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Antisémitisme à gauche : l'enquête Ifop qui fissure le « rempart »

2026-10-26
Antisémitisme à gauche : l'enquête Ifop qui fissure le « rempart »

L'enquête Ifop commandée par la Fondation Jean-Jaurès, rendue publique le 15 octobre 2026, a interrogé 3 000 Français dont 1 242 se déclarant de gauche. Son titre assume le résultat : l'antisémitisme à gauche n'est plus un angle mort, le poison infuse désormais dans les milieux qui se pensaient immunisés.

Les auteurs, Noé Fridman et François Kraus, ne décrivent pas un accident. Ils documentent un système de minoration, où le fait antijuif paraît petit à côté des autres haines, et où cette petitesse autorise l'indulgence politique. Les résultats complets sont publiés par la Fondation Jean-Jaurès.

Antisémitisme à gauche : les chiffres qui dérangent

Antisémitisme à gauche : Mélenchon, 75 % de défiance

75 % des Français ne font pas confiance à Jean-Luc Mélenchon pour lutter efficacement contre la haine envers les juifs, et la défiance atteint 58 % chez les Français de gauche eux-mêmes, selon l'enquête Ifop.

À titre de comparaison, Marine Le Pen plafonne à 62 % de défiance et Jordan Bardella à 63 %, malgré les écrits antisémites révélés par Mediapart. 47 % des Français voient de l'antisémitisme chez les représentants de LFI, contre 48 % chez ceux du RN. Deux épicentres, un seul procès médiatique.

La hiérarchie des haines, symptôme central

Invités à noter de 0 à 10 l'intensité de la haine antijuive, seuls 36 % des Français de gauche la jugent forte, contre 41 % à droite. La haine antimusulmane, elle, est jugée forte par 58 % de la gauche et 69 % des sympathisants insoumis.

Cette asymétrie n'est pas un détail d'enquête. Elle produit un classement implicite des victimes, donc un classement des combats à mener. Un tiers de la gauche radicale assume cette hiérarchie sans complexe, comme le montrait déjà notre enquête sur l'antisémitisme à l'université.

Un antisionisme qui parle à la place des Juifs

Antisémitisme à gauche : « de la rivière à la mer »

Le slogan « De la rivière à la mer, la Palestine sera libre » est repris par 48 % des personnes situées à gauche, contre 36 % de l'ensemble des Français. « Sionistes hors de nos facs » ou « hors de nos villes » séduit 25 % des sympathisants de gauche, contre 19 % des Français.

Interrogés sur la nature de ces formules, 63 % des personnes de gauche répondent qu'elles ne sont pas antisémites, contre 59 % des Français. 35 % disent la même chose des appels à exclure les sionistes des campus et des villes, contre 34 % des Français.

L'« influence juive », un cliché qui résiste

41 % des personnes de gauche, et 50 % des sympathisants LFI, citent « l'influence des juifs dans le monde économique, médiatique et politique » comme cause déterminante de l'antisémitisme. C'est le plus vieux stéréotype français, recyclé en grille d'analyse.

Plus troublant encore : 41 % de la gauche explique l'antisémitisme par « les comportements communautaires des juifs eux-mêmes », un chiffre qui grimpe à 65 % chez les sympathisants communistes et à 49 % chez les insoumis. La faute revient alors à ceux qui la subissent.

Ce que la gauche concède, ce qu'elle refuse de voir

La tolérance électorale, angle mort du raisonnement

18 % des Français se disent prêts à voter pour un candidat dont ils jugent eux-mêmes les propos antisémites. La disposition monte à 25 % chez les insoumis, 35 % chez les trotskistes et 28 % chez les sympathisants du RN.

Le reste du tableau est plus encourageant. 81 % des Français de gauche veulent que la lutte contre l'antisémitisme entre dans les débats de la présidentielle de 2027, dont 88 % des sympathisants socialistes et 88 % des écologistes. Le sujet est redevenu un enjeu de campagne.

Le paradoxe des actes, mesuré par la CNCDH

Les opinions et les actes ne bougent pas au même rythme. En 2025, 9 737 crimes ou délits à caractère raciste, xénophobe ou antireligieux ont été recensés par le ministère de l'Intérieur, soit une hausse de 5 % après celle de 11 % un an plus tôt, selon la CNCDH.

Dans son 36e rapport, publié le 25 juin 2026, la Commission s'inquiète du désengagement des pouvoirs publics dans le plan national de lutte contre le racisme, l'antisémitisme et les discriminations liées à l'origine. La tolérance déclarée progresse, les actes ne reculent pas.

Le directeur de Boussole antiraciste, Jonas Pardo, prolonge l'analyse dans une tribune reprise par Libération. Le paradoxe d'un « antisémitisme sans antisémites » a longtemps servi de prétexte pour ne rien faire.

Ce que mesure cette enquête, c'est un déplacement du débat. Pendant vingt ans, la gauche a discuté de la responsabilité de l'extrême droite et de la politique israélienne. L'antisémitisme à gauche est devenu un objet d'étude, et non plus une accusation lancée par l'adversaire.

La publication tombe à un moment précis. Neuf jours plus tôt, les émeutes du 17 octobre ont vu des commerces casher et des synagogues pris pour cibles, dans un silence politique qui a duré plusieurs jours. L'antisémitisme à gauche, tel que le mesure l'Ifop, est une imprégnation lente, tolérée, jamais assumée, et désormais chiffrée.