Mémoire

Allemagne : enquête contre un ancien gardien du Stalag 326, âgé de 105 ans

2026-09-29
Allemagne : enquête contre un ancien gardien du Stalag 326, âgé de 105 ans

L'enquête contre un ancien gardien du Stalag 326 a été ouverte par le parquet de Dortmund le 24 septembre 2026. Elle vise un homme de 105 ans, soupçonné d'avoir été gardien du camp de prisonniers Stalag 326 VI K, dans la région de la Senne, dans l'ouest du pays. La justice allemande le poursuit pour complicité de meurtres multiples.

Selon le communiqué transmis à l'AFP, le suspect aurait « contribué à de multiples homicides par son activité de l'époque », rapportent Le Figaro et BFMTV. Ni l'identité du suspect ni le nombre de victimes retenues n'ont été rendus publics. La présomption d'innocence reste entière, l'enquête étant toujours en cours.

Enquête contre un ancien gardien du Stalag 326 : ce que reproche le parquet de Dortmund

L'affaire a d'abord été révélée par le quotidien allemand Bild, avant que le parquet ne confirme l'ouverture des investigations. La procureure Sonja Frodermann a précisé qu'une enquête visait déjà un second gardien du même camp, décédé il y a quelques mois à l'âge de 99 ans, rapporte la BBC.

Ce n'est pas la première fois que le parquet de Dortmund instruit ce type de dossier. En 2025, il avait ouvert une enquête contre un ancien gardien centenaire d'un autre camp de prisonniers de guerre, lui aussi essentiellement peuplé de Soviétiques, soupçonné d'avoir pris part à des exécutions entre décembre 1943 et septembre 1944, rappelle BFMTV.

Le camp de la Senne, entre 180 000 et 200 000 prisonniers soviétiques

Le Stalag 326 VI K, situé à Stukenbrock-Senne, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, fut l'un des plus vastes camps de prisonniers de guerre du Reich. Les premiers Soviétiques y sont arrivés le 10 juillet 1941 et le camp a été libéré par l'armée américaine le 2 avril 1945, indique le mémorial du site.

Entre 180 000 et 200 000 prisonniers soviétiques y ont été enregistrés pendant cette période. Des prisonniers français, polonais, serbes et belges y étaient également détenus dans des secteurs séparés. Sa fonction première n'était pas l'extermination mais l'approvisionnement en main-d'oeuvre forcée pour la Ruhr et le reste du Reich, précise le même mémorial.

Les conditions de détention furent meurtrières. Le mémorial évoque la « malnutrition, un manque de soins médicaux adéquats, des conditions sanitaires épouvantables et le travail forcé ». Les nazis avaient ratifié les conventions de Genève et de La Haye, sans jamais en respecter les obligations envers les prisonniers soviétiques.

Sur les 5,3 à 5,7 millions de soldats soviétiques capturés par l'Allemagne, 2,3 à 3 millions ne sont pas revenus de captivité, selon le mémorial de la Senne.

Trente mille prisonniers soviétiques sont enterrés à Senne, selon la BBC. Un prisonnier sur trois entrant dans le Reich entre 1941 et 1945 est passé par ce complexe, rappelle le mémorial. La plupart de ceux qui ont survécu furent traités en traîtres à leur retour en URSS, souligne la BBC.

Enquête contre un ancien gardien du Stalag 326 : la course contre la montre de la justice

L'ouverture de cette enquête s'inscrit dans une accélération tardive. Le Guardian décrit une « course urgente de dernière minute » de l'appareil judiciaire allemand pour juger les participants présumés de la machine de mort nazie avant qu'ils ne décèdent.

Le précédent décisif reste la condamnation de John Demjanjuk en 2011. Ancien gardien du camp d'extermination de Sobibór, il a été reconnu complice de la mort de plus de 28 000 Juifs sans qu'aucune preuve d'un meurtre direct n'ait été produite, rappelle le Guardian. Il est mort en 2012 avant que son appel ne soit examiné.

Depuis, la complicité suffit à poursuivre. En Allemagne, le meurtre et la complicité de meurtre ne sont pas prescrits depuis 1979, précise la BBC. Josef Schütz, gardien du camp de Sachsenhausen condamné en 2022 à cinq ans de prison à l'âge de 101 ans, est mort l'année suivante sans avoir purgé sa peine.

Un mémorial sur le terrain d'une école de police

Le lieu porte encore une ambiguïté que l'Allemagne n'a pas tranchée. Depuis 1970, le site du Stalag 326 abrite l'académie de formation de la police de Rhénanie-du-Nord-Westphalie « Erich Klausener ». Le mémorial y a installé son exposition permanente dans l'ancien bâtiment de détention du camp.

Le procès de l'histoire et le travail de mémoire ne suivent pas le même calendrier. Le Guardian rappelle que la justice allemande a longtemps classé sans suite les dossiers des petites mains du régime, au motif qu'elles n'auraient joué qu'un rôle insignifiant. Les historiens ont depuis établi le contraire.

Ce que l'enquête contre un ancien gardien du Stalag 326 dit de la mémoire européenne

À 105 ans, le suspect ne comparaîtra sans doute jamais devant une juridiction allemande. Les expertises devront d'abord établir son aptitude à être jugé, ce que le magazine Der Spiegel décrit comme possible, l'homme étant jugé en « assez bonne santé » pour son âge.

L'enquête contre un ancien gardien du Stalag 326 dit donc autre chose. La responsabilité de ceux qui ont prêté main-forte à l'appareil d'extermination ne s'éteint pas avec eux, et les victimes soviétiques, longtemps absentes des commémorations occidentales, ont droit au même travail de vérité que les autres.

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