Proposition nucléaire iranienne : Téhéran négocie son uranium sans Israël
La proposition nucléaire iranienne est arrivée à Washington par l'intermédiaire du Qatar, selon un haut responsable iranien cité par Reuters. Le texte porte sur le programme atomique de Téhéran, mais il ne sera discuté qu'après la satisfaction de sept conditions posées par la République islamique, précise ce responsable, qui s'exprime sous couvert d'anonymat.
Les États-Unis examinent le document sans en avoir publié un mot. Aucun détail technique n'a filtré. Al-Monitor, qui reprend la dépêche de Reuters, situe la transmission au jeudi 5 novembre. Le Times of Israël en confirme le principe le lendemain, sur la foi d'un responsable américain et d'un diplomate proche du dossier.
Mohsen Rezaei a posé la condition devant les caméras russes. En visite à Moscou le 5 novembre, le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale a déclaré : « Tant que les Américains n'exécuteront pas nos sept conditions, nous n'ouvrirons pas le détroit d'Ormuz et nous n'aurons pas de négociations », rapporte le Daily News turc.
Proposition nucléaire iranienne : sept conditions avant toute discussion
La liste iranienne est connue dans ses grandes lignes. Levée des sanctions américaines, libération des avoirs gelés et réparations de guerre figurent parmi les sept exigences, selon Reuters. Washington répète de son côté que la question nucléaire doit faire partie des premières discussions.
Traduction : Téhéran veut être payé avant de parler, et parle d'un programme qu'il refuse de démanteler. Le texte transmis ne va pas jusqu'au démantèlement complet, mais il aborde bien les stocks d'uranium hautement enrichi, précise le diplomate interrogé par le Times of Israël. En échange, l'Iran obtiendrait un allègement significatif des sanctions.
Ce n'est pas un détail sémantique. Un stock d'uranium hautement enrichi garde une valeur de rupture : il rapproche d'un seuil militarisable sans nouvelle installation. Les propositions qataris encadrent ce stock, elles ne l'éliminent pas.
Un cadre en deux jours, du blocus naval à Ormuz
Le Qatar a mis sur la table un canevas de deux jours, selon Axios cité par le Daily News turc. Premier jour : les États-Unis lèvent leur blocus naval et libèrent une partie des avoirs gelés iraniens. En contrepartie, l'Agence internationale de l'énergie atomique obtient l'accès aux installations endommagées pendant la guerre.
Deuxième jour : l'Iran rouvre le détroit d'Ormuz. Les négociations sur le stock d'uranium hautement enrichi s'ouvriraient seulement ensuite. Le détroit, par où passe une part majeure du pétrole du Golfe, est fermé depuis le début du conflit.
Donald Trump a appelé l'émir du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad Al Thani, le vendredi 6 novembre. Le communiqué qatari évoque des discussions sur « un accord global pour mettre fin à la crise régionale », selon Reuters. La veille, le président avait réuni ses conseillers à la sécurité nationale, sa première réunion depuis les midterms.
« Je prendrai bientôt une décision sur de nouvelles actions américaines », a-t-il déclaré ensuite devant la presse, selon Axios. Le 1er novembre, il affirmait déjà que les négociations « se passent bien » et qu'il n'était « pas pressé ».
Ce que le texte ne règle pas
Les missiles et les groupes armés alliés de Téhéran sont absents des propositions. Le stock d'uranium est traité, le soutien iranien au Hezbollah et aux Houthis ne l'est pas. Cette asymétrie correspond exactement à ce que Jérusalem redoutait dès le printemps.
Les armes n'ont pas cessé de parler pendant les pourparlers. Un marin est mort jeudi dans l'explosion d'une roquette contre le pétrolier MT Velos, qui naviguait à vide vers Bahreïn, selon son armateur grec Velos Tankers, cité par Reuters. Une enquête a été ouverte.
Téhéran revendique également la destruction d'un drone américain MQ-1 au-dessus de l'île de Qeshm. Les Gardiens de la révolution parlent du seizième appareil abattu dans le détroit d'Ormuz, une affirmation que Washington n'a pas confirmée, rapporte le Times of Israël.
À Jérusalem, Nétanyahou presse Trump de reprendre les frappes
Benyamin Nétanyahou a demandé à Donald Trump de reprendre la guerre contre l'Iran dès après les midterms. L'appel du samedi 1er novembre, révélé par le Wall Street Journal puis détaillé par la chaîne 12, a été « tendu », selon une source israélienne citée par le Times of Israël.
Le président américain veut laisser sa chance à la diplomatie. Nétanyahou craint, lui, « un allègement spectaculaire de la pression » sur Téhéran. Axios parle d'un échange « direct », avec un Trump décidé à ne pas se laisser presser.
Le Premier ministre israélien gouverne en transition. Les législatives du 27 octobre n'ont donné de majorité à personne et Isaac Herzog doit désigner dimanche le candidat chargé de former le gouvernement. Un accord américano-iranien signé cette semaine tomberait sur un exécutif israélien sans mandat pour le contester.
Ni le bureau du Premier ministre ni la Maison-Blanche n'ont commenté ces récits. Ce double silence dit la fragilité de l'alignement, au moment où les deux alliés ne lisent plus le même calendrier.
Les lignes rouges israéliennes n'ont pas bougé
Jérusalem exige le démantèlement des capacités d'enrichissement et la sortie de tout le matériel enrichi du territoire iranien. Ces lignes rouges, exposées par Israel Hayom au printemps, n'ont pas été révisées publiquement depuis.
La crainte israélienne porte un nom : l'accord mince. Un texte qui lèverait les sanctions contre un simple gel du programme, sans toucher aux missiles ni aux proxys, laisserait intacte la capacité de nuisance iranienne et déplacerait le problème de deux ou trois ans.
Le précédent de février pèse sur la lecture israélienne. Les États-Unis et Israël ont frappé l'Iran le 28 février. Huit mois plus tard, Téhéran négocie depuis une position que Jérusalem juge insuffisamment affaiblie. Nous avons documenté la préparation de nouvelles frappes après les midterms.
Proposition nucléaire iranienne : le temps joue contre Israël
Washington traite un dossier nucléaire, Israël voit un répit accordé à un adversaire. Les deux lectures ne sont pas incompatibles : un accord qui gèle l'enrichissement sans le démanteler achète des mois de calme au prix d'un stock conservé.
La variable décisive est désormais le calendrier américain. Trump a lié sa décision à l'après-midterms, et Doha pousse Téhéran vers une concession « substantielle », selon des diplomates régionaux cités par les médias israéliens. Si le cadre de deux jours s'applique, Ormuz rouvre avant que le stock d'uranium ait été discuté.
Reste une question que personne, à Jérusalem, ne contrôle. La proposition nucléaire iranienne se négocie entre Washington, Doha et Téhéran. Israël, qui a frappé le programme et qui vivrait avec ses restes, n'est pas à la table. La fin de l'aide militaire américaine, annoncée trois jours plus tôt, ne lui donne pas davantage de levier.