Mémorial de la Shoah Nice musée ouverture 2026 : un 7e site pour ancrer la mémoire juive sur la Côte d'Azur
Mémorial de la Shoah Nice musée ouverture 2026 : le septième musée de l'institution mémorielle française s'apprête à ouvrir ses portes d'ici la fin de l'année au cœur de Nice, dans l'ancien poste électrique Lebon du passage Gottlieb. Ce nouveau lieu de transmission, dont la première pierre a été posée le 17 septembre 2025 en présence de Serge Klarsfeld et du maire Christian Estrosi, entend raconter l'histoire singulière des Juifs de la Côte d'Azur, de l'insouciance des années 1930 à la tragédie des déportations, selon le Mémorial de la Shoah.
Mémorial de la Shoah Nice musée ouverture 2026 : un bâtiment de 600 m² au centre-ville
Situé dans un bâtiment emblématique rénové de plus de 600 mètres carrés, le futur musée se déploiera sur trois étages alternant exposition permanente, espace temporaire, salles pédagogiques et salle de conférences. L'architecture a été confiée à l'Atelier FEVRIERCARRE et la muséographie à l'agence NC NATHALIE CRINIERE.
« Nice sera le 7e musée du Mémorial de la Shoah. Chacun d'entre eux raconte sa propre histoire locale », a précisé Jacques Fredj, directeur du Mémorial de la Shoah, lors de la cérémonie de pose de la première pierre. Le responsable insiste sur la volonté de faire de ce lieu un espace vivant : « Nous aurons une partie exposition permanente, un espace temporaire, mais aussi des salles pédagogiques pour accueillir les scolaires. Une salle de conférence, également, car nous comptons rendre ce lieu vivant, pas uniquement tourné vers le passé. »
Nice rejoint ainsi les six autres sites du Mémorial de la Shoah déjà opérationnels : Paris (le site historique du Marais), Drancy (face à la Cité de la Muette), Orléans (le Cercil), Pithiviers (l'ancienne gare de déportation), Clermont-Ferrand et le Chambon-sur-Lignon, haut lieu de la Résistance civile.
Mémorial de la Shoah Nice musée ouverture 2026 : l'histoire tragique des Juifs de la Côte d'Azur
Si Nice fut un refuge pour des milliers de Juifs fuyant la zone occupée dès 1940, la ville bascula dans l'horreur avec l'occupation allemande de la Côte d'Azur en septembre 1943. Sous l'autorité directe d'Alois Brunner, chef de la Gestapo locale, environ 3 700 Juifs furent arrêtés et déportés depuis les Alpes-Maritimes, dont une grande partie transitant par l'hôtel Excelsior, transformé en centre de tri avant l'envoi vers Drancy puis Auschwitz-Birkenau, rapporte Le Figaro.
Contrairement à Paris ou Drancy dotés de lieux mémoriels dédiés, Nice ne disposait jusqu'ici d'aucun espace spécifique pour honorer ses victimes. Ce paradoxe, souvent dénoncé par les associations juives locales, est désormais en passe d'être résolu. Le nouveau musée niçois proposera un parcours muséographique « innovant, immersif et accessible à tous », promet l'institution parisienne.
Le choix de l'emplacement est hautement symbolique : le passage Gottlieb, ex-rue Meyerbeer, est situé à quelques centaines de mètres de la promenade des Anglais où, le 14 juillet 2016, un attentat islamiste fit 86 morts. Le contraste entre la légèreté estivale de la Riviera et les ténèbres de la persécution antisémite est sciemment assumé par les concepteurs du lieu.
« Un été de cristal » : Christian Estrosi dénonce la résurgence de l'antisémitisme
Lors de la cérémonie du 17 septembre 2025, le maire de Nice Christian Estrosi (Horizons) a livré un discours d'une rare intensité sur la montée de l'antisémitisme. « Lorsque nous avons signé cette convention avec le Mémorial de la Shoah il y a maintenant un an, nous étions loin d'imaginer qu'au moment où nous déposerions cette première pierre aujourd'hui, l'antisémitisme aurait fait un tel parcours », a déclaré l'édile, cité par Le Figaro.
Christian Estrosi a évoqué un « été de cristal » où « des rabbins, des enfants, des personnes identifiées comme juives ont pu être prises à partie dans des conditions épouvantables ». Le maire en a profité pour épingler Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, qui appelait alors à faire flotter des drapeaux palestiniens sur les mairies de France le jour de la reconnaissance de l'État palestinien. « Ce qu'il est en train de faire est ignoble », a tranché Estrosi.
Serge Klarsfeld, figure tutélaire de la mémoire juive en France, a quant à lui livré un message d'espoir teinté de gravité. « J'ai 90 ans aujourd'hui. Je suis à Nice et je suis heureux en prévoyant que ce mémorial des Juifs de la Côte d'Azur insufflera une vie posthume à des milliers de Juifs qui n'auraient pas voulu être oubliés », a déclaré le célèbre chasseur de nazis, devant son épouse Beate et sa famille.
Un écosystème mémoriel en pleine expansion
L'ouverture du musée de Nice s'inscrit dans une stratégie de décentralisation de la mémoire de la Shoah voulue par Jacques Fredj depuis sa nomination à la tête de l'institution. Le Mémorial, qui gère déjà les sites de Paris, Drancy (inauguré en 2012), Orléans, Pithiviers, Clermont-Ferrand et le Chambon-sur-Lignon, poursuit ainsi son maillage territorial pour toucher un public toujours plus large, notamment scolaire.
Cette expansion répond à une double urgence : la disparition progressive des derniers témoins directs de la Shoah et la nécessité de contrer la désinformation en ligne. Avec ses salles pédagogiques, le musée de Nice ambitionne d'accueillir plusieurs milliers d'élèves chaque année, rapportent Les Petites Affiches.
Pour la communauté juive de la Côte d'Azur, l'une des plus importantes de France avec celle de Marseille, l'ouverture de ce musée représente bien plus qu'un équipement culturel : c'est la reconnaissance officielle d'une histoire longtemps reléguée au second plan derrière les grands centres mémoriels franciliens.
Article rédigé par Le Monde Juif - © 2026