Mémoire

Rafle d'Angoulême : 84 ans après, La Roche-Chalais honore les familles déportées

2026-10-08
Rafle d'Angoulême : 84 ans après, La Roche-Chalais honore les familles déportées

La rafle d'Angoulême du 8 octobre 1942 n'a laissé ni monument national ni procès retentissant. Quatre-vingt-quatre ans plus tard, ce 8 octobre 2026, deux anciens villages juifs du Périgord commémorent les familles arrêtées cette nuit-là, puis englouties par les convois de Drancy.

La rafle d'Angoulême, dans la nuit du 8 au 9 octobre 1942

Le 8 octobre 1942, la police française arrête les Juifs de Charente et du Périgord blanc, dans les villes comme dans les petits villages situés à l'ouest de Verteillac et de Ribérac, rappelle l'AJPN. Terre d'accueil des réfugiés d'Alsace, de Moselle et de Pologne, la Charente abrite alors environ 1 800 Juifs, selon France Bleu.

Le préfet de Charente Alfred Papinot exécute les ordres allemands, et la police comme la gendarmerie françaises participent aux arrestations. La rafle ne fut pas un accident local : le même jour, 1 933 Juifs étaient arrêtés en zone occupée, précise l'AJPN.

Quatre cent vingt-deux arrestations et un « tri » à la salle philharmonique

Les personnes arrêtées sont rassemblées dans la salle philharmonique d'Angoulême, aujourd'hui le conservatoire, place Henri Dunant. Elles y restent plusieurs jours dans des conditions précaires, entassées dans une salle vidée de ses sièges, rappelle Sud Ouest.

L'administration procède ensuite à un « tri » : les Juifs français et les nourrissons sortent de la salle. Les 387 autres, dont 85 enfants et onze nourrissons, sont transférés à Drancy puis déportés vers Auschwitz par les convois n° 40 et 42 des 4 et 6 novembre 1942. Huit personnes seulement reviendront.

Dix ans plus tard, des plaques pour les 387 déportés

Le 8 octobre 2012, jour pour jour, Gérard Benguigui, président de l'Association des Juifs d'Angoulême, dévoilait devant le conservatoire une plaque portant les noms, prénoms et âges des 387 déportés de la rafle, établie à partir des archives locales avec l'aval de Serge Klarsfeld, rapporte le Comité français pour Yad Vashem.

Une seconde plaque honore les Justes de Charente. Le Comité en dénombre 19 reconnus parmi les Nations, tandis que Sud Ouest en comptait 23 sur la plaque inaugurée en 2012 : l'écart vient des dossiers instruits depuis par Yad Vashem.

Des stèles à La Roche-Chalais, quatre-vingts ans après la rafle d'Angoulême

Le 8 octobre 2022, deux stèles commémoratives ont été inaugurées à Saint-Michel-Léparon et à Saint-Michel-de-Rivière, deux villages aujourd'hui rattachés à La Roche-Chalais. Elles honorent environ 70 enfants, femmes et hommes juifs déportés depuis ces communes, dont l'écrasante majorité n'est pas revenue, rapporte Convoi 77.

Parmi eux, la famille Dembicer : Israël, déporté à Auschwitz, puis son épouse Rose et les enfants Simon et Cécile. Pour la première fois, le nom des femmes et celui des enfants sont gravés dans l'espace public de leurs villages. Des élèves du collège Jeanne d'Arc poursuivent aujourd'hui ce travail biographique.

Un « pochon » d'archives retrouvé dans une grange du Périgord

À Saint-Michel-Léparon, un habitant a retrouvé dans la grange de l'ancienne maison familiale un « pochon » de plus de quarante documents : papiers, photos, bouts de papier retraçant la vie de la famille Eisenberg, de leur shtetl de Nowy Zmigrod, en Pologne, à Metz, puis Royan et la Dordogne, détaille Convoi 77.

Iser Eisenberg et ses deux fils sont arrêtés le 8 octobre 1942, puis déportés par le convoi 40 du 4 novembre 1942. Sa fille Rachel, née en 1931 à Metz, sera arrêtée à Saint-Mandé et déportée en juillet 1944 par le convoi 77, sans retour.

Ce 8 octobre 2026, les archives partent pour le Mémorial de la Shoah

Ce jeudi, les commémorations se tiennent à 17 h 30 à Saint-Michel-Léparon et à 18 h à Saint-Michel-de-Rivière, indique le JDS. À 18 h 15, au foyer rural de La Roche-Chalais, le maire remettra les documents et archives qui ont nourri ce travail de mémoire depuis 2022.

Ces pièces seront confiées à Karen Taïeb, conservatrice au Mémorial de la Shoah, qui présentera ensuite son ouvrage consacré à la lettre de Hersz-Herman Strasfogel, retrouvée enterrée près d'un crématoire de Birkenau et présentée à Paris le 6 octobre.

Pourquoi la rafle d'Angoulême reste une mémoire vive

La rafle d'Angoulême n'appartient pas qu'aux archives. Elle rappelle que la déportation des Juifs de France s'est jouée dans les petits villages, exécutée par l'administration préfectorale et les forces de l'ordre françaises, avant même que les Allemands n'organisent les convois.

En confiant leurs archives au Mémorial de la Shoah, les communes du Périgord transforment une mémoire locale longtemps silencieuse en matériau d'histoire. C'est là, dans ces bourgs ruraux, que la Shoah française a laissé ses traces les plus discrètes.