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Dîner du Crif à Marseille : « l'antisémitisme n'est pas un problème juif, c'est une alerte démocratique »

2026-10-13
Dîner du Crif à Marseille : « l'antisémitisme n'est pas un problème juif, c'est une alerte démocratique »

Le dîner du Crif à Marseille a rassemblé près de 300 personnes, lundi 12 octobre 2026 au soir, pour l'édition annuelle du Crif Marseille-Provence, comme le rapporte La Provence.

La soirée s'est tenue à huis clos renforcé, au Domaine des Calanques, où la radio communautaire Radio JM installait son plateau spécial : c'est de là qu'elle a diffusé sa matinale et son émission du soir consacrées au dîner.

Dîner du Crif à Marseille : le témoignage de Sabine Tassa en ouverture

Premier moment de la soirée, la diffusion d'une vidéo de Sabine Tassa. Cette Franco-Israélienne a perdu son mari et son fils aîné, tués par les terroristes du Hamas le 7 octobre 2023.

« Il faut continuer, je n'ai pas le temps de penser », témoigne-t-elle dans cet enregistrement, ajoutant : « Il faut qu'on se réveille pour que ce cauchemar ne se reproduise plus. Rien ne me guérit, à part affronter mon histoire. »

Le détail de son histoire a été documenté par le Times of Israël. Son mari Gil, pompier dans le civil, s'est jeté sur une grenade pour protéger deux de leurs fils dans le kibboutz Netiv HaAsara.

Leur aîné, Or, 17 ans, a été abattu sur la plage de Zikim, où 19 personnes ont été assassinées ce matin-là. Selon les autorités françaises, 42 citoyens français ou franco-israéliens ont été tués le 7 octobre 2023.

Dîner du Crif à Marseille : « une alerte démocratique »

Le président du Crif Marseille-Provence, Bruno Benjamin, a ouvert son propos par un éloge de la ville. « Marseille est une ville enrichie par les différences, avec un même désir d'appartenance. Chaque arrivée a contribué à construire la ville », a-t-il déclaré devant l'assistance, selon La Marseillaise.

Il a ensuite dénoncé la recrudescence des actes antisémites depuis le 7 octobre 2023, une séquence qu'il connaît de l'intérieur depuis trois ans. « L'antisémitisme n'est pas un problème juif, c'est une alerte démocratique », a-t-il insisté, avant de prévenir : « une démocratie ne se protège pas par le silence, mais par la vérité ».

La salle réunissait le président national du Crif, Yonathan Arfi, le maire de Marseille Benoît Payan, la présidente du conseil départemental Martine Vassal et le président de la région Sud François de Canson. Le ministre délégué auprès du ministre de l'Intérieur, Jean-Didier Berger, représentait Laurent Nuñez.

Un dîner reporté de juillet à octobre

Cette édition 2026 n'était pas prévue en automne. Le Crif Marseille-Provence avait annoncé le report de son dîner annuel, initialement fixé au jeudi 9 juillet 2026, au lundi 12 octobre, afin de réunir « les meilleures conditions » pour l'événement.

Le report a rapproché la soirée d'un autre rendez-vous de la communauté juive marseillaise, la commémoration du 7-Octobre, dont les temps forts locaux et nationaux ont rythmé le début du mois, de l'allée Shiri Bibas au parc Monceau aux cérémonies organisées à Jérusalem et à Reïm.

Six mois avant la présidentielle, la crainte d'être instrumentalisés

La Provence résume le climat de la soirée en une phrase : à six mois d'une élection présidentielle, les représentants de la communauté juive de Marseille ont « conscience d'être instrumentalisés » et s'en sont pris « aux extrêmes », lundi soir.

Cette défiance s'inscrit dans une séquence politique chargée. Au plan national, le Crif a réagi aux écrits antisémites attribués à Jordan Bardella et à la procédure de dissolution visant Égalité et Réconciliation, l'association d'Alain Soral, engagée par le ministère de l'Intérieur.

Les chiffres donnent la mesure du phénomène : 1 320 actes antisémites ont été recensés en France en 2025, soit 53 % de l'ensemble des faits antireligieux, selon le ministère de l'Intérieur cité par franceinfo.

Au lendemain du troisième anniversaire des massacres, le Crif a par ailleurs annoncé que son pavillon mémoriel de la place des Vosges avait accueilli plus de 15 000 visiteurs en trois jours, du 6 au 8 octobre, selon le Crif.

Conclusion

Le dîner du Crif à Marseille a donc tenu un rôle double : honorer les victimes du 7 octobre 2023, dont les familles restent au centre de la vie communautaire marseillaise, et rappeler aux responsables politiques que la protection des juifs de France ne peut pas devenir un argument de campagne.

Sur ce terrain, la ligne du Crif reste constante depuis trois ans : documenter chaque acte, exiger des réponses judiciaires et refuser que l'antisémitisme soit renvoyé à une affaire strictement communautaire.