Disparition de Louise Marcos, survivante d'Auschwitz-Birkenau, à l'âge de 100 ans
Louise Marcos survivante Auschwitz disparition juillet 2026 : le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) a annoncé le 22 juillet la disparition de Louise (Renée) Marcos, survivante d'Auschwitz-Birkenau, décédée le 7 juillet 2026 à l'âge de 100 ans. Elle avait participé en 2022 à l'exposition « Lest We Forget – N'oublions pas » organisée par le Crif à l'occasion des 80 ans de la Rafle du Vél d'Hiv.
Née à Marseille le 14 janvier 1926 dans une famille juive observante d'origine grecque et turque, Louise Guelidi était la deuxième d'une fratrie de cinq enfants. Son père, Isaac, lisait l'hébreu et le judéo-espagnol et fréquentait la synagogue de la rue Breteuil. Elle obtint son certificat d'études avec mention bien en 1939, quelques mois avant que la guerre ne bouleverse à jamais son existence.
Déportée à 18 ans par le convoi 74
En mai 1944, Louise est arrêtée à son domicile marseillais, dénoncée par des voisins. Elle est seule avec sa tante et sa petite cousine de 12 ans lorsque la Gestapo frappe à sa porte. Par un réflexe de protection instinctif, elle déclare être fille unique pour épargner ses frères et sœurs. Son histoire complète est conservée par l'exposition en ligne « Lest We Forget » du Crif.
Transférée à la prison des Baumettes puis au camp de Drancy, elle est déportée à Auschwitz-Birkenau le 20 mai 1944 par le convoi numéro 74. « Ma tante pleurait. Moi je n'ai pas pleuré. Je disais à ma tante : on va aller travailler à la campagne », racontait-elle, évoquant ce voyage vers l'enfer avec une lucidité bouleversante. Sélectionnée pour le travail forcé, elle survit aux coups, aux tranchées creusées à la pelle et à la pioche, dormant à quatre ou cinq dans ce qu'elle appelait des « niches de chien ».
La Marche de la mort et la libération
En janvier 1945, Louise survit à la Marche de la mort et est transférée au camp de Theresienstadt, où elle est libérée par les Américains. À la fin de la guerre, elle pèse 35 kg et souffre du typhus. « Les coups, je sais ce que c'est. Si vous touchez ma colonne vertébrale, elle n'est pas droite », témoignait cette survivante qui portait dans sa chair les stigmates de la barbarie nazie.
Elle eut la chance de retrouver sa famille entière à la Libération : ses parents, ses deux frères, Marius et Vitalis, et ses deux sœurs, Denise et Reine. C'est dans la queue pour refaire ses papiers qu'elle rencontra Isidore Marcos, son futur mari, ancien prisonnier de guerre évadé à quatre reprises. « Il était brave », disait-elle avec fierté.
Une centenaire espiègle qui posait encore les mains au sol
Le Crif se souvient d'une femme à l'accent marseillais chantant, espiègle et d'une vitalité exceptionnelle. À 96 ans, Louise Marcos pouvait encore poser les mains au sol sans plier les genoux, fidèle à sa passion de toujours pour la gymnastique et la marche. « Je suis heureuse de vivre à l'âge que j'ai et d'être entourée de mes enfants et petits-enfants », déclarait-elle aux commissaires de l'exposition « Lest We Forget », Marie-Sarah et Johana.
Avec la disparition de Louise Marcos, c'est l'une des dernières voix du convoi 74 qui s'éteint. Le Mémorial de la Shoah conserve la mémoire de ce convoi parti de Drancy le 20 mai 1944. Le Crif a adressé ses plus sincères condoléances à ses enfants, ses petits-enfants et à l'ensemble de ses proches. Son témoignage rejoint désormais la chaîne de la transmission qui relie chaque génération au devoir impérieux de mémoire.