Israël

Trump soutient Netanyahu à neuf jours des législatives israéliennes

2026-10-19
Trump soutient Netanyahu à neuf jours des législatives israéliennes

Le président américain a tranché, et il l'a fait par écrit. Dimanche 18 octobre, à neuf jours du scrutin israélien du 27 octobre, Trump soutient Netanyahu sans réserve dans un message adressé aux « grands citoyens d'Israël » et publié sur son réseau Truth Social, rapporte Le Figaro.

Le message n'est pas une nuance diplomatique. Il se termine par une phrase en majuscules, reprise par tous les médias israéliens : « BIBI NETANYAHU NE VOUS DÉCEVRA JAMAIS ! », selon la traduction publiée par i24NEWS.

Trump soutient Netanyahu après avoir dit le contraire trois jours plus tôt

Le revirement est daté. Jeudi 15 octobre, interrogé sur Newsmax, Donald Trump avait affirmé qu'il n'avait même pas réfléchi à soutenir un candidat en Israël, tout en laissant la porte ouverte, rappelle le Times of Israel.

Dimanche, la porte s'est refermée dans l'autre sens. Selon le Jerusalem Post, plusieurs proches conseillers du président s'opposaient à un soutien public, et l'un des arguments décisifs aurait été fourni par John McLaughlin, sondologue travaillant à la fois pour Trump et pour Netanyahou.

« Un grand Premier ministre en temps de guerre » : les mots du message

Donald Trump décrit d'abord un combattant. Netanyahou est « un grand Premier ministre en temps de guerre, et un partenaire encore plus grand pour la paix dans la lutte contre la République islamique d'Iran », écrit-il, en référence aux 51 ans de slogans « Mort à Israël, Mort à l'Amérique » du régime iranien.

La phrase la plus lourde est une menace voilée pour les électeurs israéliens. « Si Israël a le mauvais dirigeant, c'est-à-dire n'importe qui d'autre que Bibi, l'Amérique devra faire ce travail elle-même, et je ne suis pas enclin à le faire », prévient le président, cité par i24NEWS.

À Jérusalem, un remerciement et un appel aux indécis

Benyamin Netanyahou a répondu dans l'heure sur X. « Merci, Monsieur le Président Trump, pour votre immense soutien et pour notre travail en commun. Ensemble, nous mènerons la mission à son terme ! », a écrit le Premier ministre, qui a aussi publié en anglais un message insistant sur le nucléaire iranien.

Le chef du gouvernement a ensuite transformé l'appui en argument de campagne. Il a appelé les électeurs indécis à « écouter » Donald Trump, en faisant valoir que le scrutin portait sur « la survie d'Israël, la garantie de l'éternité d'Israël », selon La Croix.

Le calendrier électoral ajoute à la tension. Netanyahou, 77 ans mercredi 21 octobre, dirige le pays depuis plus de dix-huit ans et affronte Gadi Eisenkot dans une course que les sondages donnent serrée, pour le premier scrutin organisé depuis le 7 octobre 2023.

Trump soutient Netanyahu, mais Israël prépare déjà l'après-Trump

Le même dimanche, à Jérusalem, le Premier ministre a tenu une conférence de presse de sécurité de près de deux heures, la première en présentiel depuis le 7 octobre 2023, boycottée par plusieurs grands médias israéliens, selon le Times of Israël.

Il y a présenté sa doctrine de sécurité actualisée, fondée sur la frappe préventive plutôt que sur l'endiguement, et promis la chute du régime iranien. « Le régime doit tomber, et je le ferai tomber », a-t-il déclaré, alors que les campagnes de 2025 et 2026 n'ont pas renversé Téhéran.

Le contraste avec le soutien américain est frappant. Selon l'agence PTI, reprise par le New Indian Express, Netanyahou a averti que « dans deux ans, un président, homme ou femme, pourrait arriver au pouvoir et être très hostile à Israël ».

Il en a tiré une conséquence stratégique. Israël doit, selon lui, bâtir d'autres alliances, notamment avec l'Inde et les pays d'Amérique latine, où il voit « un changement majeur », jusqu'à évoquer un bouleversement possible au Brésil « dans quelques jours ».

Araghchi, Eisenkot, Katz : les réactions

Téhéran n'a pas tardé. Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Abbas Araghchi, a répondu sur X : « La dernière fois que vous avez voulu finir le travail, l'Iran en est sorti encore plus fort. Vous voulez retenter votre chance ? Comme vous voulez. Mais faites attention ; nous avons aussi du travail à finir », rapporte La Croix.

À Tel-Aviv, Gadi Eisenkot a gardé la ligne d'un scrutin souverain. Son entourage a souligné que « seuls les Israéliens pouvaient choisir leur dirigeant », tout en assurant que le rival du Premier ministre « admirait le président américain », selon l'AFP.

Le camp gouvernemental s'est empressé de capitaliser. Le ministre de la Défense Israël Katz a salué un soutien « sans équivoque » et un message stratégique pour la sécurité d'Israël, tandis que Bezalel Smotrich a jugé que la droite devait « continuer à diriger l'État d'Israël », d'après le Jerusalem Post.

Trump soutient Netanyahu : ce que le 27 octobre décide vraiment

Derrière les congratulations, le scrutin du 27 octobre reste une équation israélienne. Yaïr Lapid et Gadi Eisenkot ont qualifié la doctrine présentée dimanche d'opération électoraliste, en rappelant les échecs du 7-Octobre, la conscription des ultra-orthodoxes et l'isolement diplomatique du pays.

La campagne s'est déjà déroulée sous le signe de la désinformation, comme nous l'avons documenté dans notre article sur les vidéos générées par IA qui submergent les législatives. Le rapport de forces politique, lui, a été posé dès septembre dans notre analyse sur Netanyahou face à Eisenkot.

Reste une ironie que la campagne ne dit pas. Que Trump soutient Netanyahu ne garantit rien à Israël : le président américain a déjà traité le Premier ministre de « fou » en juin, avant de le sacrer « grand guerrier » en octobre. Et Netanyahou lui-même prépare désormais un monde où Washington pourrait cesser d'être un allié sûr.