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Lutte contre le racisme et l'antisémitisme : le gouvernement tourne en rond

2026-07-04
Lutte contre le racisme et l'antisémitisme : le gouvernement tourne en rond

Selon Le Monde du 4 juillet 2026, l'exécutif français s'emploie enfin à s'emparer de la lutte contre le racisme et l'antisémitisme, mais en ordre dispersé. Après des mois de tergiversations et de reculades législatives, trois initiatives se bousculent sans se parler : le projet de loi d'Aurore Bergé, les assises de Laurent Nuñez et le nouveau plan Prado de la Dilcrah.

La ministre chargée de la lutte contre les discriminations, Aurore Bergé, prépare un texte de « cohésion républicaine pour lutter contre l'antisémitisme et le racisme » [Le Monde]. Il devait être présenté au Conseil des ministres le 1er juillet, puis reporté au 9 juillet selon franceinfo. Le problème ? Personne, en dehors du gouvernement, n'en connaît le contenu exact.

Une course en parallèle, pas une stratégie

Le calendrier est révélateur. Alors que Bergé veut aller vite, le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, a lancé des assises nationales contre les actes antireligieux dont le groupe de travail national ne s'est réuni qu'à la mi-mai. Les groupes territoriaux n'ont même pas encore démarré. Leurs conclusions ne pourront donc pas nourrir le projet de loi que l'exécutif entend déjà faire voter.

Dans le même temps, la Dilcrah — la délégation interministérielle chargée de coordonner l'action de l'État — travaille sur un plan d'action triennal, le Prado. Soit trois processus distincts, trois agendas différents, trois responsables qui ne semblent pas s'écouter. L'ancien délégué Mathias Ott a quitté discrètement ses fonctions fin avril ; Cindy Leoni, ancienne présidente de SOS Racisme, a pris la tête de l'institution début mai [Le Monde]. En plein chamboulement, on peine à voir qui pilote.

Des mesures annoncées, une vision qui manque

Le texte de Bergé n'est pas dénué d'ambition. Il prévoit d'élargir le délit de négationnisme, d'instaurer une peine d'inéligibilité pour les élus condamnés pour racisme ou antisémitisme, d'introduire un mandat de dépôt pour les multirécidivistes de la haine et de renforcer le pouvoir des associations [franceinfo]. Ces mesures partent d'un bon sentiment, mais elles ne masquent pas l'absence de coordination.

Pire, elles arrivent après l'échec de la proposition de loi Yadan, retirée en avril 2026, et après l'adoption par la commission des lois de l'Assemblée nationale, le 20 janvier, d'une proposition sur les « formes renouvelées de l'antisémitisme » [Assemblée nationale]. L'État a beau jeu d'annoncer, mais il a déjà montré sa capacité à reculer devant la pression politique et médiatique.

L'antisémitisme n'attend pas les échéances électorales

Le contexte ne pardonne pas. Selon le SPCJ, les actes antisémites représentent 53 % de l'ensemble des faits antireligieux en France et une agression physique a lieu tous les trois jours [SPCJ]. Les Juifs, 1 % de la population française, absorbent la moitié de la haine religieuse. Ce n'est pas le moment de multiplier les plans en parallèle : c'est le moment de choisir un pilote unique, un cap clair et une ligne républicaine sans ambiguïté.

La conclusion est à la fois mesurée et sévère : l'exécutif a raison de vouloir légiférer, mais il a tort de le faire dans la précipitation et le désordre. La communauté juive n'a pas besoin d'un nouveau texte symbolique. Elle a besoin d'une stratégie, d'un chef de file et de résultats. À un an de l'élection présidentielle, le risque est grand que l'antisémitisme redevienne, une fois de plus, une promesse électorale jamais tenue.