Mémoire

Marcel Cohen écrivain enfant caché Shoah disparition août 2026 : le Mémorial de la Shoah salue l'auteur de « Sur la scène intérieure »

2026-08-13
Marcel Cohen écrivain enfant caché Shoah disparition août 2026 : le Mémorial de la Shoah salue l'auteur de « Sur la scène intérieure »

Marcel Cohen écrivain enfant caché Shoah disparition août 2026 : l'écrivain français, rescapé de la Shoah dont l'œuvre a fait de la mémoire et de la transmission son cœur battant, est décédé le 31 juillet 2026 à Paris, à l'âge de 88 ans. L'annonce, faite par son éditeur Gallimard, a été suivie d'un hommage appuyé du Mémorial de la Shoah, qui conserve depuis des années les objets les plus intimes de sa famille anéantie.

Marcel Cohen écrivain enfant caché Shoah disparition août 2026 : un enfant d'Asnières sauvé par Annette

Né le 9 octobre 1937 à Asnières-sur-Seine, dans une famille juive séfarade originaire d'Istanbul, Marcel Cohen n'avait que cinq ans lorsque la quasi-totalité de sa famille a été arrêtée pendant l'Occupation, comme le rappelle le Times of Israel. En août 1943, alors qu'il revient d'une promenade avec Annette, l'employée de maison, il assiste à l'arrestation de ses parents, de ses grands-parents, de son oncle et de sa petite sœur.

C'est Annette qui le sauve : elle l'emmène à la campagne, à Messac, en Ille-et-Vilaine, où l'enfant restera caché jusqu'à la fin de la guerre, avant d'être confié à sa tante Lily. Son père, son oncle et ses grands-parents sont déportés par le convoi 59 ; sa mère et sa sœur Monique, âgée de quelques mois, sont déportées le 17 décembre 1943 par le convoi 63, selon le récit détaillé du Mémorial de la Shoah. Aucun ne reviendra.

Marcel Cohen écrivain enfant caché Shoah disparition août 2026 : « Sur la scène intérieure », écrire à retardement

Marcel Cohen a longtemps refusé de faire de cette tragédie le cœur de son œuvre. Ce n'est qu'en 2013, à 75 ans, qu'il publie « Sur la scène intérieure », récit salué par la critique (prix Wepler-Fondation La Poste) dans lequel il reconstitue, à partir de quelques objets et documents conservés, les fragments de vie des siens. Comme l'écrit Le Monde, il entreprenait alors de « mettre au net ses souvenirs ».

Entré chez Gallimard en 1981 avec « Miroirs », il avait déjà construit une œuvre singulière : la trilogie des « Faits » (2002-2010), « Détails », « Le Grand Paon-de-nuit », fondée sur le fragment, l'attention aux faits et le refus du pathos. « Parler du détail permet d'éviter le pathos, qui est le pire ennemi de l'écrivain », confiait-il en 2022 à Alain Finkielkraut sur France Inter, comme le rapporte Le Figaro.

La transmission par les objets : la dernière lettre de Maria, la gourmette de Monique

Le geste le plus significatif de sa vie d'homme de mémoire restera sa donation au Mémorial de la Shoah. Il y a déposé la dernière lettre de sa mère, Maria, et la gourmette de bébé de sa sœur Monique, dont il n'existe aucune photographie. « C'est lors d'une présentation publique de "Sur la scène intérieure" que Marcel Cohen a fait part de son inquiétude sur le devenir de ces objets », rappelle le Mémorial de la Shoah.

En 2023, il publiait « Cinq femmes », hommage bouleversant à celles qui l'avaient sauvé et accompagné : Annette, sa tante Lily, et les femmes qui veillèrent sur lui jusqu'à l'âge d'homme. En 2024, l'Académie française lui décernait le Grand Prix de littérature Paul-Morand pour l'ensemble de son œuvre, une dotation qu'il reversa intégralement à une association de lutte contre l'antisémitisme, précise Gallimard.

La disparition d'un « dernier des témoins »

Marcel Cohen s'est éteint le 31 juillet 2026 à l'hôpital Saint-Joseph de Paris, dans sa 88e année, comme l'annonce Libération. « Mon histoire est celle de milliers d'enfants juifs », répétait-il, conscient que son récit singulier appartenait à une mémoire collective aujourd'hui menacée.

Avec lui disparaît l'un des derniers témoins directs de la Shoah en France, à l'heure où les actes antisémites se multiplient et où la transmission vacille. Son dernier acte public, confier les reliques de sa famille au Mémorial et reverser son prix à la lutte contre l'antisémitisme, résume à lui seul le devoir qu'il s'était imposé : faire de la mémoire une arme vivante. « Il y a des gens qui font des choses extraordinaires dans la discrétion », disait-il. Marcel Cohen en était.