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Plainte de l'UEJF contre le RN : après Orléans, la justice saisie pour « violences en réunion »

2026-10-27
Plainte de l'UEJF contre le RN : après Orléans, la justice saisie pour « violences en réunion »

La plainte de l'UEJF contre le RN transforme un incident de congrès en affaire judiciaire. Dimanche 25 octobre, à Orléans, des militants de l'Union des étudiants juifs de France ont déployé une banderole pendant le discours de Jordan Bardella. Hués, bannière déchirée, ils ont été exfiltrés par le service d'ordre. Deux jours plus tard, leurs avocats saisissent la justice.

Le dépôt de plainte est un acte écrit, pas une déclaration d'intention. Selon Le Figaro, qui révèle l'information mardi 27 octobre, l'organisation étudiante porte plainte pour « violences en réunion » et « dénonciation calomnieuse ».

Les faits tiennent en une banderole. « Bardella réélu : le racisme et l'antisémitisme ça ne dérange pas le RN, au contraire ! », pouvait-on lire sur le tissu, selon Le Parisien. Le reste est une question de droit, et de dignité.

Plainte de l'UEJF contre le RN : ce que disent les avocats

Plainte de l'UEJF contre le RN : deux qualifications, un même récit

Les conseils de l'UEJF sont Sacha Gholzan et Lucas Veil. Ils décrivent une « action strictement pacifique » destinée à dénoncer le racisme et l'antisémitisme au sein du parti, et annoncent une « plainte récapitulative » remise à la procureure de la République d'Orléans.

Cette plainte s'ajoute à celles déposées dès le 25 octobre au commissariat. La chronologie compte : les faits ont été consignés à chaud, avant la communication du parti.

Plainte de l'UEJF contre le RN : le nez cassé et les traces de strangulation

Les blessures décrites sont précises, et ce sont elles qui qualifient l'infraction. Les militants ont été « frappés, étranglés, insultés et menacés, avant d'être brutalement exfiltrés par le service d'ordre ». Plusieurs présentent « une fracture du nez, des hématomes, des traces de strangulation, des coups portés à la tête et au corps ».

France 3 Centre-Val de Loire a recueilli le récit direct des victimes. Le titre de son reportage résume la scène : « Ils se sont mis à les tabasser ». On est loin du happening étudiant et très près du délit.

Plainte de l'UEJF contre le RN : ce qui s'est passé à Orléans

Plainte de l'UEJF contre le RN : la banderole et la salle

Le congrès se tenait les 24 et 25 octobre, dans une salle acquise au parti. Jordan Bardella venait d'être réélu à sa tête avec 98,98 % des voix, seul candidat, selon France 24. Marine Le Pen lui avait proclamé sa « confiance à 1 000 % » et l'avait déclaré « innocent ».

La banderole a été déployée pendant son discours. Les militants ont été hués par la salle, leur bannière déchirée, puis ils ont été sortis par le service d'ordre. Aucune vidéo consultée par la presse ne montre d'agression préalable de leur part.

Plainte de l'UEJF contre le RN : deux gardes à vue levées en quelques heures

Le service d'ordre a riposté sur le terrain juridique. Des responsables ont affirmé que des responsables de l'UEJF avaient elles aussi commis des violences. « Ces allégations sont parfaitement mensongères », répondent les avocats, qui précisent que deux étudiantes ont été placées en garde à vue « sans aucun fondement » avant que la mesure ne soit levée.

C'est le point le plus grave du dossier. Des jeunes filles juives ont été traitées en suspectes pour avoir dénoncé l'antisémitisme.

Plainte de l'UEJF contre le RN : le parti parle d'« ultragauche »

Plainte de l'UEJF contre le RN : la riposte de Bardella

À la sortie du meeting, Jordan Bardella a désigné ses adversaires. Il a dénoncé « l'ultragauche » venue selon lui « perturber gravement » l'événement et « s'en prendre à des militants pacifiques » et « à des familles ».

Le procédé permet de ne pas répondre sur le fond. L'UEJF, organisation étudiante juive fondée en 1944, manifeste depuis des années contre l'antisémitisme à gauche comme à l'extrême droite. La requalifier en « ultragauche » évite la seule question qui compte : les écrits antisémites attribués à Bardella par Mediapart.

Plainte de l'UEJF contre le RN : un journaliste de Mediapart poussé dans les escaliers

La scène ne concerne pas que des militants juifs. Un journaliste de Mediapart présent au congrès a indiqué s'être fait « choper violemment » par le service d'ordre, qui l'aurait ensuite « poussé dans les escaliers », alors qu'une femme dans le public lui lançait de « retourner au bled ».

Les journalistes de Mediapart ont quitté les lieux, leur sécurité n'étant pas assurée. Un parti qui expulse la presse et frappe des manifestants le même après-midi ne tolère plus aucun contradicteur.

Plainte de l'UEJF contre le RN : la fracture communautaire

Plainte de l'UEJF contre le RN : Arno Klarsfeld accorde sa « confiance » à Bardella

Toute la communauté juive ne parle pas d'une seule voix, et il faut le dire. Le 24 octobre, l'avocat Arno Klarsfeld a accordé sa « confiance » à Jordan Bardella malgré les révélations de Mediapart, selon Le Monde, précisant s'exprimer aussi au nom de son père Serge, le « chasseur de nazis ».

Cette prise de position a été abondamment reprise par le RN. Elle offre au parti un alibi communautaire à moindre coût : un nom prestigieux, une phrase, et l'idée que l'accusation d'antisémitisme serait une affaire de spécialistes.

Plainte de l'UEJF contre le RN : deux légitimités, deux stratégies

Klarsfeld parie sur l'influence, l'UEJF parie sur le droit. L'un crédibilise un parti en quête de respectabilité ; l'autre dépose plainte et documente des bleus. Deux stratégies anciennes, rarement aussi divergentes.

Le RN, lui, a tranché. Il a fait sortir manu militari des étudiants juifs d'une salle de congrès, puis a qualifié leur organisation d'ultragauche. Ce n'est pas une erreur de communication, c'est un signal envoyé à sa base.

Plainte de l'UEJF contre le RN : ce que la justice dira

La plainte est désormais entre les mains de la procureure de la République d'Orléans. Violences en réunion et dénonciation calomnieuse sont des qualifications correctionnelles : elles n'exigent pas de prouver une intention antisémite, seulement des coups et un mensonge.

Un parti reconduit à 98,98 % ne craint pas ce genre de dossier. C'est bien pourquoi il faut le documenter, ligne par ligne. Nous avions raconté, le 29 septembre, la riposte judiciaire du RN contre Mediapart sur les écrits attribués à son président ; un mois plus tard, ce sont des étudiants juifs blessés à Orléans.

Article rédigé par la rédaction du Monde Juif.