Appel de Metz interreligieux : Léon XIV et le grand rabbin Korsia signent un texte commun pour la paix
Appel de Metz interreligieux : le pape Léon XIV et les six responsables des cultes de France, dont le grand rabbin Haïm Korsia, ont signé ce lundi 28 septembre à Metz un texte commun consacré au dialogue interreligieux et à la paix.
Appel de Metz interreligieux : six responsables de culte aux côtés du pape
La séquence s'est tenue à 10h00 au Centre des congrès Robert Schuman, pour le dernier jour du voyage apostolique de Léon XIV en France, selon le programme officiel du Vatican.
Autour du pape, la Conférence des responsables de culte en France (CRCF) était représentée par le cardinal Jean-Marc Aveline pour les catholiques, Christian Krieger pour les protestants, Haïm Korsia pour le judaïsme, Chems-Eddine Hafiz pour l'islam, Mgr Dimitrios pour les orthodoxes et Antony Boussemart pour les bouddhistes, selon Tribune Chrétienne.
Le texte, baptisé « l'Appel de Metz », a été lu à 10h26 devant l'assemblée, avant d'être paraphé par les six responsables puis par le pontife lui-même, confirme la Conférence des évêques de France.
Le Parisien précise qu'il a été lu par les « numéros deux » de chaque culte, pour une question de parité : tous les chefs de culte présents sont des hommes.
« Dialoguer ne diminue pas notre identité »
Christian Krieger, président de la Fédération protestante de France, avait résumé la portée du document à l'AFP : un texte « axé sur le dialogue interreligieux et la paix ». La CRCF existe depuis novembre 2010 et rassemble régulièrement les six confessions représentées à Metz.
La Conférence des évêques de France rappelle de son côté que cette instance n'a pas vocation à former un « front des religions », mais à permettre une concertation entre cultes. La signature du pape, en personne, donne toutefois à la rencontre une portée particulière que le texte seul n'aurait pas eue.
Invoquer Dieu pour la violence, une « profanation »
Prenant la parole après les représentants des cultes, Léon XIV a livré la phrase la plus reprise de la matinée : « Invoquer le nom de Dieu pour légitimer la violence ou l'oppression est une profanation de ce nom ». Le discours intégral est publié par La Croix.
Le pape y ajoute que « rien de ce qui défigure la dignité humaine ne peut se réclamer d'une authentique inspiration divine » et que « le discours religieux doit appeler constamment à désarmer les cœurs et les mots ».
Il a également abordé la fin de vie, dossier sensible en France, en demandant d'entourer les plus fragiles « de soins, de présence et de tendresse, surtout dans l'épreuve, jusqu'au bout », relève Linternaute en direct de Metz.
Aucune de ses prises de parole n'a évoqué le Proche-Orient, ni la guerre à Gaza, ni la visite secrète de Benjamin Netanyahou à Abou Dhabi.
Pourquoi Metz, et pourquoi maintenant
Le Saint-Siège a retenu Metz, ville frontalière marquée par « trois guerres et deux annexions », pour porter un message de paix au cœur d'une Europe bousculée. Le Centre des congrès porte le nom de Robert Schuman, député de la Moselle et père de la construction européenne.
Robert Schuman, fervent catholique, a été déclaré « vénérable » par le Vatican en 2021, une étape sur le chemin d'une éventuelle béatification. La rencontre survient quarante ans après la journée d'Assise du 27 octobre 1986, où Jean-Paul II avait réuni les grandes religions pour prier pour la paix.
L'initiative de la séquence messine a été portée par le cardinal Aveline dès le printemps, avant même la confirmation vaticane du voyage, rapporte La Croix : l'invitation formelle est partie le 7 juillet.
L'orchestre et les chœurs de l'Opéra national de Metz, dirigés par le compositeur Laurent Couson, ont accompagné la cérémonie par des œuvres en latin, en hébreu et en arabe.
Appel de Metz interreligieux : un contexte français sous tension
L'appel a été signé dans une France fracturée, alors que les actes antisémites documentés restent à un niveau élevé et que plusieurs synagogues ont été visées ces derniers mois, comme à Liège et Anvers. Dans ce climat, la signature conjointe du grand rabbin et du recteur de la Grande Mosquée de Paris a une portée symbolique forte.
Ce jour-là, c'est pourtant un autre lien avec le judaïsme qui a été le plus commenté. Clôturant son discours, Emmanuel Macron a rappelé « une formule ashkénaze reprise par nos amis allemands », « heureux comme Dieu en France », avant de conclure : « nous dirons désormais heureux comme Léon XIV chez nous ».
Le chef de l'État assistait pour la première fois à une messe au cours de ce voyage de quatre jours, un geste que l'Élysée avait écarté au départ.
À Metz, l'Appel cède ensuite la place à l'Europe
À 11h00, la séquence « Aux racines de l'Europe pour la paix et l'unité » a réuni plusieurs dirigeants européens, dont le Grand-Duc Guillaume de Luxembourg et le prince Albert II de Monaco. « L'Europe doit retrouver le courage de ses fondateurs », a lancé Emmanuel Macron, selon Linternaute.
Léon XIV devait ensuite célébrer une messe à 16h00 en la cathédrale Saint-Étienne, comme Jean-Paul II en 1988, puis quitter Metz-Nancy-Lorraine à 19h00 pour Rome. L'Appel de Metz interreligieux restera, lui, la trace écrite d'une journée où six confessions ont signé le même paragraphe.