Isaac Herzog accuse l'Europe d'antisémitisme : « blâmer les Juifs est redevenu le mode par défaut »
Isaac Herzog accuse l'Europe d'antisémitisme et vise explicitement la France. Dimanche 11 octobre 2026, à Jérusalem, le président de l'État d'Israël a reçu une délégation du Consistoire de France conduite par son président Élie Korchia et accompagnée du grand rabbin de France, Haïm Korsia, rapporte i24NEWS.
« Blâmer les Juifs est redevenu, une fois encore, le mode par défaut », a déclaré le chef de l'État hébreu selon World Israel News, qui relaie l'agence TPS. Il décrit « la solution la plus facile, un déguisement cathartique » de « la colère et de la déception suscitées par les échecs et les peurs de l'Europe elle-même ».
Isaac Herzog accuse l'Europe d'antisémitisme devant le Consistoire de France
La délégation réunissait des dirigeants communautaires et des responsables publics venus de toute la France, précise Arutz Sheva. Le Consistoire central, fondé par décret de Napoléon en 1808, fédère seize consistoires régionaux et environ 250 synagogues, rappelle le Crif.
« Je sais qu'il n'est pas facile d'être juif dans le monde. Il n'est certainement pas facile d'être juif en France », a lancé Isaac Herzog à ses hôtes. Le pays a recensé 1 570 actes antisémites en 2024, pour moins de 1 % de la population, selon le Crif.
« Pas facile d'être juif en France » : ce que dénonce le président israélien
Le président israélien a tracé une frontière entre la critique légitime et ce qu'il qualifie d'hostilité globale. « Être en désaccord avec Israël sur sa stratégie ou sur la voie politique qu'il choisit relève du débat légitime », a-t-il déclaré, cité par i24NEWS.
« Mais ce n'est pas ce qui se joue en Europe et en France. Nous assistons à de purs boucs émissaires », a-t-il ajouté. Il a rattaché cette séquence à l'histoire du continent, en évoquant une Europe qui « s'en est prise à ses Juifs » peu avant la Shoah et qui « diabolise » aujourd'hui Israël.
« Tandis que ses communautés juives se replient de peur », avait-il poursuivi, des communautés qu'il décrit comme forcées « une fois encore, dans une posture défensive entre deux identités ».
Boycotts et sanctions : une « grave erreur » qui épargne le Hamas
Isaac Herzog a jugé « grave erreur » le rejet en bloc d'Israël et les tentatives de l'isoler. Il y voit un aveuglement sur « les périls très réels » que l'État hébreu affronte et sur le « rôle critique » qu'il joue dans la défense de l'Europe, selon World Israel News.
Sur les campagnes de boycott, la formule est plus dure. « Appeler au boycott et aux sanctions n'est pas seulement moralement faux. Cela traduit un profond éloignement de l'héritage intellectuel de l'Europe tout en parlant aux ombres les plus sombres de son passé », a-t-il dit.
Et d'ajouter que ces pressions « nuisent d'abord aux Palestiniens, en les privant d'emplois et de revenus », tout en exonérant « la direction corrompue du Hamas » de ses crimes contre son propre peuple.
Paris-Jérusalem : une séquence française sous tension
La rencontre survient dans une actualité française chargée. Fin septembre, Mediapart a publié des écrits antisémites attribués à Jordan Bardella, datant de 2013, démentis par le président du Rassemblement national, qui a annoncé une plainte en diffamation.
Le ministère de l'Intérieur a engagé dimanche une procédure de dissolution contre Égalité et Réconciliation, l'association d'Alain Soral, pour antisémitisme et négationnisme. Rare par son ampleur en Europe, cette décision s'inscrit dans le climat que le président israélien juge structurel.
Le même week-end, le salon de l'aliyah de Paris a réuni plus de 600 familles, selon Radio J, dont une large part souhaite s'installer en Israël. Deux signaux opposés, un même arrière-plan : une communauté qui se sent visée.
Isaac Herzog accuse l'Europe d'antisémitisme, mais tend la main à la France
Le président israélien n'a pourtant pas fermé la porte. « La France et Israël sont liés l'un à l'autre par des liens profonds et pesants d'histoire et de destin, et par d'innombrables histoires familiales », a-t-il souligné, selon Arutz Sheva.
Il appelle à intensifier les coopérations scientifiques, économiques, culturelles et universitaires entre Paris et Jérusalem. Un message qui tranche avec le constat livré cet été par Yonathan Arfi, le président du Crif, selon qui la relation franco-israélienne est à son plus bas historique.
Article rédigé par la rédaction de Le Monde Juif.