Agression antisémite à Berlin : un commerçant en fauteuil roulant attaqué pour ses affiches
L'agression antisémite à Berlin dont a été victime un commerçant de 67 ans s'est étalée sur trois jours, du 7 au 9 octobre 2026, dans le quartier de Kreuzberg. Hans-Georg Lindenau, qui se déplace en fauteuil roulant, a été insulté, gazé et frappé à plusieurs reprises, selon la police berlinoise, rapporte le Times of Israël.
Le motif ne fait guère de doute pour les enquêteurs. Selon la police, le déclencheur des attaques est l'affichage, dans la vitrine de sa boutique, de messages hostiles à l'antisémitisme liés au troisième anniversaire du 7 octobre 2023, précise la Jerusalem Post.
Agression antisémite à Berlin : trois jours d'intimidation à Kreuzberg
Le premier assaut a lieu le mercredi 7 octobre, jour du troisième anniversaire du pogrom commis par le Hamas, vers 19 h 20. Un groupe d'environ six jeunes entre dans le commerce de la Falckensteinstrasse, insulte le commerçant et l'asperge de gaz au poivre, d'après le récit de la police relayé par la radio publique allemande rbb24.
Le lendemain soir, jusqu'à six jeunes reviennent. Ils le gazent de nouveau, puis s'enfuient lorsqu'il appelle à l'aide. Ils reviennent quelques minutes plus tard, alors qu'il s'apprête à fermer : troisième projection de gaz et coups. Le commerçant se plaindra ensuite de douleurs au visage.
Les intimidations se poursuivent le vendredi 9 octobre. Des témoins signalent à la police un groupe allant jusqu'à huit jeunes, arrivés en trottinettes électriques, qui donnent des coups de pied et de poing dans la porte d'entrée et l'endommagent avant de fuir.
Agression antisémite à Berlin : des agresseurs qui demandent s'il est juif
Interrogé par le quotidien allemand Bild, le commerçant estime que ses agresseurs avaient entre 10 et 15 ans. Il affirme qu'ils lui ont demandé s'il était juif et que l'un d'eux l'a frappé avec ce qui ressemblait à un pistolet de départ, rapporte i24NEWS.
La boutique M99 vend des livres, des affiches et des accessoires liés aux mouvements de protestation de gauche. Hans-Georg Lindenau a expliqué au Tagesspiegel que son magasin accueille tout le monde, quelles que soient l'origine, la religion ou la couleur de peau.
Ses visiteurs doivent en revanche respecter son opposition à l'antisémitisme. L'un de ses messages portait ce slogan : « Luttons contre l'antisémitisme. Nous danserons à nouveau ».
L'enquête confiée à la sûreté de l'État
L'affaire a été transférée à la division de la sûreté de l'État de la police criminelle berlinoise, chargée des infractions à caractère politique, qui examine un mobile antisémite. Les investigations portent sur des faits de coups et blessures aggravés, d'injures et de dégradation de biens. Aucune arrestation n'a été annoncée, précise IsraJ, la radio de la communauté juive.
Berlin, capitale européenne de l'antisémitisme
Ces attaques s'inscrivent dans une poussée documentée. La police berlinoise a recensé 2 268 actes antisémites en 2025, en hausse de 24,3 % sur un an et plus de six fois le niveau de 2022, selon les chiffres cités par i24NEWS.
L'organisation RIAS, qui documente les incidents, en a compté 2 197 en 2025, soit environ six par jour. Elle a averti, à la veille du 7 octobre, que l'antisémitisme restait très répandu à Berlin, certains habitants juifs évitant des lieux précis par crainte pour leur sécurité.
Agression antisémite à Berlin : ce que révèle l'affaire
Le parallèle avec la France est frappant. Selon le ministère de l'Intérieur, 1 320 actes antisémites ont été recensés dans l'Hexagone en 2025, soit 53 % des faits antireligieux pour moins de 1 % de la population, comme le rappelle notre article sur le choc français du 7 Octobre.
La séquence ouverte le 7 octobre 2023 n'a pas refermé la parenthèse, de Berlin à Paris, où des propos antisémites ont aussi visé cette rentrée l'université Paris-Est Créteil.
À Kreuzberg, un commerçant de 67 ans en fauteuil roulant a payé le prix fort pour avoir rappelé, dans sa vitrine, que la haine antijuive n'est pas une opinion comme une autre. Il n'a pas retiré ses affiches.