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État binational égalitaire : le programme 2027 de Mélenchon enterre la solution à deux États

2026-11-07
État binational égalitaire : le programme 2027 de Mélenchon enterre la solution à deux États

L'expression État binational égalitaire figure désormais noir sur blanc dans le programme présidentiel de La France insoumise. Le parti de Jean-Luc Mélenchon a publié vendredi 6 novembre la nouvelle version de « L'Avenir en commun », 212 pages et 1 069 mesures dont 238 nouvelles, à la veille de son meeting au Bourget.

Ce que dit exactement le programme 2027

Le texte n'abandonne pas formellement la solution à deux États. Il défend toujours la « souveraineté effective de l'Etat de Palestine sur l'ensemble des territoires palestiniens occupés depuis 1967 », selon le décryptage de LCP. Mais il ajoute une porte de sortie qui n'existait pas dans la version de 2022.

La phrase exacte demande de « prendre en compte les autres possibilités d'assurer les droits individuels et collectifs internationalement reconnus des Palestiniens (État binational égalitaire, par exemple) », rapporte France 24. Trois mots déplacent la question : non plus deux États côte à côte, mais un seul, partagé.

Le quotidien du soir résume le virage autrement. Pour Le Monde, le candidat « mise tout sur Gaza au détriment de l'Ukraine » et son programme évoque « la fin de la solution à deux Etats ». Sur 212 pages, c'est une ligne, et c'est celle qui restera.

État binational égalitaire : d'où vient la formule

La formulation n'est pas tombée d'un congrès. Rima Hassan, eurodéputée franco-palestinienne, juge que la solution à deux États est arrivée à bout de souffle, rapporte i24NEWS. Mélenchon lui avait confié en janvier un groupe de travail sur l'avenir du conflit.

Un colloque doit se tenir en février, en pleine campagne présidentielle, sur cette même question. La séquence est donc planifiée et non improvisée : le programme pose le cadre juridique, le colloque doit produire la doctrine publique avant le premier tour.

Le reste du chapitre israélien prolonge une ligne dure déjà installée. LFI promet de « faire appliquer le mandat d'arrêt » contre Benyamin Netanyahu, selon France 24 et La Voix du Nord, avec suspension de l'accord d'association entre l'Union européenne et Israël.

Ce que « binational » efface

Un État binational égalitaire désigne un État unique entre le Jourdain et la mer, où Israéliens et Palestiniens seraient citoyens à parité. Le projet ne prévoit plus de frontières, donc plus de majorité juive décidée par les Juifs eux-mêmes. C'est exactement ce que le vocabulaire choisi permet de ne pas nommer.

La formule parle de droits « individuels et collectifs ». Les droits nationaux, eux, disparaissent de la phrase. Or le sionisme repose sur un droit national : un peuple, un État, une capacité collective à décider de son destin. Le remplacer par une parité démographique n'est pas un détail de rédaction.

Depuis vingt ans, la campagne BDS réclame la fin d'Israël comme État juif sous un autre nom : un État unique, un retour sans limite, une majorité arabe mécanique. LFI n'écrit pas cela. Elle écrit « par exemple », ce qui laisse la porte entrouverte sans franchir le seuil.

Le procédé a une fonction électorale. Il conserve l'électorat attaché aux deux États tout en satisfaisant les militants qui jugent la formule dépassée. Sur un sujet où ses détracteurs l'accusent de banaliser l'antisémitisme, la prudence lexicale sert aussi de protection.

Une campagne qui a fait de Gaza son axe principal

Le programme assume le reste sans détour : retrait immédiat du commandement intégré de l'Otan, sortie de « l'isolement occidental », reconnaissance du 17 octobre 1961 comme crime d'État. Sur le Proche-Orient, LFI se pose en porte-parole de la cause palestinienne en France.

Le calendrier donne à cette ligne un poids nouveau. Un sondage IFOP place Mélenchon entre 17,5 et 18 % des intentions de vote et confirme l'hypothèse d'un duel avec Marine Le Pen au second tour, selon i24NEWS. À ce niveau, un candidat n'écrit plus des slogans mais un programme de gouvernement.

Pourquoi cette phrase concerne les Juifs de France

La question n'est pas théorique. Un État binational égalitaire signifie la fin du droit à l'autodétermination juive, présenté comme une exigence d'égalité. Cette thèse porte un nom dans le débat français, l'antisionisme, et elle progresse dans des partis, pas seulement sur les campus.

Notre enquête sur l'antisémitisme à gauche documentait déjà cette porosité entre critique d'Israël et remise en cause de son existence (notre analyse). Le programme 2027 transforme cette porosité en texte officiel, ce qui change l'échelle du problème.

Les ennuis judiciaires de l'inspiratrice de la ligne ne plaident pas pour la prudence. Rima Hassan est jugée pour apologie du terrorisme (notre article), et c'est sa demande qui a été inscrite. Le parti n'a pas subi cette filiation, il l'assume.

Le contexte européen ne rassure pas davantage. Les 244 attaques contre des synagogues recensées dans 34 pays entre octobre 2023 et octobre 2026, dont 17 en France, dessinent une menace qui ne dépend pas des programmes français (notre article). Mais le discours qui légitime la cible finit toujours par compter.

État binational égalitaire : la question que personne ne posera au Bourget

Samedi après-midi, Mélenchon présente son programme devant ses militants. Personne ne lui demandera ce que devient le droit des Juifs à disposer d'un État si la parité démographique décide de tout. La question tient pourtant en une phrase, et cette phrase est désormais dans le texte.

L'État binational égalitaire n'est pas une hypothèse d'école lancée dans un colloque militant. C'est une orientation inscrite dans un programme présidentiel, à quelques mois du scrutin. Ceux qui la jugent inoffensive devraient relire précisément ce qu'elle remplace.