Attaques contre les synagogues dans le monde : 244 incidents en trois ans, 17 en France
244 incidents en trois ans, dans 34 pays. Le ministère israélien des Affaires de la diaspora et de la Lutte contre l'antisémitisme a publié jeudi 5 novembre un rapport recensant les attaques contre les synagogues dans le monde entre le 7 octobre 2023 et le 21 octobre 2026, à trois jours du 88e anniversaire de la Nuit de cristal.
Le document ne mesure pas l'antisémitisme en général. Il isole ce qui vise les lieux de culte juifs, les centres Habad et les fidèles sur le chemin de la prière. Constat central : la menace baisse en volume et monte en létalité.
Attaques contre les synagogues dans le monde : ce que recense le rapport israélien
Trois années pleines, 244 incidents dans 34 pays, selon la synthèse publiée par Hidabroot. Les incidents augmentent chaque année de la période, avec une hausse de 56 % en 2026 par rapport à 2025 : fusillades, incendies criminels, cocktails Molotov, agressions, dégradations et projets d'attaque déjoués.
| Pays | Incidents recensés (oct. 2023 - oct. 2026) |
|---|---|
| États-Unis | 86 |
| Canada | 34 |
| Royaume-Uni | 24 |
| France | 17 |
| Australie | 12 |
| Allemagne | 11 |
Le mode opératoire a changé. Les assaillants emploient de plus en plus armes à feu, engins incendiaires et véhicules bélier, et visent désormais les fidèles, pas seulement les bâtiments, rapporte le Times of Israël. Les attaques se concentrent autour du Shabbat et des fêtes juives, en exploitant les horaires et itinéraires prévisibles des fidèles.
En France, 17 incidents et deux dossiers que l'on connaît
La France figure au quatrième rang avec 17 incidents. Deux dossiers de l'été 2026 y sont cités. En juillet, un projet d'attaque près d'une synagogue de Sarcelles a été déjoué : un véhicule contenait un fusil et un pistolet, et environ 300 personnes avaient été évacuées (notre article).
Le même mois, douze rouleaux de la Torah ont été dérobés à la grande synagogue de Levallois-Perret (notre enquête sur ce cambriolage). À Bruxelles, une synagogue orthodoxe d'Anderlecht a reçu un pavé dans une fenêtre du troisième étage, un acte découvert le 27 octobre et révélé le 4 novembre, sans auteur identifié, rapporte i24NEWS.
Le modèle iranien : des criminels locaux payés pour frapper
Le rapport décrit un schéma de sous-traitance : des réseaux criminels locaux sont recrutés et payés pour incendier des synagogues, afin que les commanditaires n'apparaissent jamais. À Montréal, 15 000 dollars auraient été proposés pour mettre le feu à la synagogue Beth Tikvah. Des enquêtes similaires portent sur Sydney.
Le ministère évoque des soupçons d'implication de l'Iran et d'acteurs étatiques derrière ces intermédiaires. Les suspects cités forment un mélange instable : néonazis, agents iraniens, individus liés au Hamas ou à l'État islamique, jeunes radicalisés en ligne. Ce n'est plus un antisémitisme d'ambiance, c'est une ingénierie de la violence.
Royaume-Uni, Canada, Allemagne : les chiffres qui contredisent le discours apaisant
Au Royaume-Uni, le Community Security Trust a recensé 227 incidents liés aux synagogues en 2025, un record, dont 50 visaient des fidèles se rendant aux offices ou en revenant. À Manchester, l'attaque de la synagogue Heaton Park pendant Yom Kippour 2025 a tué deux personnes et blessé six autres, rappelle le Jerusalem Post.
Le Canada en compte 34. La communauté Shaarei Torah de Toronto a été visée dix fois, et plusieurs synagogues ont essuyé des tirs en mars 2026, dont Temple Emanu-El et BAYT. En Allemagne, onze dégradations ont été enregistrées dans le seul Land de Hesse en 2025, avec des cocktails Molotov à Berlin et Oldenburg et une tentative d'incendie à Giessen.
Moins de menaces, plus de morts : le vrai basculement
Le chiffre le plus commenté du rapport est aussi le plus mal lu. Aux États-Unis, les fausses alertes à la bombe contre des synagogues sont passées de 1 009 en 2023 à 59 en 2025, et le total des incidents antisémites a reculé de 33 % en 2025, à 6 274.
Si l'on s'arrête là, on conclut à une accalmie. Le rapport dit l'inverse : les attaques impliquant des armes létales sont passées de 23 en 2024 à 32 en 2025. Moins de menaces téléphoniques, plus de charges armées. Les bilans annuels français comptent des actes, pas la dangerosité croissante des auteurs.
Ce que le 88e anniversaire de la Nuit de cristal dit de 2026
Le rapport est publié trois jours avant le 9 novembre, date des pogroms de 1938. Jeudi, la synagogue de la rue Oranienburger, incendiée il y a 88 ans, accueillait un événement « Not on Our Watch » organisé par la Marche internationale des vivants, avec des responsables policiers allemands, européens et américains et des rescapés de la Shoah.
Le symbolisme est utile s'il ne dispense pas d'agir. À Philadelphie, des organisations anti-israéliennes ont appelé au boycott de commerces juifs autour de Rittenhouse Square, à la veille de l'anniversaire. La cible n'est plus la synagogue seule, c'est la vie juive ordinaire.
En France, les 1 320 actes antisémites de 2025 s'inscrivent dans la même continuité que les émeutes d'octobre, où le vocabulaire de la chambre à gaz est descendu dans la rue (notre analyse).
Attaques contre les synagogues dans le monde : l'alarme et la réponse
« Les données de cette étude révèlent une réalité inacceptable », a déclaré Avi Cohen-Scali, directeur général du ministère. « Ce n'est pas simplement une statistique, c'est un signal d'alarme grave pour tout État souverain. » Il appelle les gouvernements à renforcer la protection des institutions juives et à traduire les auteurs en justice.
La réponse attendue n'est pas une commémoration de plus. Les attaques contre les synagogues dans le monde ont changé de nature : moins nombreuses, plus létales, parfois commanditées depuis l'étranger et exécutées par des mains locales. Protection physique, renseignement sur les réseaux criminels et poursuite des commanditaires pèsent davantage que les communiqués annuels.
C'est le sens du rapport, et sa limite : il décrit, il alerte, il ne protège personne. À trois jours du 9 novembre, la seule réponse sérieuse consiste à traiter la sécurité des synagogues comme une question de renseignement et de police, pas comme un chapitre de l'histoire des émotions.