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Écrits antisémites attribués à Jordan Bardella : le RN riposte en justice contre Mediapart

2026-09-29
Écrits antisémites attribués à Jordan Bardella : le RN riposte en justice contre Mediapart

Écrits antisémites attribués à Jordan Bardella : Mediapart a publié lundi 28 septembre une série de messages privés datant de 2013, dans lesquels le président du Rassemblement national aurait théorisé un complot juif mondial. Jordan Bardella conteste « formellement » et annonce une plainte en diffamation.

Écrits antisémites attribués à Jordan Bardella : ce que révèle l'enquête de Mediapart

L'enquête, signée Alexandre Berteau et Antton Rouget, a été mise en ligne lundi 28 septembre à 15h27 sur le site de Mediapart. Elle repose sur « des dizaines de conversations écrites issues d'une base documentaire plus large agrémentée de témoignages », que le journal d'investigation dit avoir authentifiées de manière indépendante.

Interrogé par franceinfo, l'un des coauteurs, Alexandre Berteau, a maintenu la publication : « Ces écrits sont bien signés de la main de Bardella ». Le journaliste, chargé du suivi de l'extrême droite, juge le contenu tellement compromettant qu'il ne laisse selon lui qu'une issue, « agiter des écrans de fumée ».

Les faits remontent à 2013. Jordan Bardella, alors âgé de 17 ou 18 ans et militant du Front national en Seine-Saint-Denis, écrit à sa propre communauté de discussion, selon Mediapart. Le média a inscrit ses révélations dans un dossier intitulé « Rassemblement national : les faux-semblants de la dédiabolisation ».

« Toutes les banques sont détenues par des Juifs » : les phrases exhumées

La phrase la plus citée condense le mythe du complot juif mondial : « Le juif doit dominé (sic) les autres peuples, les écraser et les voler, un sioniste est forcément juif, et en profondeur ».

Le Times of Israël recense les autres extraits attribués au président du RN : « Toutes les banques sont détenues par des Juifs », l'affirmation d'un « Nouvel Ordre Mondial dominé par Israël, avec bien sûr Jérusalem comme capitale », ou encore une supposée « mainmise de la communauté juive-sioniste sur le pays ».

Mediapart cite aussi une séquence sur les ministères, dont les postes les plus importants reviendraient « à des personnes pour qui Israël et l'intérêt bancaire priment sur les intérêts Français ». Trois noms sont cités : Laurent Fabius, Pierre Moscovici et Manuel Valls, ministres du quinquennat de François Hollande.

« Faux grossiers » et plainte en diffamation : la riposte du président du RN

Selon Le Parisien, le président du RN a répondu par courriel à Mediapart contester « formellement » avoir « tenu, en public, comme en privé, par oral ou par écrit, des propos racistes ou antisémites de ce type ». Il dénonce des « faux grossiers » et « une véritable opération de barbouzerie ».

Dans le même message, il souligne qu'il n'était « pas militant actif au sein du Front national durant l'été 2013 », et qu'il était alors mineur. Le Parisien rappelle pourtant qu'il confiait en 2025 avoir « commencé (la politique) à 16 ans », après avoir rejoint le parti un an et demi plus tôt.

Lundi soir sur CNews, Jordan Bardella a annoncé une plainte en diffamation contre Mediapart, et menacé de poursuivre le média pour « faux » s'il publiait des documents, rapporte Le Figaro. Son avocat, Me David Dassa-Le Deist, a évoqué sur LCI d'anciens cadres évincés du parti.

Marine Le Pen a écarté l'affaire d'un revers, y voyant une « barbouzerie dont Mediapart a le secret », rapporte le Soir. À gauche, Marine Tondelier a réclamé sa démission de toutes ses fonctions, quand Éric Ciotti l'a défendu comme « un ami sincère de la communauté juive », selon Linternaute.

Écrits antisémites attribués à Jordan Bardella : la réaction du Crif

Auprès de l'AFP, le président du Crif Yonathan Arfi a réagi sans détour : « C'est une illustration des limites de la dédiabolisation du Rassemblement national ». La formule vise une stratégie engagée depuis 2011 par Marine Le Pen pour rendre son parti fréquentable.

« Je suis comme chacun stupéfait par la violence des propos antisémites attribués à Jordan Bardella, que même la jeunesse ne saurait évidemment expliquer », a ajouté Yonathan Arfi. Pour le président du Crif, le RN reste un « refuge des identitaires et des complotistes » dont l'ADN « n'a pas fondamentalement changé ».

Une « jeunesse » qui ne règle pas la question

L'argument de l'âge se heurte au contenu même des messages, qui ne relèvent pas d'une sortie ponctuelle mais d'une vision structurée du monde, répétée sur plusieurs mois selon l'enquête. Le complotisme y occupe la place centrale, mêlant banques, ministères et Israël.

Le contraste est d'autant plus net que Jordan Bardella a été invité en mars 2025 par le ministre israélien de la Diaspora, Amichai Chikli, à une conférence internationale de lutte contre l'antisémitisme à Jérusalem, rappelle le Times of Israël. Il se présente depuis comme un rempart face à l'islamisme.

Écrits antisémites attribués à Jordan Bardella : et maintenant ?

Mediapart a annoncé un nouvel épisode « mardi », soit ce mardi 29 septembre, et Jordan Bardella dit redouter un « feuilletonnage » de l'affaire. La publication intervient en pleine campagne présidentielle, alors que le président du RN est annoncé comme futur Premier ministre en cas de victoire de Marine Le Pen en 2027.

Pour la communauté juive de France, le dossier rouvre un débat ancien, celui de l'alliance avec la droite nationale. Une enquête du Parisien rappelait en 2025 que la tentation de l'extrême droite avait gagné une partie des électeurs juifs après le 7 Octobre, sur fond de sentiment d'abandon.

Le débat porte désormais moins sur 2013 que sur ce qui suit : après la condamnation de la kippa dans l'espace public et les appels interreligieux du pape Léon XIV, les institutions juives réclament des clarifications sur les écrits antisémites attribués à Jordan Bardella, plutôt que des dénégations.