Justine Decourselle : la « course contre l'oubli » d'une infirmière de 26 ans
Justine Decourselle est morte le 15 octobre 2026, à 26 ans. L'infirmière héraultaise avait couru du camp de Drancy au site d'Auschwitz-Birkenau au printemps, sur les traces du convoi 71. Sa disparition a provoqué une vague d'hommages dans toute la France.
Justine Decourselle : une infirmière de 26 ans, morte le 15 octobre
Le Mémorial de la Shoah annonce son décès « jeudi 15 octobre », à l'âge de 26 ans. Le Figaro parle d'un arrêt cardiaque, selon son compte Instagram. La Voix du Nord écrit « crise cardiaque ».
Née à Tourcoing, ancienne élève du lycée Marie-Noël, elle vivait à Pérols, dans l'Hérault, où elle était infirmière en Ehpad. Le maire de la commune, Jean-Pierre Rico, a réagi auprès de Midi Libre : « C'est un drame absolu ». Une femme de 26 ans est morte, et le pays découvre qu'il tenait à elle.
Justine Decourselle : 1 500 kilomètres sur la route du convoi 71
Le projet s'appelait « La Course contre l'oubli ». Le départ a été donné le 13 avril 2026 depuis le wagon-témoin du Mémorial de Drancy, date anniversaire du départ du convoi 71, le 13 avril 1944. L'arrivée au site de l'ancien camp nazi a eu lieu le 15 mai.
Les chiffres varient selon les sources. Les organisateurs annonçaient 1 500 kilomètres en 33 jours, comme le rappelle Convoi 77. Elle-même parlait de « 1 621 km en 33 jours » dans un entretien cité par la Ville de Drancy, au sortir d'une intervention chirurgicale.
Le tracé suivait les anciennes voies ferrées de la déportation, pas un itinéraire sportif. Le convoi 71 comptait 1 499 déportés, dont 34 des 44 enfants de la maison d'Izieu, Simone Veil, Marceline Loridan-Ivens et Ginette Kolinka, selon le Times of Israël. À l'arrivée, 1 112 personnes ont été gazées ; 117 femmes et 56 hommes sont revenus, aucun enfant.
Tout du long, elle a déposé des galets porteurs de messages de paix, peints par des élèves et des familles. Le geste était presque enfantin, et c'est ce qui le rendait fort.
Justine Decourselle : « je voulais un défi sportif qui ait un sens »
Rien ne la prédisposait à ce combat : ni religion, ni histoire familiale, précise Midi Libre. Son point de départ était son métier, et les récits de ses résidents.
« Je voulais réaliser un défi sportif qui ait un sens et j'ai eu l'idée de cette course contre l'oubli », confiait-elle au quotidien régional. Elle citait deux moteurs : les personnes âgées de son Ehpad qui lui parlaient de la guerre, et « la montée de l'antisémitisme » qui la préoccupait.
Au Times of Israël, elle racontait l'un de ces résidents, âgé de plus de cent ans, qui avait connu Jean Moulin et dont des proches étaient partis en déportation. « J'ai l'impression qu'on n'a pas appris de l'Histoire », disait-elle. Une non-juive portait la mémoire juive, sans mandat.
Justine Decourselle et Ginette Kolinka : deux générations, une même promesse
La rencontre avec Ginette Kolinka, déportée à 19 ans dans ce même convoi 71, a marqué son parcours. La survivante avait salué son initiative avec l'humour qu'on lui connaît : « Notre train n'était pas très confortable, mais c'était moins fatigant que ce qu'elle va faire, elle ».
Kolinka la jugeait « courageuse », et ajoutait une phrase qui dit tout : « Peut-être que ce qu'elle fait va rappeler à ceux qui ont oublié que ça a existé ». Les deux femmes se sont ensuite rendues ensemble devant des collégiens de Pierre Sémard, à Drancy.
Elle est aussi intervenue au collège de l'Immaculée de Bailleul, puis au musée de la Vie rurale de Steenwerck, le 6 juin, selon La Voix du Nord.
Justine Decourselle : la haine en ligne, puis un projet pour Izieu
Midi Libre mentionne un point que les hommages ont peu repris : elle « a également été victime de haine en ligne ». Celle qui courait pour la mémoire juive a été insultée pour cela même.
Le 2 octobre, la ville de Pérols a inauguré une exposition consacrée à sa course, en sa présence et en celle de son compagnon Jérémy. Le couple y a annoncé la suite : une course de Montpellier à Drancy, départ le 26 mars 2027, cérémonie au musée-mémorial d'Izieu le 6 avril.
« Je ferai ce parcours à vélo, comme elle l'a voulu », confie Jérémy à la Ville de Drancy.
Dans l'Aisne, le maire d'Étrépilly, Jean-Pierre Polin, a fait part de son émotion à L'Union, rappelant son passage dans le village le 13 avril. La trace d'un passage de quelques heures, dans une commune de 400 habitants.
Justine Decourselle : ce que sa mort dit de la transmission
Le Figaro a titré « Une "Juste" nous quitte ». Le mot est beau, et il faut le prendre pour ce qu'il est : un hommage, pas un statut. « Juste parmi les Nations » est un titre décerné par Yad Vashem à ceux qui ont sauvé des Juifs.
Justine Decourselle n'a sauvé personne : elle a empêché l'oubli, ce qui est un autre sauvetage, plus lent.
Sa mort tombe à un moment où les actes antisémites restent à un niveau historique en France. Or cette mémoire n'est pas une affaire interne aux Juifs de France.
Nos articles sur la révolte de Sobibor et sur la rafle du ghetto de Rome racontent des anniversaires de révoltes et de rafles. Le parcours de cette infirmière raconte autre chose : la relève.
Justine Decourselle avait 26 ans et aucun lien familial avec la déportation. C'est pour cette raison que son exemple compte : tant que des gens extérieurs à la communauté juive courent 1 500 kilomètres pour elle, l'oubli n'a pas gagné.
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