Cahiers d'Alter Fajnzylberg : le témoignage d'un Sonderkommando d'Auschwitz-Birkenau sorti d'une boîte à chaussures
Les Cahiers d'Alter Fajnzylberg sortent enfin de l'ombre, et le Mémorial de la Shoah leur consacre une soirée entière. Mardi 22 septembre 2026 à 19 h, l'institution parisienne revient sur l'histoire de ces carnets rédigés en polonais par un membre du Sonderkommando d'Auschwitz-Birkenau, selon la billetterie du Mémorial.
La rencontre s'intitule « Variations autour des Cahiers d'Alter : témoignage d'un Sonderkommando d'Auschwitz-Birkenau ». Elle se tiendra dans l'auditorium Edmond J. Safra de Paris, confirme l'agenda des Rencontres.
Cahiers d'Alter Fajnzylberg : une rencontre au Mémorial de la Shoah le 22 septembre 2026
La jauge est volontairement réduite à cent participants. Le plein tarif est fixé à 5 euros, le tarif réduit à 3 euros pour les 18-25 ans et les seniors, l'entrée étant gratuite pour les étudiants, les demandeurs d'emploi et les moins de 18 ans, précise la billetterie du Mémorial de la Shoah.
Le débat sera animé par le journaliste Eduardo Castillo, en présence des auteurs du livre et de la bande dessinée.
La soirée bénéficie du soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah et s'inscrit dans la programmation des 70 ans du Mémorial du Martyr juif inconnu, devenu Mémorial de la Shoah en 2005.
Un livre au Seuil en 2025, une bande dessinée chez Dupuis en 2026
La rencontre coïncide avec une double actualité éditoriale. Les carnets paraissent en format poche chez Points en 2026, sous le titre « Ce que j'ai vu à Auschwitz. Les cahiers d'Alter », présentés par Roger Fajnzylberg avec la collaboration d'Alban Perrin, détaille le Mémorial.
Le même titre est adapté en bande dessinée, signée Victor Matet, Jean-David Morvan et Rafael Ortiz et publiée chez Dupuis en 2026. Le Mémorial parle d'une « formidable aventure éditoriale » pour ces carnets restés enfouis près de quatre-vingts ans dans une boîte à chaussures.
L'édition originale, parue au Seuil en 2025, a connu un succès public et critique remarquable pour un livre d'histoire : Roger Fajnzylberg et l'historien Alban Perrin ont sillonné la France pour le présenter.
Alter Fajnzylberg, des Brigades internationales au Sonderkommando d'Auschwitz-Birkenau
Alter Fajnzylberg naît en 1911 à Stoczek, en Pologne, dans une famille juive modeste, rappelle le Cercil Musée-Mémorial des enfants du Vel d'Hiv. Militant communiste dès son plus jeune âge, il est emprisonné pour ses convictions avant de s'engager en 1937 dans les Brigades internationales, en Espagne, où il est blessé.
Interné ensuite dans les camps d'Argelès, de Gurs et de Saint-Cyprien, il parvient à s'évader, avant d'être arrêté à Paris en 1941 par la police française. Il passe par Drancy puis Compiègne, et fait partie du premier convoi de déportés juifs parti de France vers Auschwitz, fin mars 1942.
Détenu à Auschwitz-Birkenau d'avril 1942 à janvier 1945, il est forcé d'intégrer le Sonderkommando pendant dix-huit mois, précise la Fondation Louis Vuitton. C'est là, dans l'urgence de dire ce qu'il a vu, qu'il rédige ses souvenirs en polonais entre l'automne 1945 et le printemps 1946, explique le Cercil.
Les quatre photographies clandestines et la révolte d'octobre 1944
Son parcours croise l'un des épisodes les plus documentés de la résistance à Auschwitz. Avec Shlomo Dragon et Alberto Errera, Alter Fajnzylberg rejoint un groupe de détenus qui organise la prise de quatre photographies clandestines de la crémation des corps et du déshabillage de femmes avant la chambre à gaz.
L'appareil, probablement trouvé parmi les biens entreposés au « Kanada », est acheminé jusqu'aux crématoires par David Szmulewski et Alter Fajnzylberg lui-même, rappelle sa notice biographique. Ces quatre clichés inspireront plus tard au peintre allemand Gerhard Richter sa série intitulée « Birkenau », relève la Fondation Louis Vuitton.
Selon Shlomo Venezia, il compte aussi parmi les organisateurs de la révolte du Sonderkommando d'octobre 1944, en rapportant de la poudre d'explosif depuis le camp des femmes. Il parvient à s'évader lors de l'évacuation du camp, en janvier 1945.
Un témoin de 1945 devenu témoin judiciaire
Sa parole n'a pas attendu les décennies d'oubli. Dès avril 1945, Alter Fajnzylberg témoigne devant une commission polonaise chargée des crimes nazis, et son témoignage sera utilisé lors du procès de Rudolf Höss en 1946 puis au procès d'Auschwitz, à Cracovie, en 1947.
Installé en France après la guerre, il y voit naître son fils Roger en 1947. Il finit par abandonner toute activité politique sans renier ses convictions communistes, et meurt à Paris le 20 septembre 1987, après être retourné à Auschwitz en 1985 pour y déposer un témoignage oral.
Mémoire de la Shoah : ce que les Cahiers d'Alter Fajnzylberg changent
Ces carnets comptent parce qu'ils appartiennent à une catégorie de témoins que les nazis ont cherché à faire disparaître jusqu'au dernier : les membres du Sonderkommando, très peu nombreux à avoir survécu et encore moins à avoir écrit. Un récit enfoui dans une boîte à chaussures pendant des décennies arrive ainsi au public longtemps après la mort de son auteur.
La soirée du 22 septembre s'inscrit dans une rentrée mémorielle chargée, du pavillon mémoriel du 7-Octobre place des Vosges aux Journées du Patrimoine au Mémorial de la Shoah.
Elle répond aussi à la progression de la désinformation sur la Shoah, y compris sous forme d'images générées par l'intelligence artificielle : un témoignage écrit de première main constitue un contre-feu factuel.
La rencontre autour des Cahiers d'Alter Fajnzylberg aura une fonction simple : faire circuler des carnets qui dormaient.