Révolte du camp de Sobibor : 83 ans après, la mémoire des 3 997 Juifs de France
Le 14 octobre 1943, en fin d'après-midi, les prisonniers juifs du centre de mise à mort de Sobibór se retournaient contre leurs gardes. Environ 300 d'entre eux franchirent les barbelés et le champ de mines. Une cinquantaine survécut à la guerre. La révolte du camp de Sobibor reste l'un des rares soulèvements de la Shoah à avoir réussi.
Ce mardi 14 octobre 2026, le Musée et lieu de mémoire de Sobibór (Pologne) organise sa cérémonie annuelle à 12 heures, à la clairière des fosses communes, indique le programme officiel. L'entrée est gratuite, sans inscription, à partir de 14 ans.
Révolte du camp de Sobibor : six semaines pour tout préparer
Sobibór fut construit au printemps 1942, deuxième des trois centres de mise à mort de l'opération Reinhard après Bełżec et avant Treblinka. Le mémorial polonais y compte environ 180 000 victimes, l'Encyclopédie de la Shoah de l'USHMM en documente au moins 167 000.
Le camp se divisait en trois espaces étanches : le camp I avec la rampe de débarquement et les baraquements de travail, le camp II pour la réception, le déshabillage et le tri des biens, et le camp III, isolé, où se trouvaient les chambres à gaz et les fosses communes, précise l'USHMM.
La résistance clandestine s'organise au printemps 1943 autour du Juif polonais Léon Feldhendler. En septembre, l'arrivée de prisonniers de guerre juifs soviétiques passés par le ghetto de Minsk change la donne : parmi eux, l'officier Alexandre Petchersky, entraîné au combat, transforme un projet d'évasion en plan d'insurrection.
Ce que la révolte du camp de Sobibor a changé
Le 14 octobre 1943, entre 16 et 17 heures, les conjurés attirent plusieurs SS dans les ateliers et les tuent sans bruit, selon le mémorial de Sobibór. À l'appel de l'après-midi, Petchersky prévient les détenus : chacun doit fuir vers la forêt. Neuf SS et deux gardes sont tués pendant le soulèvement.
L'USHMM retient un bilan légèrement supérieur : onze Allemands et plusieurs gardes de Trawniki abattus, puis les gardes restants ouvrent le feu. Plus de cent fuyards sont repris et exécutés dans les jours suivants. Une cinquantaine seulement échappent à la traque et vivent jusqu'en 1945.
Le camp ne survit pas à la révolte. Les Allemands le démantèlent, détruisent le bâtiment des chambres à gaz et assassinent les prisonniers restés sur place, rappelle l'USHMM. L'insurrection, écrit le mémorial, a accéléré la décision de liquidation : l'événement interrompt la machine et devient un acte de résistance juive documenté.
Les Juifs de France à Sobibor : vingt et un rescapés sur 3 997
Sobibór n'a pas été un camp « hollandais » ou « polonais » seulement. Quatre convois de Juifs de France y furent dirigés depuis Drancy, les 4, 6, 23 et 25 mars 1943. Les historiens Sandrine Labeau et Alexandre Doulut, dans une étude pour le Mémorial des 3 943 rescapés, comptent 3 997 déportés pour 21 rescapés, soit 0,5 %.
Le détail du convoi 53 est documenté : 1 008 personnes, dont 118 enfants, parti le 25 mars 1943, avec de nombreuses victimes de la rafle de la rue Sainte-Catherine à Lyon, parmi lesquelles Simon Badinter, le père de Robert Badinter, rappelle la notice du convoi. Sept de ces 1 008 déportés étaient vivants en 1945.
Deux d'entre eux, Antoine Bardach et Joseph Duniec, ont survécu grâce à la révolte du 14 octobre 1943, précise l'étude universitaire, qui s'appuie sur la monographie de Jules Schelvis. Formés en Sonderkommando à l'arrivée, ils font partie des hommes qui se sont portés volontaires pour le travail forcé et ont ensuite pris part à l'insurrection.
Pays-Bas : 34 313 déportés, dix-huit survivants
La Fondation Sobibor, créée en 1999 par le seul survivant du 14e convoi, Jules Schelvis, rappelle dans sa foire aux questions que 34 313 Juifs furent déportés de Westerbork vers Sobibór en dix-neuf transports, entre le 2 mars et le 20 juillet 1943. Dix-huit personnes ont survécu à la guerre : quinze femmes et trois hommes.
Seize de ces survivants ont été sélectionnés au débarquement pour un camp de travail et ont quitté Sobibór le jour même. Deux femmes restées sur place ont traversé l'insurrection : Selma Wijnberg-Engel et Ursula Stern, arrivées par le même transport du 6 avril 1943 et citées par la Fondation Sobibor.
À Włodawa, une soirée pour conclure la commémoration
À 12 h 30, l'historien Florian Ross, de l'association Bildungswerk Stanisław Hantz, donnera une conférence sur l'Allée du souvenir, née en 2003 de l'initiative d'organisations allemande, néerlandaise et polonaise, selon le musée. À 17 heures, un concert de Jascha Lieberman (violon, alto) et Łukasz Pawlikowski (violoncelle) clôturera la journée à la grande synagogue de Włodawa.
Les Pays-Bas ont choisi une autre date : le dimanche 11 octobre 2026, le musée de la Résistance d'Amsterdam et la Fondation Sobibor ont organisé leur rencontre annuelle « Sobibor : résistance et espoir », avec la remise du prix Jules Schelvis à 16 h 30, destiné aux jeunes qui transmettent cette histoire.
Cette mémoire s'est construite par corrections. Le monument de 1965 puis le musée de 1993 portaient une plaque évoquant 250 000 victimes soviétiques, puis 250 000 Juifs, rappelle le mémorial. Les historiens retiennent aujourd'hui un bilan d'environ 180 000 morts. La révolte du camp de Sobibor n'a pas seulement sauvé cinquante personnes : elle a rendu possible de nommer les autres.