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Désinhibition de l'antisémitisme : Macron renvoie le RN et LFI dos à dos

2026-11-02
Désinhibition de l'antisémitisme : Macron renvoie le RN et LFI dos à dos

La désinhibition de l'antisémitisme est le mot qu'Emmanuel Macron a choisi, mercredi 28 octobre, pour décrire le climat politique français. Interrogé sur la chaîne YouTube HugoDécrypte, quatre jours après l'attentat raciste de Trappes, le président a répondu en désignant deux partis.

Sa formule exacte a été reprise par toute la presse. Il a dénoncé « une désinhibition d'un antisémitisme chez certains et une désinhibition du racisme chez les autres », selon France 24, qui identifie les destinataires : La France insoumise pour l'antisémitisme, le Rassemblement national pour le racisme.

Le chef de l'État a d'abord visé l'extrême droite. Il a évoqué « des mouvements politiques qui ont laissé s'installer cela à l'extrême droite », citant le RN et « ceux qui leur sont proches », puis « un racisme d'atmosphère » et « une désinhibition des violences », rapporte Le Figaro.

Le contexte est celui d'un pays sous choc. L'attentat du 23 octobre à Trappes a tué Pengo Bossio Wangi, un Français de 26 ans d'origine africaine, et fait sept blessés, dont une fillette de 12 ans, selon Libération.

Matignon a suivi dans la journée. En Conseil des ministres, l'exécutif a plaidé pour « l'unité » et « la dignité », et un hommage national présidé par Sébastien Lecornu a été annoncé, selon France 24.

Désinhibition de l'antisémitisme : ce que la phrase met sur le même plan

La construction compte autant que le contenu. En opposant « chez certains » et « chez les autres », le président installe une symétrie entre deux phénomènes qu'il vient pourtant de nommer différemment.

Le calendrier n'est pas neutre. L'entretien a été diffusé à six mois de la présidentielle, dans un format que l'Élysée réserve à la jeunesse, souligne France 24.

Le même entretien contenait un second message. Le chef de l'État a appelé les lycéens à « reprendre les cours » dans « le calme » pour la rentrée du lundi 2 novembre, après plus d'un mois de mobilisation, précise Le Figaro.

Le RN répond par la voix de Jean-Philippe Tanguy

Le Rassemblement national a répliqué le lendemain. Le député Jean-Philippe Tanguy a jugé sur TF1 que le président, « très problématique », avait lui-même laissé prospérer « des idéologies haineuses », rapporte Le Figaro.

L'argument du parti est un argument de bilan. « C'est lui qui gère la France depuis neuf ans, c'est lui qui laisse prospérer des idéologies haineuses », a-t-il ajouté, en assurant que son parti combattait « toute forme de haine ».

Mediapart a documenté une tout autre semaine. Le site a publié le 30 octobre une enquête sur des violences envers des militants de l'UEJF, un hommage du député RN Julien Odoul à un écrivain antisémite et l'élection de Caroline Parmentier au conseil national, dans un article qui conteste le rôle de « bouclier » revendiqué par le parti.

LFI refuse la symétrie, et invoque l'unité

À gauche, la réponse est venue de Manuel Bompard. Invité des « 4 Vérités » sur France 2 le 29 octobre, le député insoumis a répondu : « On lutte contre le racisme et l'antisémitisme, je dis à Emmanuel Macron de ne pas opposer l'un à l'autre », selon La Provence.

Son parti conteste surtout la méthode. LFI reproche au chef de l'État de renvoyer deux formations dos à dos pour ne désigner aucun responsable.

Un épisode inverse éclaire la difficulté. Le 29 octobre, l'Arcom a mis en garde Radio France pour un montage diffusé le 24 juin sur France Culture, pendant un entretien avec Marine Le Pen, qui laissait faussement entendre que Jean-Luc Mélenchon avait tenu des propos antisémites, selon la décision officielle.

L'extrait était tronqué et non sourcé. Il avait été puisé sur un compte X, et Libération rappelle que le présentateur Guillaume Erner avait reconnu « la gravité de sa faute ».

Cette décision ne blanchit personne, mais elle fixe une règle. Quand la preuve est fabriquée, c'est l'accusation elle-même qui devient une arme, et ce sont les victimes réelles qui paient.

Ce que les chiffres du ministère de l'Intérieur disent de la symétrie

Les données officielles ne se prêtent pas au dos-à-dos. Le ministère de l'Intérieur a recensé 1 320 actes antisémites en France en 2025, en baisse de 16 % sur un an mais à un niveau historiquement haut, selon son bilan annuel.

La disproportion est mesurable. Ces actes représentent 53 % des faits antireligieux du pays, alors que la communauté juive compte moins de 1 % de la population, précise le même document.

La forme des actes confirme le déséquilibre. Agressions physiques, insultes et haine en ligne composent 67 % des faits, et 13,1 % se produisent en milieu scolaire, selon le Crif, qui parle d'un « enracinement de la haine antijuive ».

Le parallèle avait déjà été contesté. Après Trappes, le Crif avait repris le président pour avoir parlé d'une « première fois », rappelant que les Juifs de France étaient visés bien avant 2026, un épisode que nous avons détaillé.

Ce que la désinhibition de l'antisémitisme laisse à la rentrée

La formule a un mérite : elle nomme le mot. Elle a un défaut : elle le range dans une balance où l'autre plateau pèse, depuis trois ans, beaucoup moins lourd.

Le vrai test commence ce lundi 2 novembre. Les lycées rouvrent, et les mêmes établissements ont vu défiler croix gammées et insultes depuis la fin septembre, comme dans les cortèges du 31 octobre où des drapeaux israéliens ont brûlé à Lyon, un épisode que nous avons raconté.

Un « sursaut » ne se décrète pas dans un studio. Il se mesure à ce que les élèves juifs de France vivront dans la cour, à partir de ce matin.