« Du fleuve à la mer » : Israël convoque la chargée d'affaires espagnole
Israël convoque la chargée d'affaires espagnole Francisca Pedrós pour une réprimande officielle. Le ministère israélien des Affaires étrangères reproche à Madrid les propos de la ministre de la Jeunesse Sira Rego sur une Palestine « libre, du fleuve à la mer ».
Israël convoque la chargée d'affaires espagnole : la réprimande du 28 septembre
La convocation a eu lieu lundi 28 septembre au ministère des Affaires étrangères, à Jérusalem. La diplomate a été reçue par Gilad Cohen, directeur de la division politico-stratégique du ministère, selon le Times of Israël.
La décision a été ordonnée par le ministre des Affaires étrangères Gideon Sa'ar, précise le quotidien israélien Ynet. La convocation a été présentée comme une « amonestación », soit un avertissement officiel, rapporte le site espagnol Vozpópuli.
Francisca Pedrós n'est pas ambassadrice. Les deux pays ont rappelé leurs ambassadeurs, et seuls des chargés d'affaires assurent la représentation depuis lors, précise Alyaoum24 Français.
Israël convoque la chargée d'affaires espagnole : les propos visés
Tout part d'un événement tenu jeudi 24 septembre à Madrid, à l'occasion de la présentation du nouvel ambassadeur palestinien en Espagne, Fadi Elhusseini, selon El Confidencial Digital.
Devant l'assistance, Sira Rego a assuré que la société espagnole soutenait « une Palestine libre, du fleuve à la mer ». « Nous ne nous sommes pas trompés de camp », a-t-elle ajouté, citant comme motifs de fierté l'interruption d'une étape de la Vuelta cycliste et le boycott d'Eurovision.
La ministre a également qualifié Benyamin Netanyahou de « criminel de guerre » et accusé Israël de commettre un « génocide » à Gaza, selon l'agence Anadolu. Vozpópuli ajoute qu'elle a réclamé l'arrestation du Premier ministre israélien.
« Une politique systématiquement anti-israélienne »
Pour Jérusalem, ces déclarations s'inscrivent dans « une politique systématiquement anti-israélienne » conduite par le gouvernement espagnol et son président du gouvernement, Pedro Sánchez, rapporte i24NEWS.
Le ministère israélien estime que le slogan « du fleuve à la mer » implique la disparition de l'État d'Israël. Selon Demócrata, sa déclaration accuse Madrid d'avoir « perdu sa boussole morale ».
« Au lieu de se ranger du côté de la lutte contre le terrorisme et des menaces contre la sécurité d'Israël, il a fait de l'État d'Israël un punching-ball de sa politique étrangère », écrit le ministère.
Le Times of Israël rappelle que l'Espagne a été le seul pays européen à quitter la salle de l'Assemblée générale de l'ONU avant le discours de Benyamin Netanyahou.
L'ambassade d'Israël à Madrid dénonce un « slogan de haine »
La première réaction est venue de Madrid. La chargée d'affaires israélienne Dana Erlich a accusé la ministre d'antisémitisme : « L'Espagne n'est pas antisémite. Cette ministre, si », a-t-elle écrit sur X, selon El Confidencial Digital.
La diplomate juge également Sira Rego « indigne de représenter un pays démocratique ». L'ambassade d'Israël en Espagne qualifie le slogan de « slogan de haine », qui appelle selon elle à la destruction de l'État hébreu.
Le retard de la réprimande officielle, quatre jours après les propos, s'explique par un calendrier chargé : Jérusalem était mobilisée par l'Assemblée générale de l'ONU, puis par la visite éclair de Benyamin Netanyahou aux Émirats arabes unis.
Un contentieux israélo-espagnol installé depuis 2024
Le différend n'est pas nouveau. Madrid a reconnu l'État de Palestine en mai 2024, puis a consolidé en septembre 2025 un embargo sur les armes à destination d'Israël, au motif d'arrêter ce qu'il présente comme un génocide à Gaza.
La même année, Israël a interdit l'entrée de son territoire à Sira Rego et à la vice-présidente du gouvernement Yolanda Díaz. Gideon Sa'ar avait alors annoncé une politique de non-contact avec les deux ministres, précise El Confidencial Digital.
En avril 2026, le chef de la diplomatie espagnole José Manuel Albares a demandé à l'Union européenne de réexaminer ses relations avec Israël, rappelle Anadolu. Depuis, les liens se limitent à un canal diplomatique de rang inférieur.
Ce que dit cet incident de la stratégie espagnole
Sira Rego, née d'une mère espagnole et d'un père palestinien installé en Cisjordanie, siège au Parlement européen depuis 2019 et appartient au Parti communiste d'Espagne. Elle est aujourd'hui ministre de la Jeunesse et de l'Enfance.
Après le 7 Octobre 2023, elle avait affirmé que les Palestiniens disposaient d'un « droit de résister après des dizaines d'années d'occupation », et relayé des messages réclamant l'expulsion de toute la délégation diplomatique israélienne d'Espagne, rappelle le Times of Israël.
Pour Jérusalem, l'épisode prolonge une série : la sortie de la salle de l'ONU, les restrictions européennes annoncées contre les colonies et la visite secrète du Premier ministre israélien à Abou Dhabi, qui a relancé la bataille diplomatique sur le récit du 7 Octobre.
La séquence met en lumière un contraste que le retrait des délégations à l'ONU avait déjà illustré : la diplomatie israélienne riposte désormais sur le terrain symbolique, en imposant un coût public aux capitales qui reprennent le vocabulaire de ses adversaires.
Si Israël convoque la chargée d'affaires espagnole pour un simple slogan, c'est que Jérusalem considère que la formule employée par une ministre en exercice vaut prise de position d'État. Pour la communauté juive d'Europe, l'enjeu dépasse Madrid : chaque capitale qui banalise « du fleuve à la mer » banalise, en creux, la négation d'Israël.