Rafle du ghetto de Rome : la communauté juive veut écarter l'ANPI des commémorations
La rafle du ghetto de Rome a arraché 1 022 Juifs de la capitale italienne le 16 octobre 1943. Quatre-vingt-trois ans plus tard, cette commémoration se tient dans un climat de rupture entre la communauté juive romaine et l'association nationale des partisans.
Le 14 octobre 2026, Victor Fadlun, président de la communauté juive de Rome, a demandé à l'ANPI de ne pas prendre part aux cérémonies du 83e anniversaire. Le lendemain, la présidence provinciale de l'ANPI de Rome a répondu qu'elle se rendrait à la cérémonie, comme chaque année.
Rafle du ghetto de Rome : 1 022 déportés, seize survivants
Le 16 octobre 1943, au petit matin, les nazis ont arrêté 1 254 personnes dans le quartier du Portique d'Octavie et dans plusieurs autres quartiers de Rome, avant d'en déporter 1 022 vers les camps d'extermination, selon Rai News.
Seize personnes sont revenues, aucun enfant. L'ANPI rappelle elle-même, dans son communiqué, le rôle de la Gestapo, des SS et de la police allemande, ainsi que la complicité de collaborateurs fascistes de la République sociale italienne.
« Le 16 octobre est le jour le plus douloureux de l'histoire des Juifs de Rome », a écrit Victor Fadlun dans sa déclaration publiée par Shalom, le magazine de la communauté juive romaine.
La communauté juive demande à l'ANPI de faire un pas en arrière
L'invitation adressée à l'ANPI s'appuie sur une série d'épisodes de rue. Victor Fadlun invoque les contestations des drapeaux israéliens et de la Brigade juive lors des défilés du 25 avril, notamment les deux heures de vives tensions à Milan entre la section de la Brigade juive et d'autres participants, rapporte l'ANSA.
Il reproche aussi au président national de l'ANPI d'avoir jugé « inopportuns » les drapeaux israéliens dans ces cortèges. « Le 16 octobre ne peut pas devenir le lieu de nouvelles déchirures », écrit le président de la communauté juive, qui juge que la mémoire des déportés doit être protégée.
Ceux qui se sont montrés complaisants envers la violence pro-palestinienne ne peuvent, selon lui, se présenter le 16 octobre « comme si tout cela ne signifiait rien ». Il demande à l'association des partisans de réfléchir à ses responsabilités et « d'avoir la sensibilité, si ce n'est la pudeur, de faire un pas en arrière ».
L'ANPI confirme sa présence le 16 octobre
L'ANPI de Rome a refusé de se retirer. « L'ANPI, comme toujours, participera à la cérémonie de commémoration promue et organisée par la Ville de Rome », indique sa présidence provinciale. L'association cite la mémoire, l'histoire et « les valeurs de l'antifascisme incarnées par la Constitution ».
Son communiqué ouvre un second front. L'ANPI rappelle que deux de ses adhérents ont été blessés par des tirs d'une arme à air comprimé lors du 25 avril, épisode pour lequel une procédure judiciaire vise une personne qui se serait présentée comme membre de la Brigade juive.
L'association affirme attendre encore la solidarité de Victor Fadlun pour ses blessés. Elle invoque aussi les tensions du 25 avril 2024 à Porta San Paolo, à Rome. L'ANPPIA, l'association des partisans chrétiens de Rome, l'IRSIFAR et le Circolo Gianni Bosio lui ont apporté leur soutien.
La rupture est d'autant plus visible qu'un accord de réconciliation avait été conclu en juillet entre l'ANPI et l'Union des communautés juives italiennes, rappelle Moked, la revue de presse du monde juif italien.
Rafle du ghetto de Rome : une mémoire disputée, 83 ans après
La controverse romaine dépasse le cadre italien. Elle montre comment le souvenir de la Shoah devient un terrain de friction avec une partie de la gauche antifasciste dès que la mémoire de l'État juif y est en jeu.
Ce clivage, la France le connaît aussi, de la profanation de la plaque des Justes à Paris aux débats sur les hommages municipaux du 7-Octobre.
À Rome, la rafle du ghetto de Rome reste attachée à un chiffre : 1 022 déportés, seize survivants, aucun enfant. C'est cette comptabilité du vide que la communauté juive de la capitale a voulu protéger, en demandant à ceux qui contestent le drapeau israélien de rester à l'écart le 16 octobre.
La mémoire de la Shoah occupe une place comparable dans nos colonnes. Le 83e anniversaire de la révolte du camp de Sobibor a rappelé le 14 octobre que la transmission de ces faits reste une responsabilité politique en Europe.