Mémoire

Musée Beaux-Arts Rouen restitution œuvres spoliées familles juives août 2026 : deux tableaux volés par les nazis bientôt rendus

2026-08-02
Musée Beaux-Arts Rouen restitution œuvres spoliées familles juives août 2026 : deux tableaux volés par les nazis bientôt rendus

Musée Beaux-Arts Rouen restitution œuvres spoliées familles juives août 2026 : la Métropole Rouen Normandie a engagé les démarches pour restituer deux œuvres — un pastel d'Armand Guillaumin et une huile de Pierre-Auguste Renoir — dont la spoliation par les nazis est avérée. Une démarche pionnière, lancée dès 2022, qui fait du musée normand le premier en région à auditer l'intégralité de ses collections pour retrouver les biens volés aux familles juives entre 1933 et 1945.

Un audit inédit sur 3 141 peintures

Musée Beaux-Arts Rouen restitution œuvres spoliées familles juives août 2026 : trois chercheuses mobilisées pendant six mois

Le chantier est colossal. Le musée des Beaux-Arts de Rouen conserve 3 141 peintures, dont une partie significative était entrée dans les collections sans que leur historique entre 1933 et 1945 ne soit documenté. En 2022, la Métropole Rouen Normandie a commandé une mission de recherche de provenance à trois chercheuses indépendantes — Marie Duflot, Hélène Ivanoff et Denise Vernerey-Laplace — mobilisées pendant six mois pour évaluer le « risque de présence d'œuvres spoliées », selon le rapport d'audit publié par le musée.

Les résultats de cette première phase sont sans équivoque : 59 % des collections ne présentent aucun risque de spoliation (acquisitions antérieures à 1933 ou directement auprès des familles d'artistes), 19 % présentent un risque potentiel mais manquent d'archives exploitables, et 22 % — soit environ 700 œuvres — présentent un risque documenté que les archives permettent de retracer.

Musée Beaux-Arts Rouen restitution œuvres spoliées familles juives août 2026 : 38 œuvres passées au crible

Sur ces 700 œuvres, 38 ont fait l'objet d'une recherche approfondie et ont été classées en cinq catégories selon l'importance du risque de spoliation. Le verdict est tombé : deux œuvres sont en catégorie rouge, avec une spoliation confirmée ou hautement probable. Cinq autres, classées en « jaune orangé », font l'objet de recherches complémentaires dans le cadre d'une seconde phase d'audit, également financée à hauteur de 40 000 euros par la Métropole, rapporte France Bleu Normandie.

Les deux œuvres qui vont rentrer chez elles

Le pastel d'Armand Guillaumin intitulé Portrait de Madame Guillaumin (1888) est le mieux documenté. Acquis légitimement en 1936, confié à l'automne 1940 à Auguste Girard par son propriétaire juif fuyant la zone occupée, le tableau est cédé au marchand Raphaël Gérard qui, en octobre 1941, le revend pour 600 Reichsmarks à Friedrich Welz, directeur de la Landesgalerie de Salzbourg. La transaction est annulée après-guerre, mais le propriétaire légitime n'a été identifié qu'en 2023.

La seconde, une huile de Pierre-Auguste Renoir intitulée Femme au miroir, présente des « signes importants de spoliation ». Léguée en 1953 par Anne Clémentine Rougé, l'œuvre est liée à Charles Vaumousse, antiquaire rouennais « activement impliqué dans le commerce de biens spoliés » sous l'Occupation, précise le cartel publié par le musée.

Neuf œuvres MNR : un provisoire qui dure depuis 80 ans

Le musée des Beaux-Arts de Rouen est dépositaire de neuf œuvres dites MNR — ces « Musées Nationaux Récupération » rapatriées d'Allemagne après-guerre et confiées à la garde des musées français. Sur les 100 000 objets d'art volés aux Juifs de France par les nazis, il reste aujourd'hui 2 000 MNR en attente de restitution, dont les neuf de Rouen, qui patientent depuis 80 ans.

L'audit a permis d'établir que quatre de ces neuf MNR ne semblent pas avoir été spoliés, quatre font l'objet d'un soupçon, et une — le pastel de Guillaumin — présente tous les signes d'une spoliation avérée. La Métropole a d'ores et déjà saisi le ministère de la Culture pour préparer la saisine de la Commission d'indemnisation des victimes de spoliations (CIVS), qui sera chargée de reconnaître juridiquement la spoliation et d'autoriser la restitution aux ayants droit.

Une première en région, un an avant la loi

L'initiative rouennaise est d'autant plus remarquable qu'elle a été lancée un an avant la loi du 22 juillet 2023 encadrant la restitution des biens culturels spoliés. « Cette démarche est pionnière : le musée des Beaux-Arts de Rouen est le premier en France à avoir lancé une étude globale de ses collections », a déclaré Nicolas Mayer-Rossignol, maire de Rouen et président de la Métropole, cité par le communiqué officiel.

Laurence Renou, vice-présidente déléguée à la culture, a renchéri : « Notre souhait est clair : restituer à leurs légitimes propriétaires les œuvres du musée des Beaux-Arts dont il sera prouvé qu'elles ont été spoliées. Il s'agit d'une juste réparation à l'égard de familles qui ont été dépossédées de leurs biens lors d'une page sombre de notre histoire. »

Robert Blaizeau, directeur des musées de la Métropole Rouen Normandie, souligne qu'il s'agit d'« une première pour un musée en région », sans équivalent ailleurs en France hormis les musées du Louvre et d'Orsay à Paris.

Sept mesures pour amplifier la transparence

Au-delà des restitutions, la Métropole a annoncé sept mesures concrètes : nouvelles notices pour les œuvres possiblement spoliées, affichage en salle, publication sur la base Rose-Valland — selon la Mission de recherche et de restitution des biens culturels spoliés —, visites guidées « Seconde Guerre mondiale » et poursuite des investigations sur les cinq œuvres en « jaune orangé ».

La seconde phase d'audit, dotée d'une enveloppe de 40 000 euros, est en cours. La Métropole espère obtenir une subvention du ministère de la Culture pour amplifier ces travaux. Avec cette initiative pionnière, le musée Beaux-Arts Rouen restitution œuvres spoliées familles juives août 2026 devient un modèle pour tous les musées de France : la mémoire des familles juives spoliées ne restera pas enfermée dans les réserves.