Camp de Beaune-la-Rolande : France 3 rediffuse le documentaire sur le camp oublié du Loiret
Camp de Beaune-la-Rolande : lundi 28 septembre 2026 à 22h50, France 3 rediffuse « On n'oubliera pas, Beaune-la-Rolande 1942 », le documentaire de Jean Barat coécrit avec l'historien Laurent Joly, annonce la Fondation pour la Mémoire de la Shoah.
Cinquante-deux minutes pour un camp français, effacé du paysage, et pour les enfants juifs qui y ont été arrachés à leurs mères avant d'être assassinés. La rediffusion est programmée dans la case « La ligne bleue » de France 3 Hauts-de-France, puis en replay sur france.tv.
Camp de Beaune-la-Rolande : ce que France 3 rediffuse ce lundi
Le film n'est pas un documentaire de plus sur la Shoah. Il mêle images d'archives, récits de rescapés et de voisins du camp, contrepoint historique d'Hélène Mouchard-Zay, fondatrice du Cercil, et témoignages d'héritiers de cette histoire lourde, dont le maire actuel de la commune, précise la fiche du film.
Parmi les témoins filmés figurent Annette et Michel Muller, Rachel Jedinak et Joseph Weismann, enfants rescapés du Vél d'Hiv et des camps du Loiret. Le film de 52 minutes, produit par La Générale de Production avec le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, a été sélectionné aux Rendez-vous de l'Histoire de Blois en 2025.
Sa première diffusion a eu lieu le 10 mars 2025 sur France 3, rappelle la Fondation. La case de ce lundi 28 septembre, en deuxième partie de soirée à partir de 22h50, est confirmée par la grille de la chaîne.
Camp de Beaune-la-Rolande : un camp gardé par des gendarmes français
Le camp occupe trois hectares à la bordure du bourg, à 98 kilomètres de Paris, et se compose d'une quinzaine de baraques entourées de barbelés et de miradors, selon le Cercil, musée-mémorial des enfants du Vél d'Hiv. Les internés dorment sur des châlits à étages recouverts de paille, dans des baraques insalubres.
Il ouvre en mai 1941 pour y enfermer les 3 700 hommes juifs étrangers arrêtés à Paris lors de la rafle du billet vert, le 14 mai 1941. Les Juifs de la région parisienne avaient été convoqués la veille par une simple lettre verte signée du commissaire de police.
Point que le documentaire remet au centre : le personnel de surveillance est entièrement français, gendarmes et douaniers compris, sous l'autorité de la préfecture du Loiret. La photographie d'un gendarme français gardant le camp, censurée dans « Nuit et Brouillard » d'Alain Resnais en 1956, est montrée dans le film.
Entre 1941 et 1943, 16 000 Juifs dont 4 700 enfants sont internés dans les deux camps du Loiret, Beaune-la-Rolande et Pithiviers. Huit convois partent directement du Loiret vers Auschwitz-Birkenau, dont les convois n° 5 du 28 juin et n° 15 du 5 août 1942 depuis Beaune-la-Rolande.
L'été 1942 : les mères déportées, les enfants laissés seuls
Après la rafle du Vél d'Hiv des 16 et 17 juillet 1942, plus de 13 000 Juifs sont arrêtés à Paris par 4 000 policiers. Les familles, 7 618 personnes, sont transférées dans le Loiret : environ 8 000 Juifs, principalement des femmes et des enfants, sont alors internés à Pithiviers et à Beaune-la-Rolande, documente le Cercil.
Dans l'attente de la réponse nazie sur le sort des enfants, les mères sont déportées les premières, par quatre convois successifs. Les séparations sont des « scènes abominables », témoigne Annette Krajcer, alors âgée de 12 ans. Des assistantes sociales et des infirmières, dont Annette Monod, restent auprès des petits.
Le 13 août 1942, un télex venu de Berlin autorise l'organisation de convois d'enfants. Du 15 au 25 août, quatre convois transfèrent 3 081 enfants vers Drancy, puis vers Auschwitz-Birkenau. La Fondation pour la Mémoire de la Shoah retient le chiffre de 800 enfants restés à Beaune-la-Rolande jusqu'à la fin du mois d'août.
Au total, 4 400 enfants ont été assassinés à Auschwitz après être passés par les camps du Loiret. Aucun des 4 700 enfants internés dans ces camps n'a survécu, selon la Fondation pour la Mémoire de la Shoah.
Camp de Beaune-la-Rolande : une mémoire effacée, puis réveillée
Le camp est entièrement démantelé dès 1947. Pendant des décennies, seul le château d'eau rappelle aux survivants ce qui s'est passé là. Le site accueille aujourd'hui un lycée agricole et une rue des Déportés ; la commune comptait 2 000 habitants en 1942 comme en 2025.
En avril 1990, l'article d'Éric Conan, « Enquête sur un crime oublié », publié par L'Express, puis le livre qui suit en 1991, brisent le silence et clivent durablement les habitants de Beaune-la-Rolande. Le documentaire revient sur cette onde de choc locale.
La mémoire s'est ensuite institutionnalisée : ouverture du Cercil à Orléans en 2011, inauguration de la gare de Pithiviers par le président de la République le 17 juillet 2022, cérémonies annuelles de mai devant les monuments des deux camps.
En mai 2026, un parcours mémoriel sonore réalisé par Jean Barat, le réalisateur du film, a été inauguré à Beaune-la-Rolande à l'issue des commémorations. La même mémoire juive se transmet ailleurs en Europe, du Vél d'Hiv commémoré à Paris au geste des Justes encore honorés en province.
Camp de Beaune-la-Rolande : la rediffusion de ce lundi 28 septembre 2026 n'est pas un rendez-vous de saison. Elle rappelle qu'à 98 kilomètres de Paris, dans une commune rurale française, des gendarmes français ont gardé un camp dont les enfants sont partis seuls vers Birkenau. Regarder ce film, c'est refuser l'oubli confortable.
Article rédigé par la rédaction du Monde Juif.