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Acte III des manifestations : des drapeaux israéliens brûlés à Lyon aux cris d'« Israël assassin »

2026-11-01
Acte III des manifestations : des drapeaux israéliens brûlés à Lyon aux cris d'« Israël assassin »

L'acte III des manifestations a réuni 320 000 personnes en France, dont 70 000 à Paris, selon le ministère de l'Intérieur. À Lyon, six militants vêtus de noir ont piétiné puis incendié un drapeau israélien et un drapeau américain sur le toit d'un abri de tramway, à quinze heures trente, au passage du cortège.

La scène se déroule place Jean-Macé. Elle est racontée minute par minute par Le Progrès, qui précise que les six hommes se sont installés sur la structure vitrée de l'arrêt, avenue Berthelot, dans le 7e arrondissement, avant d'allumer les deux étendards.

Les images ont fait le tour des réseaux. On y voit un homme piétiner le drapeau israélien, la foule applaudir l'incendie du drapeau américain, puis huer celui d'Israël avant qu'il ne brûle à son tour, selon i24NEWS.

Puis les slogans ont pris le relais. Une partie du public a scandé « Israël assassin », rapporte le Times of Israël, dont le compte rendu mentionne aussi une banderole « Guerre à la guerre et aux génocidaires » déployée par les mêmes militants.

Acte III des manifestations : le drapeau iranien au milieu du cortège

Un détail change la nature du tableau. Le même cortège, officiellement autorisé par la préfecture, a vu un drapeau de la République islamique d'Iran brandi en son milieu, toujours selon le Times of Israël, qui relève l'absence de réaction publique apparente du maire de Lyon, Grégory Doucet.

Un groupuscule est identifié par la presse locale. L'un des militants portait un drapeau de « Young Struggle », que Le Progrès présente comme un groupuscule d'extrême gauche internationaliste.

Le motif palestinien n'est plus un accident de parcours. Des drapeaux palestiniens et des keffiehs reviennent dans les cortèges depuis trois week-ends, et i24NEWS illustre son article sur Lyon par une photo de drapeaux palestiniens dans les rues de Paris.

Le bilan d'une journée sous tension

La mobilisation reste massive. Le ministère de l'Intérieur recense 320 000 manifestants dans le pays, contre près d'un demi-million selon l'intersyndicale, et la préfecture de police compte 70 000 personnes à Paris contre 200 000 revendiquées par les organisations, d'après Le Figaro.

Les heurts se concentrent en fin de parcours. À Paris, 5 745 contrôles et 79 interpellations ont été effectués, et cinq membres des forces de l'ordre ont été blessés, dont trois par des jets de cocktails Molotov, selon Ouest-France.

Un gendarme mobile a été touché par un engin incendiaire. Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a qualifié l'acte de « tentative de meurtre », rapporte actu.fr, tandis qu'un couvre-feu de 23 heures à 6 heures a été instauré autour de la place de la République et de Châtelet.

À Lyon, le bilan est plus lourd qu'annoncé. La préfecture du Rhône a compté 19 000 participants et neuf interpellations, pour cinq blessés dont quatre policiers, selon Le Progrès, qui décrit des barricades, des poubelles en feu et des tirs de mortiers contre les forces de l'ordre.

Deux semaines après les émeutes, la même grammaire

Le 17 octobre, Lyon avait déjà payé. Plus de 150 commerces avaient été endommagés lors de la première journée de mobilisation, rappelle i24NEWS.

À Paris, une synagogue du 19e arrondissement avait été saccagée dans la nuit du 17 au 18 octobre, et des commerces de Marseille pillés, un épisode que nous avons documenté. Le Crif et le SPCJ avaient alors appelé à la prudence, la préfecture affirmant que « les commerces ont été pillés sans distinction religieuse », selon Le Figaro.

Cette prudence factuelle ne dilue pas le problème. Elle le déplace : ce n'est pas le pillage qui est antisémite, c'est le fait de brûler le drapeau d'un État juif dans une manifestation sur le pouvoir d'achat, et de faire applaudir la scène par une foule qui n'a rien à y voir.

Ce que les chiffres de l'antisémitisme disent

Le ministère de l'Intérieur a recensé 1 320 actes antisémites en France en 2025, soit une baisse de 16 % par rapport à 2024, mais un niveau historiquement élevé, jamais atteint sur les trois dernières années selon le bilan officiel.

Ces actes représentent 53 % des faits antireligieux enregistrés dans le pays, alors que la communauté juive reste minoritaire, précise le même document, qui souligne que les agressions, les menaces et la haine en ligne forment les deux tiers des faits.

Le climat politique n'est pas séparé de ces chiffres. Une enquête Ifop pour la Fondation Jean-Jaurès, publiée le 15 octobre, mesurait dans une partie de la gauche la minoration du fait antijuif et l'adhésion à des slogans antisionistes, une fracture que nous avions analysée.

Trois ans après le 7 octobre, la trace reste intime. Yonathan Arfi, président du Crif, décrivait sur Public Sénat des familles retirant leur mézouza, des mères conseillant à leurs enfants de taire qu'ils sont juifs.

Ce que l'acte III des manifestations laisse derrière lui

Un drapeau brûlé n'est pas un slogan. C'est un acte public, filmé, applaudi, qui désigne des concitoyens comme étrangers à la nation au nom d'un conflit qui se déroule à quatre mille kilomètres.

La foule a hué le drapeau israélien, pas les incendiaires. Ce détail, rapporté par le Times of Israël, dit plus sur l'état du débat français que les communiqués syndicaux appelant à la dispersion.

Les organisateurs n'ont pas commandé la scène et l'ont condamnée en appelant au calme. Mais un cortège qui tolère un drapeau iranien, des cagoulés et des mortiers finit par produire ce que l'acte III des manifestations a produit : un rituel de haine ordinaire, à quinze heures trente, en plein jour, devant des passants.