Prix Nobel de la paix 2026 : Navi Pillay primée, Israël dénonce une décision qui légitime « la haine »
Prix Nobel de la paix 2026 : le comité Nobel norvégien a récompensé vendredi 9 octobre la juriste sud-africaine Navanethem « Navi » Pillay, qui a présidé la commission d'enquête de l'ONU accusant Israël de commettre un génocide dans la bande de Gaza. Jérusalem a réagi avec une violence immédiate.
L'annonce a été faite à Oslo en fin de matinée. Agée de 85 ans, l'ancienne Haute-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme a été distinguée pour ses « efforts en faveur de la promotion de la paix et du droit international », selon le comité Nobel.
Le ministère israélien des Affaires étrangères a fustigé un choix qui, selon lui, légitime « la haine et les préjugés anti-israéliens ». « Maintenant que le comité Nobel a récompensé le plus grand mensonge du XXIe siècle, Joseph Goebbels applaudit certainement depuis l'enfer », a écrit la diplomatie israélienne sur X, rapporte BFMTV.
Le premier ministre Benyamin Netanyahou a estimé que le comité avait « perdu sa boussole morale », jugeant que sa plus haute distinction revenait à une « sectaire » qui contribue à « la diabolisation des Juifs », selon franceinfo.
Prix Nobel de la paix 2026 : une lauréate qui a accusé Israël de génocide
Sous la présidence de Navi Pillay, une commission d'enquête internationale indépendante de l'ONU (laquelle ne s'exprime pas au nom de l'Organisation) a conclu en septembre 2025 qu'Israël commettait un génocide à Gaza, rappelle 20 Minutes.
Israël avait rejeté ce rapport, le qualifiant de « biaisé et mensonger » et accusant ses auteurs de parti pris antisémite. « C'est l'utilisation grotesque d'un prix à des fins de légitimation de la haine », a poursuivi le ministère israélien.
Prix Nobel de la paix 2026 : le comité refuse de trancher la question du génocide
Interrogé par l'AFP, le président du comité Nobel, Jørgen Watne Frydnes, a refusé de se prononcer sur la qualification de génocide retenue par la commission. « Nous ne sommes pas un tribunal », a-t-il déclaré, selon France 24.
Il a ajouté qu'« il appartiendra à la Cour internationale de justice de trancher en dernier ressort ». Dans ses attendus, le comité cite les travaux de la lauréate liés au génocide au Rwanda et aux soupçons de génocide en Birmanie, sans citer Gaza.
Donald Trump fustige un prix « honteux et embarrassant »
Le président américain a dénoncé une décision « honteuse et embarrassante » et une « tache indélébile sur la Norvège », tout en s'indignant de ne pas avoir été choisi, rapporte La Presse.
Quelques heures plus tard, Washington a imposé de nouvelles sanctions contre la Cour pénale internationale, dont Navi Pillay fut juge de 2003 à 2008. L'administration américaine, qui ne reconnaît pas la compétence de la cour, invoque la « souveraineté américaine ».
La CPI avait émis en 2024 des mandats d'arrêt, toujours inexécutés, contre Benyamin Netanyahou et son ancien ministre de la Défense Yoav Gallant pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité. La présidente de la CPI, Tomoko Akane, a salué une « signification particulière ».
Prix Nobel de la paix 2026 : de l'apartheid au Rwanda, le parcours d'une juge
Née en 1941 à Durban, dans une famille d'origine indienne, Navi Pillay grandit sous l'apartheid. En 1967, elle devient la première femme à ouvrir un cabinet d'avocats dans la province du Natal, où elle défend des opposants au régime ségrégationniste, dont des prisonniers de Robben Island.
Première femme non blanche à siéger à la Haute Cour d'Afrique du Sud en 1995, elle rejoint la même année le Tribunal pénal international pour le Rwanda, qu'elle présidera. En 1998, l'arrêt Akayesu reconnaît pour la première fois le viol comme un acte pouvant constituer un génocide.
Haute-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme de 2008 à 2014, elle a ensuite concentré ses travaux sur les territoires palestiniens. Plus d'une centaine d'élus américains lui avaient reproché le parti pris de son institution, qui enquêtait selon eux sur Israël mais pas sur le Hamas, rapporte le Times of Israël.
« La dernière chose que j'ai faite a été de remettre le rapport sur Gaza »
La lauréate a reçu la nouvelle à Nuremberg, dans la salle du procès des dirigeants nazis, où elle participait à un sommet de droit international. « Si vous applaudissez un peu plus fort, je partagerai peut-être le prix avec Trump », a-t-elle plaisanté, selon RTBF.
Elle a dédié son Nobel « à tous les survivants de crimes internationaux ». Le prix, doté de 12 millions de couronnes suédoises (environ 1,07 million d'euros), lui sera remis à Oslo le 10 décembre.
Prix Nobel de la paix 2026 : un choix qui ne laisse personne indifférent
Antonio Guterres a salué « une voix inébranlable et indépendante au service de la justice », et Paris a mis en avant « l'engagement » de la juriste, quelques jours après le déplacement de Jean-Noël Barrot en Israël pour les commémorations du 7-Octobre.
L'Autorité palestinienne a parlé d'une distinction « amplement méritée ». Israël, lui, a choisi la rupture de ton, dans un contexte de vives tensions autour de ses exportations d'armes, illustré par la cargaison Elbit Systems à Roissy.
Le comité Nobel affirme pour sa part adresser un « message clair » à ceux qui « exercent des pressions sur ces institutions, sanctionnent les juges et s'attaquent aux institutions ».