jour après la décision de Yad Vashem, qui avait reconnu le policier le 19 septembre 2023.
Né le 1er février 1904 et mort le 5 janvier 1968, Bertrand Duloutre était secrétaire de police au commissariat de Viry-Châtillon, dans l'Essonne, avant de terminer sa carrière comme commissaire, précise le Comité français pour Yad Vashem.
Son dossier porte le numéro 14410. La reconnaissance a été portée par Florette, dont l'enquête de La Nouvelle République rapporte qu'elle a « découvert très tard son rôle ».
Ce que Bertrand Duloutre Juste parmi les Nations a fait pendant l'Occupation
Le fonds documentaire de l'AJPN restitue son action avec précision. La famille Tzéhoval, Nison et Hasel et leurs trois enfants, habitait boulevard Saint-Michel à Viry-Châtillon.
Le dossier de Yad Vashem confirme ces sauvetages et cite également Dora Kaufmann et Lucie Szafrajzen parmi les personnes secourues par ce fonctionnaire de police.
Bertrand Duloutre a rédigé pour Nison Tzéhoval, qui ne maîtrisait pas le français écrit, un courrier au sous-préfet de Corbeil attestant que sa famille d'origine russe était orthodoxe. Ils ont tous été sauvés.
Il a aussi délivré de faux papiers à Lucie Szafrajzen et sauvé Dora Kaufmann en la faisant hospitaliser sous un faux diagnostic d'appendicite, puis en organisant son évasion, selon le même fonds.
La Gestapo a fini par faire irruption à son domicile et l'a incarcéré à la prison du Cherche-Midi pour des faits de résistance. Après-guerre, plusieurs rescapés ont écrit que son aide leur avait sauvé la vie.
Pourquoi la médaille de Bertrand Duloutre Juste parmi les Nations arrive 58 ans après sa mort
Le décalage entre la mort du policier et son honneur posthume n'a rien d'exceptionnel. Un dossier de reconnaissance s'appuie sur des témoignages, au minimum deux du côté des sauvés et deux du côté des sauveteurs, rappelle France 3 Occitanie.
« Avec le temps qui passe, il y a de moins en moins de preuves », explique à France 3 Francine Théodore-Lévêque, déléguée régionale du Comité français pour Yad Vashem, qui souligne que les archives familiales disparaissent souvent avant que les arrière-petits-enfants ne se saisissent du dossier.
La médaille remise à Niort porte une phrase du Talmud, « Quiconque sauve une vie sauve l'univers tout entier », rappelle le Comité français pour Yad Vashem. Il s'agit de la plus haute distinction civile de l'État d'Israël.
Justes parmi les Nations : 4 381 noms en France et une mémoire à reconstruire
Les chiffres varient selon les bases. L'AJPN recense 4 381 Justes de France, tandis que le Comité français pour Yad Vashem cite 27 921 personnes dans le monde, dont 4 150 en France au 1er janvier 2021.
Cette mémoire institutionnelle s'accélère. Emmanuel Macron a déclaré le 12 juillet 2026 qu'il était « temps » que les noms des Justes soient apposés sur les maisons où des Juifs ont été cachés, relate France 3.
Le Comité français pour Yad Vashem a lancé un avis de recherche pour retrouver les descendants de la famille Brunschwig, de Villeneuve-sur-Lot, afin de constituer un nouveau dossier. En 2027 seront commémorés les vingt ans de l'entrée des Justes de France au Panthéon, décidée en 2007 par Jacques Chirac sur proposition de Simone Veil, selon le Crif.
À Niort, la remise du diplôme du dossier 14410 a réuni quatorze descendants d'un homme que la France n'avait jamais honoré de son vivant.
Bertrand Duloutre Juste parmi les Nations : tarder, c'est déjà effacer
La leçon du 22 septembre tient en une phrase : chaque année perdue rend un sauvetage plus difficile à prouver. Les Justes ne manquent pas de reconnaissance, ils manquent de témoins.
C'est pourquoi les cérémonies de l'automne 2026 comptent autant que les grands rendez-vous du calendrier mémoriel, du pavillon mémoriel du 7-Octobre à Paris aux rencontres organisées autour des carnets du Sonderkommando d'Alter Fajnzylberg.
Bertrand Duloutre a risqué sa liberté et sa vie pour des voisins, sans avoir cherché aucune publicité. Il aura fallu plus de quatre-vingts ans après les faits, et une enquête familiale lancée très tard, pour que son nom entre à Niort dans le livre des Justes.