École Irène Sapir à Bergerac : le RN vote contre le nom d'une rescapée du Vel d'Hiv
École Irène Sapir : le conseil municipal de Bergerac, en Dordogne, a validé le 30 septembre 2026 ce nom pour l'école du Bout de Vergnes. Trois élus du groupe apparenté au Rassemblement national (RN) ont voté contre la délibération, rapporte The Times of Israël. Toutes les autres voix l'ont adoptée.
Le maire socialiste Fabien Ruet a porté la proposition. « C'est l'une des femmes les plus courageuses de cette ville », a-t-il déclaré, en disant vouloir rendre hommage à Irène Sapir de son vivant, selon Sud Ouest. L'intéressée a 89 ans.
École Irène Sapir : une rescapée du Vel d'Hiv devenue figure de Bergerac
En juillet 1942, la police française réveille à l'aube la petite Irène, alors installée en banlieue parisienne avec ses parents. Avec sa mère, elle est conduite au vélodrome d'Hiver, dans le 15e arrondissement de Paris, rapporte Télérama.
Plus de 13 000 Juifs, dont 4 000 enfants, ont été raflés à Paris et alentour les 16 et 17 juillet 1942 pour être déportés, poursuit le magazine. Irène Sapir et sa mère échappent cette fois à la déportation.
L'enfant est ensuite confiée à une famille d'accueil et cachée. Sa mère, Léa Bibergal, est arrêtée de nouveau durant l'hiver 1943 puis déportée à Auschwitz, où elle survit jusqu'à la libération du camp, en 1945.
Devenue enseignante, Irène Sapir a siégé trente ans au conseil municipal de Bergerac et s'est engagée dans le travail de mémoire et la lutte contre l'antisémitisme, notamment auprès des élèves, selon The Times of Israël.
École Irène Sapir : les arguments des élus RN
Les trois conseillers municipaux du groupe apparenté RN invoquent la « neutralité républicaine ». « Une école de la République doit rester neutre, elle ne peut pas porter le nom d'une militante politique », a déclaré Christian Gérard, cité par Sud Ouest.
Le groupe reproche à Irène Sapir son militantisme au Parti communiste et son refus de lui serrer la main lors des cérémonies. « Nous respectons totalement la vie de madame Sapir », a ajouté l'élu, selon The Times of Israël.
Christian Gérard a aussi soutenu que « l'usage républicain veut que l'on donne un nom à titre posthume » et assuré que son groupe aurait voté pour si l'intéressée n'avait pas mené ce combat. Il conteste tout lien avec ses origines juives.
« Ma deuxième tare, c'est d'être juive » : la réaction d'Irène Sapir
Irène Sapir dit ne pas avoir été surprise. L'élue estime que le vote prouve un parti « qui rejoint ce contre quoi j'ai toujours lutté », selon Sud Ouest.
« Ma première tare, c'est d'être communiste. Ma deuxième tare, c'est d'être juive », a-t-elle poursuivi. Elle a aussi lancé : « Ils n'ont même pas le courage de dire que c'est parce que je suis juive. »
École Irène Sapir : l'Observatoire juif de France recadre le débat
Le 3 octobre, l'Observatoire juif de France (OJF) a publié un communiqué sur ce vote. « Rescapée de la rafle du Vél' d'Hiv, ancienne enseignante et engagée dans la transmission de la mémoire des persécutions antisémites, Irène Sapir contribue à la sensibilisation des jeunes générations », écrit l'association.
Pour son président René Lévy, la reconnaissance de ce parcours relève d'une « démarche mémorielle et éducative ». Elle « ne constitue pas une prise de position en faveur des convictions politiques personnelles de l'intéressée », précise le texte signé de René Lévy.
L'OJF, qui se présente comme apolitique, « salue l'adoption de la délibération » et exprime à Irène Sapir « sa considération et sa reconnaissance », selon Sud Ouest.
Un vote dans un climat national tendu
Le refus intervient alors que le RN est donné en tête des intentions de vote pour la présidentielle de 2027. Fin septembre, Mediapart a publié des messages antisémites attribués à Jordan Bardella, que le président du RN conteste.
Le 30 septembre, Emmanuel Macron a jugé ces propos « gravissimes et inacceptables », selon Sud Ouest. Le parti dénonce de son côté une « déstabilisation ».
La séquence rappelle le poids de la mémoire de la Shoah dans la vie publique française. Le site a déjà documenté le 84e anniversaire de la rafle du Vel d'Hiv et l'assignation des élèves juifs à l'école.
À Bergerac, l'école Irène Sapir portera bien ce nom : le vote des trois élus RN n'a pas empêché l'adoption de la délibération. Pour l'ancienne élue, l'épisode dit surtout ce que la transmission de cette mémoire affronte encore.