Mémoire

Mémorial de la Shoah : 70 ans après 1956, l'héritage Klarsfeld à l'épreuve de l'antisémitisme

2026-10-25
Mémorial de la Shoah : 70 ans après 1956, l'héritage Klarsfeld à l'épreuve de l'antisémitisme

Dimanche 25 octobre 2026, 11 heures. Au 17, rue Geoffroy-l'Asnier, à Paris, vingt personnes maximum sont attendues pour un atelier du Mémorial de la Shoah consacré à Beate et Serge Klarsfeld. L'événement affiche complet.

Il s'inscrit dans les 70 ans de la création du Mémorial du Martyr juif inconnu, inauguré le 30 octobre 1956 et devenu Mémorial de la Shoah en 2005. Un anniversaire qui tombe au moment où l'héritage du couple est de nouveau disputé.

Mémorial de la Shoah : de la clandestinité de 1943 au musée de 2005

Un fonds d'archives né sous l'Occupation

Le 28 avril 1943, alors que la France est occupée, Isaac Schneersohn réunit une quarantaine de responsables juifs dans un appartement de la rue Bizanet, à Grenoble. L'objectif est de rassembler les preuves de la persécution des Juifs pour pouvoir témoigner et demander justice après la guerre.

Ce fonds prend le nom de Centre de documentation juive contemporaine. Ses archives serviront au procès de Nuremberg, rappelle le Mémorial de la Shoah. La mémoire y est d'abord un travail d'archivistes, commencé dans la clandestinité.

1953, 1956, 2005 : trois dates pour le Mémorial de la Shoah

La première pierre du Tombeau du martyr juif inconnu est posée le 17 mai 1953, sur un terrain cédé par la Ville de Paris. Le bâtiment est inauguré le 30 octobre 1956 devant cinquante délégations de communautés juives du monde entier. En février 1957, des cendres des camps d'extermination et du ghetto de Varsovie sont déposées dans la crypte.

Le monument est classé en 1991, puis le Mémorial de la Shoah ouvre en janvier 2005. La Ville de Paris inscrit ce 70e anniversaire dans une programmation qui court jusqu'en novembre. Une rencontre est prévue le 29 novembre, en prélude au colloque international « 1956, Le Moment Mémorial » de mars 2027.

Le 15 décembre, un hommage aux fusillés du Mont-Valérien doit réunir Serge Klarsfeld et plusieurs historiens, selon l'agenda de la Ville de Paris. La transmission se poursuit donc bien au-delà de la seule cérémonie d'anniversaire.

Les Klarsfeld, la mémoire comme instruction judiciaire

Klaus Barbie, Maurice Papon, Paul Touvier

L'atelier du 25 octobre revient sur un demi-siècle de traque. Beate, née dans l'Allemagne de guerre, et Serge, dont le père est mort à Auschwitz, ont documenté les persécutions et poussé la justice à agir. Le Monde rappelle que Serge Klarsfeld a œuvré pour traduire en justice les artisans de la Shoah, dont Klaus Barbie, Maurice Papon et Paul Touvier.

La mémoire, chez eux, n'est pas un recueillement passif. Elle est une procédure, avec des archives, des plaintes et des verdicts. Leur travail a transformé des souvenirs familiaux en preuves recevables devant les tribunaux.

Un atelier complet au Mémorial de la Shoah

La session dure une heure et demie, elle est gratuite et limitée à vingt participants. Le Mémorial de la Shoah la présente comme un hommage au couple et à ses combats. Les places ont été prises d'assaut, signe que la mémoire des Klarsfeld attire encore.

Leur histoire doit aussi devenir un film, porté par Yvan Attal, avec Diane Kruger et Dany Boon. Le cinéma s'empare d'une histoire qui n'a jamais cessé d'être actuelle. Le récit promet de montrer un couple qui a refusé de laisser le passé justifier l'inaction.

L'héritage Klarsfeld à l'épreuve de la politique française

Arno Klarsfeld réaffirme sa confiance à Jordan Bardella

L'actualité rattrape le centenaire. Le 24 octobre, Le Monde révèle qu'Arno Klarsfeld, avocat et fils du couple, maintient sa confiance à Jordan Bardella malgré les révélations de Mediapart sur des écrits antisémites de jeunesse.

« Je fais confiance à Jordan Bardella », déclare-t-il, en saluant ses propos contre un antisémitisme venu « essentiellement d'une grande partie de l'extrême gauche, des islamistes et de ceux qui les soutiennent ».

Il affirme parler aussi au nom de ses parents, Serge, 91 ans, et Beate. La déclaration ne passe pas inaperçue soixante-dix ans après l'inauguration du Mémorial. Elle prolonge une ligne politique assumée par la famille depuis plusieurs années.

Le « parti fréquentable » de 2023 et la fracture antisioniste

Cette position n'est pas nouvelle. Après la marche du 12 novembre 2023 contre l'antisémitisme, Serge Klarsfeld avait jugé le Rassemblement national « fréquentable », soulignant qu'il avait défilé quand La France insoumise s'y refusait.

Dans Paris Match, il explique ne pas être devenu partisan du RN, mais estimer que le parti a « fait sa mue » et n'est plus antisémite, contrairement à LFI, dont il qualifie le leader d'« anti Juifs sincère et actif ».

Un héritage que la gauche antisioniste récuse et que l'extrême droite revendique. Le Mémorial de la Shoah, lui, reste le lieu où ces tensions se donnent à voir. Soixante-dix ans après 1956, la leçon vaut encore pour la France de 2026: la mémoire de la Shoah se défend par des actes, des archives et des condamnations.