Procès de Rima Hassan pour apologie du terrorisme : dix mois avec sursis requis
Le parquet de Paris a requis, mardi 20 octobre, dix mois de prison avec sursis et deux ans d'inéligibilité contre Rima Hassan. Le procès de Rima Hassan pour apologie du terrorisme s'est tenu sur deux jours au tribunal correctionnel, et la décision sera rendue le 30 novembre. Un tweet supprimé, un terroriste célébré, un parti qui crie au complot.
Procès de Rima Hassan pour apologie du terrorisme : le post du 26 mars
Le 26 mars 2026, l'eurodéputée LFI publie sur X une photo de Kozo Okamoto en treillis, keffieh au cou. La légende cite le terroriste : « Tant qu'il y aura oppression, la résistance ne sera pas seulement un droit, mais un devoir ». La publication est vue 252 900 fois en dix-huit heures avant d'être supprimée, selon La Croix.
Okamoto n'est pas un symbole abstrait. Membre de l'Armée rouge japonaise recruté par le Front populaire de libération de la Palestine, il a participé le 30 mai 1972 à l'attentat de l'aéroport de Lod, l'actuel Ben Gourion, qui a fait 26 morts. Il fut le seul des trois assaillants à survivre, blessé puis capturé, rappelle le Times of Israël.
Okamoto est mort le 23 juillet 2026 à Beyrouth, à 78 ans, et le FPLP a salué en lui un « camarade militant », rapporte Le Figaro. Trois mois plus tard, le tribunal de Paris examinait la citation que l'élue avait relayée.
Le parquet dénonce une « vision héroïsée » d'un « tueur »
Le ministère public n'a pas contesté le droit de critiquer Israël. Il a contesté autre chose, la mise en scène d'un meurtrier. La publication « ressemble à un hommage », sans « critique » ni « distanciation », selon le parquet cité par La Croix.
« Ce n'est pas le procès du conflit israélo-palestinien », a précisé l'accusation, pour qui cette cause « ne peut pas servir de totem d'immunité ». Le parquet a aussi relevé « aucune prise de conscience de la gravité » chez la prévenue, selon le compte rendu du Figaro.
Les réquisitions sont lourdes dans leur symbole et mesurées dans leur quantum : dix mois avec sursis, deux ans d'inéligibilité. Rima Hassan encourt, selon RFI, sept ans de prison et dix ans d'inéligibilité.
Procès de Rima Hassan pour apologie du terrorisme : droit au silence et audience houleuse
Lundi 19 octobre, la prévenue s'est décrite à la barre comme « l'élue la plus poursuivie de la Ve République », avant d'exercer son droit au silence, raconte Le Dauphiné Libéré. Elle dénonce une « tentative d'intimidation » et une « mise sous silence d'une élue de l'opposition ».
L'audience a été suspendue plusieurs fois. Me Vincent Brengarth a quitté la salle après que l'avocate de la Licra, Galina Elbaz, a évoqué un « scope antisémite » et des « propos complotistes », toujours selon le même compte rendu. Le procès avait déjà été renvoyé en juillet à la demande de la défense.
À la sortie, une foule de jeunes l'attendait, keffieh sur les épaules, entre félicitations et selfies, note La Croix. Le décor politique était planté avant même les plaidoiries.
La défense a plaidé la relaxe et dénoncé un « procès politique »
Me Brengarth a demandé la relaxe, en défendant la liberté d'expression de sa cliente. La défense dénonce un « procès politique » destiné à faire taire une voix critique d'Israël, une thèse exposée dès l'ouverture par RFI.
Face à elle, plusieurs parties civiles, dont l'Organisation juive européenne, qui avait signalé le post au parquet, la Licra et Némésis. « Les mots ont un pouvoir, ils peuvent être créateurs, destructeurs », a plaidé Me Andrea Assor Doukhan pour l'OJE, citée par La Croix.
Le parquet a rejeté la thèse de l'instrumentation. Le délit est « flagrant », a-t-il soutenu, et il n'est « pas question d'une instrumentalisation du parquet en raison de ses opinions politiques », selon franceinfo.
Mélenchon et la « servilité devant les demandes de Netanyahou »
Jean-Luc Mélenchon a réagi le jour même sur X : « La macronie sombre dans la honte de tous les abus de pouvoir et de la servilité devant les demandes de Netanyahu. » Le lendemain, il a qualifié les réquisitions de dignes des « pires torchons antisémites des années 30 », selon Le Figaro.
La sortie a déclenché une avalanche de réactions. Gérald Darmanin y voit « une preuve supplémentaire que M. Mélenchon et LFI ont un grave problème avec l'État de droit ». Jean-Noël Barrot dénonce une « dérive profondément anti-démocratique » et Benjamin Haddad des propos dignes des « torchons antisémites », rapporte Le Parisien.
Conspiracy Watch a réfuté point par point la thèse du complot. Depuis la loi Taubira du 25 juillet 2013, le garde des Sceaux ne peut plus adresser d'instruction dans une affaire individuelle. Le même parquet a classé sans suite une vingtaine de plaintes visant Rima Hassan, elle-même victime dans une dizaine d'autres procédures.
Ce que ce procès met au jour
Le cœur du dossier tient à une distinction que la défense refuse de faire. Critiquer la politique israélienne est un droit. Célébrer l'auteur d'un massacre qui a tué 26 civils dans un hall d'aéroport en est un autre, et le droit français lui donne un nom : apologie du terrorisme.
Cette affaire tombe dans une séquence où La France insoumise est déjà sous le feu des critiques après les violences du 17 octobre. Le parti conteste la justice sur le terrain politique, pas sur celui des faits, et c'est précisément ce qui rend la sortie de Mélenchon révélatrice.
Un responsable politique qui explique chaque décision de justice par une consigne étrangère finit par disqualifier l'institution elle-même. Le mot « servilité » ne vise pas seulement le parquet de Paris. Il vise l'idée qu'un juge français puisse être libre de juger.
Procès de Rima Hassan pour apologie du terrorisme : ce qu'il faut retenir
La décision tombera le 30 novembre. Si le tribunal prononce les deux ans d'inéligibilité requis, la mesure pèserait sur la suite de la carrière politique de l'eurodéputée, et sur son rôle dans la campagne présidentielle de 2027.
Le dossier ne tranchera pas le conflit israélo-palestinien, et il n'a pas à le faire. Il dira si une élue de la République peut relayer la prose d'un tueur et l'appeler résistance. C'est une question de droit, et elle mérite mieux qu'un tweet de solidarité.
Sur le même terrain, l'affaire du drapeau israélien retiré au Parlement européen et le bilan du 7 Octobre montrent la même fracture : d'un côté la parole politique, de l'autre la preuve.